“Infuser la pensée dans le jet de la création ou, inversement, couler la création dans le moule de la pensée. A supposer qu’elle soit réalisable, la première opération me semble receler de plus vastes perspectives artistiques. “, Calaferte, Le chemin de Sion, 1963.
Abel
Passer le col sur la France en début d’après-midi, remonté une laie pour gagner les Forges d’Abel. Plus d’une heure je suis seul. La douane d’altitude, fermée, abandonnée. La sortie du tunnel, au bas du col, silencieuse. Une semi-remorque sans chauffeur. Peint sur le conteneur, au dessous d’une montre digitale: calcule ce que tu fais, tout le temps, partout. Je traverse la route internationale, passe sous l’ancien pont ferroviaire Pau-Saragosse, enclenche la petite vitesse et grimpe. Un hameau saccagé près du torrent, les arbres roux secouent leurs feuilles. Dans un creux, une petite centrale hydraulique. Des ruches derrière le panneau Attention abeilles. Au bout de l’ascension, qui est là, qui ne fait rien, un couple de gros. Je salue, ils saluent. Sentiment de part et d’autre: “que faisons-nous là?.
Hors-tout 2
Passé le week-end à écrire le programme d’autodéfense. Autour de la maison des cris d’enfants et des abois de chiens, des embrassades et des rires, des conversations et des bavardages sur les champignons récoltés en forêt, sur les enfants, le temps, les chiens, sur la cuisine et le problème majeur qui se pose toute l’année aux Espagnols: comment fabriquer une bonne tortilla de patates. Je sors côté rue et rentre. Je sors côté jardin et rentre. J’avais ouvert les fenêtres, je les ferme.
Ville blanche
Vue aérienne de Cadix aux quartiers inondés de lumière. Dans mon rêve, je m’exclame: “magnifique, il n’y a personne! C’est là que je veux vivre!”. Par téléphone, je raconte la scène à Gala. Elle objecte: “cela te passera” et enchaîne une fois encore sur le parage que j’ai choisi, au pied des Pyrénées, nulle part, où l’on ne peut — selon elle — imaginer vivre plus de quinze jours par an.