Si l’on veut se représenter l’ennemi de notre société, le mieux sera de se représenter l’ennemi tel que notre société se le représente, puis de chercher à quel intérêt répond cette représentation. Là où est l’intérêt est l’ennemi véritable.
La tolérance que revendiquent ces jours les gouvernements occidentaux pour le compte des masses traduit la lâcheté d’hommes bien informés qui manquent du courage d’exclure des démocraties les individus qui n’ont pas pas la capacité de se repecter. Ils discréditent ainsi dans son principe le respect d’autrui et provoquent la faillite de la liberté sociale. Parmi ces nihilistes, il doit aussi y avoir de véritable fascistes, contempteurs d’une idée de caste supérieure. Ils pensent peut-être vivre un jour ailleurs, ou séparés et s’ils sont victimes de cette illusion c’est parce qu’aujourd’hui — et chaque jour un peu plus — la masse tolère qu’ils vivent autrement ou , ce qui revient au même, appellent “démocratiques” nos systèmes.
Tout et son contraire — furieux, quittant une position pour aller à l’autre, l’autre pour revenir à la première, n’ayant de cesse de quitter, de changer la position, aimant arracher, ce qui fait sentir la vie, ce qui la met à quelques centimètres de ce qu’elle nie dans cette fébrilité, la peur, la mort.
Faire de grandes choses est possible, des choses lumineuses. Nul ne peut dire ce qu’elles sont et ce qu’elles sont ne compte pas, mais on sent qu’elles sont grandes et c’est leur lumière. Si on veut nommer ces choses, si on dit “j’ai saisi une tasse, grimper un escalier, ramasser un caillou”, lumière et grandeur rentrent dans la chose et la parent.
Derrière chaque obstacle, un autre obstacle. On peut considérer que cela prendra fin et s’efforcer d’atteindre le dernier obstacle pour le surmonter. Dans cette lutte, le rapport à soi est perdu. On peut aussi abandonner, choisir la voie spirituelle. Le rapport à soi est sauf, mais pas la vision de ce qu’est la société.
Hôtel du haut, la vietnamienne avec son bar à salades automatique (il s’ouvre à 19h00) et le père cycliste qui me montre ses cicatrices, “ça c’est mon pied, mon tibia, ma moelle” et comble de chance, “vous permettez?”, s’installe à la table à côté un représentant de commerce qui vend de la peinture au minium de plomb ou quelque autre liquide techonologique, qui en vend des milliers de litres à Madagascar, “attention, s’ils paient en avance!” et tout cela durera car la vietnamienne est seule pour servir la salle et elle a disparu en cuisine.
Ils firent de si longues vacances que le temps sortit des repères et le mercredi, le samedi n’avaient plus de sens et à mesure que le temps passait la notion de vacances se perdit, cela devint ennuyeux, il n’y avait ni lundi ni fin de semaine, aussi songèrent-ils à prendre des vacances, mais ils cherchèrent en vain un jour pour les faire commecer et l’essentiel de ce temps ennuyeux qu’ils vivaient passait à cette recherche.
Retour à Lhôpital le 10 janvier. Toilettes, murs, sols et poêle glacés. Je vais au bois. Rondins humides dans l’âtre. Ils crachent une fumée noire qui m’oblige à ouvrir en grand les fenêtres. Au réveil, enfoncé dans des chaussetes et des pulls, la cafetière coule et à la salle bains, l’aiguille des secondes recule, mais c’est le jour et j’apporte mes billets de banque au banquier pour payer la maison.