Des heures à moto par les rues de Chiang Mai, ville sans intérêt dont on se demande comment elle attire tant de touristes. Nos casques nous donnent un air de tortue, je psrte les Ray Ban vieilles de trente ans que m’a cédées mon oncle. Gala me tient par la taille et me commente les rues comme s’il n’y avait aucun risque que le moto plonge dans le canal. Un peu plus tard, nous sommes perdus.
Liens à autrui si ténus que je m’en inquiéterais si j’en souffrais. Non le pourquoi ( désintérêt, isolement géographique) mais le comment vivre ce fait. Amis avec qui la rupture, consommée suite à des conflits d’idées, en dépit d’un possible retour (si je ne crois pas à la pitié, je crois au recommencement) sont passé à l’anonymat, personnes auxquels je ne me rapporte pas faute d’énergie (et d’abord de distance), personnes pour qui j’ai de la sympathie, mais qui n’existent pas pour autrui, qui se cantonnent dans leur tambour à lessive, d’autres encore, dont on doute si on sera mieux en leur compagnie, tout cela opère une réduction de la vie.
Elle est assise face à la rue, dans un bar du canal, devant une table basse chargée de boissons et de chaque côté, dans des fauteuils, un homme. Tous deux prévenants et désireux. Elle se tourne vers l’un, qui insiste mieux, parle plus fort que l’autre gesticule, occupe le terrain. Et puis il se lève pour se rendre aux toilettes et c’est au tour de l’autre, elle se tourne vers l’autre. Autant l’un est vif (celui qui s’est absenté), autant l’autre (celui qui est resté) est engoncé. L’un, petit, brun, méditerranéen, peut-être du Maroc, l’autre nordique, à mâchoire prognathe. Deux figures antoniques du mâle. L’un côté clan, consil de famille, virilité, fantaisie, l’autre côté foyer, ennui, travail, sécurité. Le manège dure. Le petit brun tient la distance, mais paraît s’essoufler. Je me demande qui va l’emporter; je me demande encore si, par dessus-tout, elle ne souhaite pas qu’aucun n’abandonne.
Une bibliothèque que je découvrais offrait une section philosophie. La ville qui l’abritait, petite et provinciale, rendait extraordinaire l’existence d’uen telle section. A mesure que j’avançais à travers le rayonnage de la bibliothèque, mes spéculations m’amenaient à réduire le nombre de volumes de la section. Puis je me rassurais: si la bibliothèque a pris soin de créer une section, c’est qu’il y a au moins un livre de philosophie.