Prescience des événements. Un détail soulève brièvement, devant mes yeux, les circonstances à venir.
Lorsqu’on voyage dans l’Asie du sud, le contraste avec la vitesse de nos sociétés est frappant. Nos individus, adaptés à la technique — un auteur tel que Bernard Stiegler l’analyse bien dans De la pharmacologie — sont les appendices d’une machine dont le rythme s’est emballé. Et autour de cette machine dont la force centifuge croît, des corps tombés et immobiles: invalides, ivrognes, chômeurs, hagards, drogués, déprimés.
Toute idée générale est purement intellectuelle. Pour peu que l’imagination s’en mêle, l’idée devient aussitôt particulière (Rousseau). Remarque qui fixe l’enjeu du récit littéraire informé par l’esprit de recherche. Ce que je tente: creuser dans la littérature et par elle, le sens.
Seul, oisif, et toujours voisin du danger, l’homme sauvage doit aimer à dormir, et avoir le sommeil léger comme les animaux, qui, pensant peu, dorment, pour ainsi dire, tout le temps qu’ils ne pensent point. (Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes)
Des heures à moto par les rues de Chiang Mai, ville sans intérêt dont on se demande comment elle attire tant de touristes. Nos casques nous donnent un air de tortue, je psrte les Ray Ban vieilles de trente ans que m’a cédées mon oncle. Gala me tient par la taille et me commente les rues comme s’il n’y avait aucun risque que le moto plonge dans le canal. Un peu plus tard, nous sommes perdus.