Progrès

Orig­i­nal? Si peu. De moins en moins. Ce terme bien­tôt ne recou­vri­ra plus rien. Si, une forme d’il­lu­sion, une vari­ante d’industrie.

Politique

La poli­tique n’est que l’en­tre­tien du pou­voir; le reste est l’af­faire des décorateurs.

Mental

Si comme le note Jou­bert “Enseign­er, c’est appren­dre deux fois”, c’est aus­si arrêter son idée.

Phrase

Mon édi­teur de Paris m’écrit: “je suis ras­suré de vous savoir en sécu­rité en Espagne”. Phrase qui eut paru étrange il y a encore trois ans, avant la Fausse grippe et ses chantiers de police. 

Indolence

Journées tièdes. Entre la nuit et le jour, aucune dif­férence de tem­péra­ture. Sen­ti­ment de vivre sous un dôme.

Vers l’échec

Les blancs qui tou­jours ouvrent la par­tie, fatigués d’or­don­ner les règles, jouent vite et mal, fâchés de voir que les noirs en prof­i­tent mal et peu. Agacés, épuisés, ils pré­cip­i­tent le jeu des noirs. Leur seul but, en finir avec cette fatal­ité de leur être: l’e­sprit d’initiative.

Passé

En bon égoïste, en père de famille, en homme qui a vécu, tôt le matin à l’heure où je som­meille, comme j’en­tends le voisin har­nach­er son enfant de deux ans sur la ban­quette arrière de la voiture pour le men­er à la garderie, je pense: “ouf! mon tour est passé.”

Action continuée

Agir dans le sens du pos­si­ble pour le ren­dre réel.

Piedralma 2

Pedro est venu livr­er le bois, un mélange de hêtre et de chêne. Dès les pre­mières neiges, dit-il, les san­gliers vont se rap­procher. Il mon­tre le champ que j’ai com­mencé à bêch­er : “du temps de l’an­cien pro­prié­taire, ils venaient manger là. Ne vous éton­nez pas si ça tire dans le bois, je chas­se dans le coin.” Pedro par­ti, je me recouche. Quand je fais sur­face, il est près de midi. Evola à cas­er le stère de bois sous les vieilles bal­ançoires, il tra­vaille au chantier de la car­a­vane. Je cuis mon café, prend place sur un pli­ant au milieu de la dalle de ten­nis, mange des tartines de pain à l’huile et une tomate rose. Nous finis­sons de pos­er la fenêtre: vérins, glis­sière, quart-de ronds, mousse expan­sive, tout le vocab­u­laire appris à Gim­brède lorsque je réno­vais les Cornières, me revient. Plus tard, je me lave dans la riv­ière, vais explor­er la source dite Petite ama­zonie, verse de la bière dans une chope Car­di­nal, me mets à la lec­ture. La nuit tombe, je ne fais plus rien. J’at­tends. J’é­coute. Evola est descen­du à Puente chercher les lunettes de vue qu’il avaient mis­es en répa­ra­tion. Autour de vingt-deux heures, “chis­tor­ra” au feu sous un ciel gris et pom­melé. Plus tard, en pull, en veste (il fait cinq degrés de moins que la veille), nous com­parons la qual­ité du char­bon alle­mand (que j’ai ramené de Munich) et du char­bon chi­nois (acheté à Puente). Nuit de onze heures inter­rompue à l’aube, le temps d’un mas­sage, par un mal de ventre.

Piedralma

Sur le ter­rain d’E­cho avec le van. Les roues du VW sont petites, la car­rosserie basse, je red­outais le chemin. L’an dernier, avec le paysan, je suis resté coincé dans la ravine; c’é­tait en décem­bre, la tra­ver­sée du pont se fai­sait à pied, l’eau mon­tait aux genoux. Aujour­d’hui, je passe sans encom­bres: les aller-venues d’Evola ont tassé les pier­res. Je le trou­ve dans sa car­a­vane qu’il isole de laine et cof­fre de pin. Je gare le VW sur la dalle qui ser­vait de piste de ten­nis, j’ac­tionne le toit ouvrant et fais mon lit (drap et taies couleur safran, duvet de plumes hon­grois). Je sors ma table et mes chais­es, rem­plis le frigidaire de bord de glaçons, y dis­pose mes bouteilles de bière. Puis j’aide Evola à pos­er une fenêtre guichet et com­mence à bêch­er l’emplacement de l’an­ci­enne serre. Vers six heures, nous arrê­tons le généra­teur. Le silence est alors si pro­fond que l’on entend l’en­vol des oiseaux. Le soir nous cuisons de la “chis­tor­ra” sur le feu, le ciel est voilé, gris, sans lune, un air chaud court à tra­vers les arbres.