Soirée cauchemar. A mon bureau, face aux étoiles qui mon­tent, j’échange trois heures de suite des mes­sages courts via mail et portable avec Gala, ne sachant où elle est ni avec qui ni pourquoi, et je démarre soudain la BMW, roule au vil­lage voisin, la cache der­rière la poste, monte à pied, par les jardins, vers sa loca­tion, vois qu’elle n’est pas là, qu’elle est peut-être où elle dit être, dans les Cévennes. Et de retour face aux étoiles, chez moi, à mon bureau„ je décap­sule la can­nette suiv­ante, l’estom­ac déjà gros de blonde, vois si elle a répon­du à mon mes­sage précé­dent (tout en admet­tant qu’elle ne répond jamais) et racon­te, par le mail tou­jours, à S. et C. dans quel cauchemar je me débats, sachant qu’elles sont avec leurs maris et leurs enfants et que je n’au­rai la réponse, au plus tôt, qu’à la pointe du jour.

L’élec­tricien polon­ais, tout le jour, ancien bag­nard, la bedaine con­sid­érable, bal­lade dans la mai­son son odeur. Comme je fais du vélo dans l’ate­lier et qu’il tire des câbles, se rap­proche, je lis le compte à rebours sur le comp­teur, souhai­tant qu’il ne fasse pas irrup­tion avant que j’ai fini d’aspir­er mes kilo­mètres d’air propre.

Le chat jette sur le car­relage, la moquette, la table des ani­maux mutilés et miaule pour que je vienne con­stater l’is­sue vic­to­rieuse du combat.

La descente au paradis.

Pas de nou­velles de Gala.

Hier, aus­sitôt les enfants couchés, coup de ton­nerre et foudre. L’é­clair frappe à quelques mètres de l’ate­lier. Une boule de feu illu­mine le site. L’élec­tric­ité lâche (dans la nuit, le télé­phone qui fonc­tionne déso­mais sur bat­terie, s’é­claire). Je guette le crépite­ment des flammes d’un incendie. Je me ras­sure en me per­suadant que le clocher de l’église, point le plus haut, aura attiré la foudre.

Mieux vaut être l’é­tranger d’une société des valeurs et des choix que citoyen d’une société des lâchetés et du renon­ce­ment. Sans les enfant, je m’en irais.

La fin de Win­ston dans 1984 d’Or­well, les rats du régime de con­sen­sus visent à tra­vers le vis­age la cervelle dont ils avaleront la sub­stance unique.

Après le petit match de foot­ball du mer­cre­di avec les enfants, autour de la table blanche des Nord­mann à boire de grands litres de bière et à devis­er avec F. sur la cat­a­stro­phe montante.

Enchante­ment des enfants lorsqu’ils revi­en­nent dans la mai­son de Lhôpi­tal ce soir. Le bal­daquin sur le lit de Liv, la mon­tre Casio au poignet d’Ap­lo pour laque­lle nous venons d’a­cheter une pile et un bracelet neufs. Mais aus­si les pro­grès de la con­struc­tion, moi qui m’é­chine toute la semaine et le week-end. Des “oh” et des “viens voir, vite!” Et ils voient: les pla­fonds sat­inés, la per­go­la mon­tée entre les pom­miers dans le fond du jardin, le man­teau de cheminée.