Debout à 3h30. Tout noir. Pas l’aube tranquille du grand cloître de la Chartreuse, lorsque je me levais la nuit pour écouter le fontaine. A six heures les enfants qu’il faut réveiller dans leurs chambres. Maison froide. Bûches à enflammer, poêles à remplir. Faire entrer le chat, remplir l’assiette, le faire sortir. L’ordinateur affiche: émeutes en Egypte.
Changement. Heureux. Ou presque. Serein. Heureux d’être seul. Plus cette sensation de poids. A ratrapper sans cesse par l’acte, par la pensée, Gala. Du coup le jardin est plus grand et a perdu ses limites, je vais pouvoir regarder au large et reposé, marcher où je le veux, quand je le veux, dans le monde proche.
De retour après un mois, je trouve la maison ouverte. Porte et fenêtre, tout est ouvert. Les chauffages, à fond. J’appelle. Un ouvrier descend. Le chauffagiste. Marocain. Il veut me montrer son travail. Les enfants ont faim. Moi aussi. Il attendra. Nous prenons le goûter au jardin. J’aperçois l’ouvrier qui gesticule dans mon bureau. J’attendais d’avoir manger pour lui dire que le choix de l’emplacement du radiateur, sous la baie vitrée contre laquelle j’écris, ne convient pas. J’arrête de manger, je monte. Plus tard, il me tend une boîte de cacao publicitaire.
- J’ai renversé mon café sur votre nappe, alors pour compenser…
Ce jardin sauvage, en fait une combe d’herbe entourée de pommiers, près de Faoug. Je passais à sa portée pendant les mois où je gardais les vaches et j’enviais du haut du tracteur ceux qui pouvaient s’y reposer (il n’y avait personne). En fin de compte, retournant à la ville, sans m’y être attardé.
L’homme qui attendait l’homme qui a inventé l’homme en lecture ce soir à l’Université de Montpellier, je m’en souviens à l’instant. Les raisons invoquées pour mon absence — rendez-vous, retour de Bangkok, enfants — sont réelles, mais, n’eussent-elles été réelles, il m’aurait fallu en inventer car aller s’asseoir pour débattre avec des étudiants d’une pièce dont il n’y a rien à dire sinon qu’elle a été écrite pour être jouée…