Sur le quai de Genève

Sur le quai de Genève, nous atten­dons le train pour Fri­bourg. Aplo demande la per­mis­sion d’aller acheter une bois­son. Je con­sulte ma mon­tre. Tu as 7 min­utes. Il file. Trois min­utes avant le départ, Luv et moi nous instal­lons dans la rame. Quand le train s’ébran­le, pas d’Ap­lo. J’ap­pelle sur le portable. Il répond en larmes. Il n’a pas d’ar­gent, il ne sait pas l’ho­raire. Je lui dis de se débrouiller. Il arrive à l’ap­parte­ment avec une heure de retard. Un dame m’a don­né de l’ar­gent, dit-il. Je le fais asseoir devant un cahi­er. A droite il écrit ce qu’il s’est passé. A gauche ce qu’il aurait dû faire. J’ap­prends alors qu’il est mon­tée à temps dans le train puis, ne nous trou­vant pas, en est ressor­ti. Il écrit, j’é­tais en T‑shirt sur le quai et j’ai pleuré. A son âge, jamais je n’au­rais con­sen­ti à avouer que j’avais pleuré. D’ailleurs — n’est-ce pas ter­ri­ble? — je ne pleu­rais pas.

Le cosmopolitisme

Le cos­mopolitisme s’op­pose à l’u­ni­ver­sal­ité et la mode à l’é­ter­nité. Miguel de Unamuno.

Envie

Envie de fuir.

Pourquoi cette préparation du corps?

Pourquoi cette pré­pa­ra­tion du corps? me demande Etan. Tout rap­port est dialec­tique, tel était mon illu­sion. Car il y faut le lan­gage et la volon­té patiente des par­ties en con­flit d’ac­céder à un degré d’hu­man­ité supérieur. Or com­ment cela serait-il pos­si­ble dans un monde sans valeurs partagées où le sabir est général?

Augmentation

Aug­men­ta­tion de 65% des faits divers dans les grands jour­naux télévisés.

Entraînements au combat dans une carrière.

Entraîne­ments au com­bat dans une car­rière. A la pause de midi l’in­struc­teur racon­te des anec­dotes. De ses con­trats de mer­ce­naire, il ne dit rien — il rap­porte les inci­dents dérisoires mais sig­ni­fi­cat­ifs de sa vie à Genève. Sa pré­pa­ra­tion aux armes et sa con­for­ma­tion psy­chologique l’amè­nent à évoluer dans un monde où la ques­tion de l’autre se pose sur un mode binaire: ami ou enne­mi? Con­séquence para­doxale: à force de se pré­par­er à répon­dre à l’a­gres­sion, son agres­siv­ité devient un com­porte­ment à risque.

Résultats scolaires insuffisants

Résul­tats sco­laires insuff­isants d’Ap­lo. La pour­suite des études est com­pro­mise. Je m’ef­force de lui représen­ter ce que cela sig­ni­fie. Ecoute-t-il seule­ment? Avoir à tenir ce rôle devant un enfant qui n’a pas qua­torze ans est ridicule. Que peut bien lui évo­quer l’idée de tra­vail, de statut pro­fes­sion­nel, de classe sociale? Et pour­tant, quand on voit ce qui se pré­pare, force est de tenir le rôle que l’é­cole nous assigne. Ce que je vois c’est qu’à vouloir ren­dre la péd­a­gogie ludique dans le but de faciliter l’as­sim­i­la­tion des enseigne­ments, l’élève en vient à con­sid­ér­er  l’é­cole comme un jeu et il échoue non par manque d’in­tel­li­gence mais par con­for­mité avec une inten­tion sous-jacente, poli­tique celle-là, qui est de diver­tir l’en­fant pour en mieux dis­pos­er en tant qu’adulte.

Si la ville était considérée comme un organisme anthropophage

Si la ville était con­sid­érée comme un organ­isme anthro­pophage dont la crois­sance est fonc­tion du nom­bre d’in­di­vidus sac­ri­fiés, on expli­querait mieux le déplace­ment des pop­u­la­tions rurales vers les cen­tres puis, ce déséquili­bre approchant le point de rup­ture, l’ou­ver­ture de couloirs human­i­taires per­me­t­tant d’a­chem­iner les forces vives du tiers-monde vers le Nord.

Tournée à 4h30 du matin.

Tournée à 4h30 du matin. Je chif­fonne les feuilles de plexi sur mon genou, replace l’af­fiche, mais la pluie qui tombe dru innonde le cadre, pénètre le papi­er et s’é­tale sur le plexi. Et je ne suis qu’au début des dif­fi­cultés. A force de faire de la sous-enchère, les imprimeurs qui tra­vail­lent via l’in­ter­net pro­posent des gram­mages de papi­er si fins que les encres coulent et déposent sur les feuilles qu’il me faut grat­ter une à une du bout de l’on­gle. Cinq heures de tra­vail pour desservir les deux cent cadres de Fribourg.

La sagesse

La sagesse con­siste à demeur­er indif­férent aux influ­ences extérieures de façon à ce que la vie se déroule selon les pos­si­bil­ités éter­nelles de l’e­sprit et du corps.