En mil­i­tant pour l’op­ti­misme, on trahit son désar­roi et on prou­ve son courage. L’artiste qui pose le pes­simisme en principe, sauf à suc­comber, en dis­serte avec joie. Cer­tains suc­combent: au bout de quelques livres, faute de pra­ti­quer le cynisme, le souf­fle manque et ils étouffent.

Détru­ire un demi portager pour semer de l’herbe d’a­gré­ment appa­raî­tra peut-être dans un avenir bref comme un geste fou. Mais se déter­min­er aujour­d’hui sur des pécu­la­tions est encore plus fou. On a un peu d’a­vance, guère plus; c’est le pou­voir de la raison.

N’im­porte qui est antiraciste. Sans réflex­tion, sans expéri­ence. Adhé­sion sim­ple au dis­cours majori­taire. Les mêmes étaient et seront fascistes.

Sur la plage de Guardamar des gitans créent des châteaux de sable impec­ca­bles. Ils y tra­vail­lent tout le jour. Vapor­isa­teur de colle d’ami­don, palettes, tru­elles, pinceaux fins sont leurs out­ils. Le soir les bour­geois qui défi­lent sur le quai, en sur­plomb de la plage, jet­tent des pièces. A la nuit, les gitans se roulent dans leurs sacs de couchage.

Pla­ton vic­time de l’in­tel­li­gence dis­cute. Vic­time de la dis­cus­sion (plus tard) il tranche.

Sous la pierre que je soulève, une four­mi. Elle était prisonnière.

Les musul­mans instal­lés dans les pays du Nord pré­ten­dent dis­courir sur la lib­erté d’ex­pres­sion et dis­cuter son rap­port à la reli­gion. Peut-on en dis­courir dans les pays qu’ils ont fui?

Le rêve fait, je me le racon­te. Je suis dans un état de demi-som­meil. Or je com­mence à me le racon­ter couché sur le côté droite. Au milieu du réc­it, au milieu d’une phrase pour être pré­cis, je me tourne sur le côté gauche et là, plus rien. Inca­pable de savoir ce qu’é­tait le rêve. Comme si, en dépit des yeux fer­més et de l’im­matéri­al­ité du rêve, il exis­tait un point de vue, une sorte de point de vue mental.

Dor­mitez monte l’escalier. Deux ans que je ne l’ai pas vu. Il trem­ble. C’est désor­mais vis­i­ble de loin. Sa main devant lui. L’autre tient un livre. A la couleur de la jaque­tte, je devine qu’il s’ag­it de lit­téra­ture espag­nole clas­sique, c’est son domaine, mais je suis sur­pris de le crois­er à l’u­ni­ver­sité, dans un dernier mes­sage il écrivait: je suis à la retraite.
- Il y a tou­jours quelque chose à véri­fi­er. Et vous? demande-t-il aus­siôt.
Une fois de plus, je me fais piéger: je réponds. C’est sa façon pour ne rien dire, pour ne pas par­ler de lui. Mod­estie, gêne. J’ex­plique que je ren­tre d’Es­pagne. Il a neigé sur les collines de Castille et nous sommes descen­dus au sud. Deux heures plus tard, je nageais dans la mer.
- Vous voy­agez telle­ment!
J’aimerais l’in­viter, mais je sais que cela le gêne. L’idée qu’il puisse se sen­tir gên­er, l’empêche par avance de prof­iter de cette invi­ta­tion. Je con­nais ça. Nous nous salu­ons. Il s’en va, passe la quadru­ple porte de la bib­lio­thèque. A la récep­tion, tout sourire, il trem­ble. Les mains mais aus­si la tête.

Une grâce nous est faite au cours de la journée — mais par­fois tout est blême, il faut atten­dre — une per­son­ne par un mot, un geste, un sourire, laisse entrevoir une issue. On s’en aperçoit dans l’in­stant ou plus tard, et on en recueille les bienfaits.