Il y a quelques années, de retour de Stresa, je passe le Gotthard et à Chippis m’arrête au café. Le week-end ce sont tenues des élections fédérales. A la serveuse je demande:
- Alors, qui a gagné?
- Je ne sais pas.
Ile de Lampedusa, Italie, lieu de transit des immigrés. Les dictatures africaines se servent des déshérités comme d’une monnaie d’échange, les capitalistes le réclament pour leurs chantiers, les humanitaires pour leur fonds de commerce, l’extême-droite pour illustrer son thème, la technocratie bruxelloise pour fourbir ses rapports. Que ne coule-t-on cette tête de pont?
Occupé à mastiquer les interstices du parquet je fais tourner une suite de musiques baroques. A ce que je crois. Au bout de dix minutes cette réflexion: l’oreille est déformée, j’entends la même chose là où les différences sont subtiles. Volontaire je prête une attention renouvellée. Le début, l’envolée des orgues, … non, décidèment je vois mal la différence avec la pièce précédente. Pour cause, le lecteur tourne en boucle, j’ai écrouté six fois la même pièce.
Hommes en bleu qui se saoulent dans la chambre froide de la boucherie de Coupy tandis que je commande de la côtelette à l’employé. Le téléphone sonne.
- Patron, ta femme!
Cela ne suffit pas à le faire venir. L’employé s’excuse, dépose le couteau, va. Le patron vient au combiné, s’énerve, bidouille la prise.
- Cette saloperie ne veut pas fonctionner!
L’employé pose encore le couteau, enfonce la prise:
- Là… essaie!
“Quoi, s’écrie le patron au téléphone, et tu m’appelles pour ça…!“
Il raccroche, retourne dans la viande, avec les copains.
L’employé qui finit de trancher la côtelette:
- Avec ça?
A Strasbourg où Didadactures est lue par une troupe du théâtre municipal, la metteur en scène, à l’heure du débat ‚déclare le texte superficiel. Je dis “oui”. Elle tient pour un défaut une volonté. Ce qui la chagrine c’est l’absence de message. On est faibles avec les idiots. L’étant moins j’aurais pu l’adresser au parti communiste.