Etre inscrit sur la liste nationale des personnes recherchées, selon l’expression de la gendarmerie française, n’est pas pratique lorsqu’on possède une maison pleine de livres, de meubles et de chauffage dans ce beau pays: cela oblige à travailler de la télécommande. Courrier au voisin pour qu’il vide la boîte à lettres, donné d’ordres à la femme de ménage qui fera ce qui lui plaît, relève à distance des chiffres de l’électricité et pour les rendez-vous, je dis oui puis je prétexte un voyage à l’étranger. Mais voilà que des acheteurs veulent me rencontrer. La dernière fois que je suis allé à la maison, c’était couché sur la banquette arrière d’une voiture. Le lendemain j’apprenais qu’aussitôt parti les gendarmes débarquaient, sans doute avertis par le maire dont la bêtise n’a d’égal que le talent de collaboration. En somme seul le chat profite de la situation. Monté chez le voisin, il dispose désormais d’un panier et d’une cuvette remplie de biscuits. D’ailleurs il est tombé malade. Le voisin m’explique que le vétérinaire a posé une collerette et lui a regardé les dents. Pour ne pas être en reste, je fais en courrier dans lequel je souhaite que le chat se remette de maladie et demande où est la clef de la maison.
Gala me suivra partout où elle peut se transporter sans rien changer à sa vie. Ce que j’aurais dû percevoir avant l’achat du presbytère de Lhôpital. Emporté par mon enthousiasme, sûr de mes forces, j’ai passé outre et cela m’a valu de me retrouver avec la maison sur les bras. Avec le recul je n’ai souvenir que de deux périodes: celle où je travaille d’arrache-pied à démolir et bâtir, celle où seul dans la maison, incapable de dormir, je fais du vélo, je bois et fume en fixant les Aravis.
Exercice au pistolet en matinée, au fusil d’assaut l’après-midi. L’instructeur a sa méthode: l’agression. Il sanctionne la moindre faute, rabroue qui la fait. Pour ce faire, pose des questions sans réponses.
- Tu dégaine comme ça, et l’ennemi pendant ce temps, il fait quoi? Il attend? L’ennemi attend? Répond! Que fait l’ennemi? Montre aux autres ce que tu viens de faire!
Psychologie militaire. A la boxe, pareil. L’Arabe qui enseigne les coups tance et
punit.
- Tu n’as pas ta corde à sauter? Où est-elle? Oubliée? Qu’est-ce que ça veut dire oubliée? Elle est où? Vingt pompes!
Je ne peux me retenir, je ris. Mais je suis le seul. Les autres boxeurs, apprentis et ouvriers la plupart, en parlent jusque dans les douches.
Pour le tir au moins, il est vrai, tout relâchement de la discipline peut aboutir au drame. Ainsi que l’explique l’instructeur de bon matin, sur le champ de tir, alors que nous tremblons de froid: une balle à travers la main et vous vivrez avec un moignon jusqu’à la fin de vos jours.
“Attaque de diligence” d’une rame de RER en banlieue parisienne. Passagers violentés et détroussés. Et plus près de nous, à Lausanne, bataille rangée entre cent cinquante individus. Tentatives désespérées de reconstituer un moi dans une jeunesse qui doit aller au choc pour se convaincre qu’elle existe.
Pris en main l’Almanach des muses de Christian Désagulier, cet ingénieur aéronautique et poète venu me dire il y a trois ans à l’occasion d’une lecture au Point éphémère de Paris son admiration pour les Divagations. Ouvrage de mécanique lyrique, ambitieux et gonflé d’inspiration. Les demi-sommités que poussent sur les tréteaux les grands éditeurs font pâle figure en regard de ce style — je pense ici à l’énergumène Olivier Cadiot — mais il est vrai que le costume et les grimaces suffisent puisqu’aussi bien personne ne juge de la poésie pour l’avoir lue.