Si l’on veut se représen­ter l’en­ne­mi de notre société, le mieux sera de se représen­ter l’en­ne­mi tel que notre société se le représente, puis de chercher à quel intérêt répond cette représen­ta­tion. Là où est l’in­térêt est l’en­ne­mi véritable.

Un nuage sur le Vuache comme je n’en ai pas vu. Enorme, dense, bas. Une sorte de bon­net à théière, un nuage posé. Un pilote fan­tasque igno­rant la géo­gra­phie locale aurait cer­taine­ment dirigé son appareil sur la mon­tagne croy­ant ressor­tir de l’autre côté.

La tolérance que revendiquent ces jours les gou­verne­ments occi­den­taux pour le compte des mass­es traduit la lâcheté d’hommes bien infor­més qui man­quent du courage d’ex­clure des démoc­ra­ties les indi­vidus qui n’ont pas pas la capac­ité de se repecter. Ils dis­crédi­tent ain­si dans son principe le respect d’autrui et provo­quent la fail­lite de la lib­erté sociale. Par­mi ces nihilistes, il doit aus­si y avoir de véri­ta­ble fas­cistes, con­temp­teurs d’une idée de caste supérieure. Ils pensent peut-être vivre un jour ailleurs, ou séparés et s’ils sont vic­times de cette illu­sion c’est parce qu’au­jour­d’hui — et chaque jour un peu plus — la masse tolère qu’ils vivent autrement ou , ce qui revient au même, appel­lent “démoc­ra­tiques” nos systèmes.

Un pla­ton­isme sans Dieu (sans Idées) où l’on trou­verait à la légiti­ma­tion de l’iné­gal­ité sociale entre les indi­vidus un principe nou­veau. Nou­veau et qui n’aboutisse pas à la guerre. Ce qui nous ramène à l’ex­pé­di­ent d’un Dieu…

Tout et son con­traire — furieux, quit­tant une posi­tion pour aller à l’autre, l’autre pour revenir à la pre­mière, n’ayant de cesse de quit­ter, de chang­er la posi­tion, aimant arracher, ce qui fait sen­tir la vie, ce qui la met à quelques cen­timètres de ce qu’elle nie dans cette fébril­ité, la peur, la mort.

Faire de grandes choses est pos­si­ble, des choses lumineuses. Nul ne peut dire ce qu’elles sont et ce qu’elles sont ne compte pas, mais on sent qu’elles sont grandes et c’est leur lumière. Si on veut nom­mer ces choses, si on dit “j’ai saisi une tasse, grimper un escalier, ramass­er un cail­lou”, lumière et grandeur ren­trent dans la chose et la parent.

Der­rière chaque obsta­cle, un autre obsta­cle. On peut con­sid­ér­er que cela pren­dra fin et s’ef­forcer d’at­tein­dre le dernier obsta­cle pour le sur­mon­ter. Dans cette lutte, le rap­port à soi est per­du. On peut aus­si aban­don­ner, choisir la voie spir­ituelle. Le rap­port à soi est sauf, mais pas la vision de ce qu’est la société.

Hôtel du haut, la viet­nami­enne avec son bar à salades automa­tique (il s’ou­vre à 19h00) et le père cycliste qui me mon­tre ses cica­tri­ces, “ça c’est mon pied, mon tib­ia, ma moelle” et comble de chance, “vous per­me­t­tez?”, s’in­stalle à la table à côté un représen­tant de com­merce qui vend de la pein­ture au mini­um de plomb ou quelque autre liq­uide techonologique, qui en vend des mil­liers de litres à Mada­gas­car, “atten­tion, s’ils paient en avance!” et tout cela dur­era car la viet­nami­enne est seule pour servir la salle et elle a dis­paru en cuisine.

Ils firent de si longues vacances que le temps sor­tit des repères et le mer­cre­di, le same­di n’avaient plus de sens et à mesure que le temps pas­sait la notion de vacances se perdit, cela devint ennuyeux, il n’y avait ni lun­di ni fin de semaine, aus­si songèrent-ils à pren­dre des vacances, mais ils cher­chèrent en vain un jour pour les faire com­me­cer et l’essen­tiel de ce temps ennuyeux qu’ils vivaient pas­sait à cette recherche.

Retour à Lhôpi­tal le 10 jan­vi­er. Toi­lettes, murs, sols et poêle glacés. Je vais au bois. Rondins humides dans l’âtre. Ils crachent une fumée noire qui m’oblige à ouvrir en grand les fenêtres. Au réveil, enfon­cé dans des chaus­setes et des pulls, la cafetière coule et à la salle bains, l’aigu­ille des sec­on­des recule, mais c’est le jour et j’ap­porte mes bil­lets de banque au ban­quier pour pay­er la maison.