Le gosse anglais que j’ai pris pour un autiste, dans l’île, n’était peut-être que gâté. Un jour, son père déplie sur la table du restaurant, au petit-déjeuner, une panoplie informatique digne d’un courtier de Wall Street. Cherchant derrière ses lunettes le gosse, il lui donne un ordre que celui-ci transgresse. Alors le père s’écria: ce gosse est impossible! Sa femme, assise en face, répète l’ordre. Même résultat. Aucun. Tous deux commandent des frites, des glaces, des hamburgers. Et les abandonnent dans l’assiette.
Au moment de choisir ma discipline d’étude à l’université, je m’inscrivis à différents séminaires — agronomie, politique, littérature, philosophie. En littérature moderne, je participais à une lecture d’Artaud. Au bout d’un mois, le professeur nous commanda un exposé.
- Quel sera votre sujet, me dit-il.
- Dieu.
- Mmh… Prenez plutôt le début du texte de la page 190.
De Rougemont conçoit la possibilité d’une vérité qui rende compte de la totalité de l’homme et de ses fins les plus lointaines (dans Penser avec les mains), mais cette conception, qui est comme l’inversion de l’incarnation christique, ne revient-elle pas à fonder l’organisation future de la société sur l’homme en tant que source de tous les possibles, de sorte qu’en répondant aussi généreusement à la question qu’il pose, De Rougemont admet une contingence totale? Problème consubstantiel à l’anarchisme dont le principe légitime a priori les actions dès lors qu’elles sont le fait d’un homme libre. S’il veut éviter de disparaître dans la contradiction des libertés qu’il engendre, l’anarchisme doit être inclus dans un shéma limitatif de règles, lesquelles, sauf à réintroduire l’arbitraire, doivent s’ordonner sur une métaphysique.