La vente de l’ex­o­tisme par les agences de voy­age assor­tie des shé­mas cir­cu­la­toires de la mon­di­al­i­sa­tion annu­lent la pos­si­bil­ité de ren­con­tr­er l’é­tranger. L’é­tranger n’a jamais été aus­si étrange. Dans le pays où l’on voy­age, il est en coulisse, inac­ces­si­ble, dans le pays où l’on vit, au pre­mier plan, inassimilable.

Quoiqu’on trou­ve à dire de sa fausse sincérité, Julien Green dans les vol­umes de son jour­nal fait forte impres­sion. On dirait qu’il vit dans un autre monde (Paris.) Léau­taud est acerbe, Gide intel­lectuel, Saint-Exupéry her­mé­tique. Green est bour­geois. Les bûch­es brû­lent dans l’âtre. Cela sem­ble ridicule parce que depuis quelques années, qui vise le statut d’écrivain, se croit for­cé de pouss­er des cris d’or­fraie pour attir­er sur lui les regards. L’in­tim­ité sul­fureuse dont ces énervés se dotent n’est qu’un remède à la banal­ité réelle de leur vie.

Les cor­rec­tions de Marfil m’au­ront per­mis de dégager des règles d’écri­t­ure, si on peut dire des min­i­ma Quant à savoir si le texte est bon. Savoir n’est pas pou­voir. Tout juste peut-on pos­er en règle qu’il ya moins de dis­tance du savoir au pou­voir que de l’ig­no­rance au pouvoir.

Il y a dans Lhôpi­tal un coq qui chante sans cesse. Com­ment un ani­mal si petit peut-il pro­duire un son aus­si gros et le pro­duire sans cesse? Six mois que nous sommes au pres­bytère et il n’a jamais faib­li. Aucun de vil­la­geois ne s’en soucie.

Gen­til­lesse de cette femme, logée en cab­ine, sur la mon­tagne, à l’ar­rivée du télésiège et qui a cha­cun de nos pas­sages, agite la main pour les enfants. Nous mon­tons et remon­tons, à chaque fois elle trou­ve de nou­velles ingéniosités pour demeur­er dans la gen­til­lesse. Comme j’an­nonce que nous ne vien­drons peut-être pas ski­er le lende­main, Aplo insiste pour l’embrasser. J’es­suie sa bouche, il saute du télésiège et se pré­cip­ite vers la cabine.

Hier, D. poignardé en plein coeur de Genève. Il était vingt-deux heures. Il erre sur deux kilo­mètres, perd la moitié de son sang. Per­son­ne ne lui vient en aide. Il doit la vie au fait d’avoir joint sa copine au télé­phone. Elle a appelé l’am­bu­lance qui l’a trou­vé sans con­nais­sance placd Bel-Air.

En 1985 à Mex­i­co, une soirée comme sou­vent le same­di, dans une vil­la somptueuse. Il est tard, nous roulons sur les canapés. Le por­tail s’ou­vre, un invité tra­verse le jardin. Le maître d’hô­tel de Belar­do annonce:
- Mon­sieur, c’est votre ami, celui qui est mort sur la route de Zihu­atane­jo.
Tol­do m’ex­plique que je ne dois pas faire allu­sion à l’ac­ci­dent. Il y a deux ans l’a­mi en ques­tion a mangé du pey­otl et a pris la route pour gag­n­er le Guatemala. Il n’y est jamais par­venu. Depuis il essaie toutes les nuits de regag­n­er son pays. Par­fois, il rend vis­ite Tol­do.
En effet le gars entre dans la salon.

Avril 2009, France — inter­dic­tion faite aux man­i­fes­tants de porter la cagoule. C’est l’in­ter­dic­tion du car­naval. De la dialec­tique. En face, rangés, les sol­dats de l’or­dre: pas un pouce de chair sur leur visage.

Des insectes en petit nom­bre, un deux à la fois, sur le bord du regard. Ils se sig­na­lent par un mou­ve­ment, aus­sitôt disparaissent.

Aplo exerce sur le chien de la ferme voi­sine une telle fas­ci­na­tion que la bête, dès sept heures le matin et par moins dix degrés piaffe dans la neige. Cet après-midi, alors que nous fai­sions l’as­cen­sion du Bri­chou, qu’il coure, saute, je lui fais remar­quer la vue.
- Oui, mais moi j’aimerais être avec le chien.