Projet d’une Economie des gestes.
Plots
Au Népal, cet Allemand amusé et barbu. Un solitaire qui profite du voyage pour parler. N’ayant pas l’habitude de s’exprimer à voix haute, chaque fois qu’il parle, il scrute les visages pour savoir l’effet de ce qu’il a dit. Puis il rit et s’excuse. Natif de la campagne bavaroise, au pays, il vit sur un terrain vague, dans un vieux Wolkswagen monté sur plots.
Navette
Je tousse. La boîte à biscuits résonne. Je lève la nuque. Devant, un triangle de toile bleu . Un ciré enveloppe mes jambes, je porte le bonnet, j’écoute la pluie. Les parois de la tente, emportées par le vent, tirent tantôt sur la gauche, tantôt sur le droite. Je n’ai aucun peine à imaginer que je pilote une navette.
Muotathal
Mardi dernier je suis allé voir Fommel dans le Muotathal. Sa villa au toit brun fait partie d’un ensemble construit dans les années 1980. Les voisins se connaissent, me dit-il. Lui vit à la cave. En ce jour d’été, il m’accueille habillé d’une fourrure polaire. Le jardin, explique-t-il, permettra de cultiver des patates. Pour l’instant, il est envahi d’herbes folles. Fommel conçoit des machines qui ressemblent à des aspirateurs. Ce sont des robots artificiers munis de chenillettes et de bras à pinces. Leur mission est de faire exploser les voitures piégées sur les terrains de guerre. Dans les sous-sols de la villa, Fommel a installé une pompe à chaleur et un moulin. Il stocke son blé, son orge et le maïs dans des tonneaux pressurisés. Il me fait la démonstration: comment moudre ses céréales et faire son pain. Fommel boit beaucoup d’eau et prend de l’acide le vendredi. Il m’installe sur la terrasse et affiche sur son téléphone portable la couverture d’un livre en libre accès de trois cent pages. — Tout est là, tu dois lire! L’escroquerie remonte aux Summériens!
- Au fait, Monami a chercher à ter joindre.
- Je ne sais pas.
- Il a écrit un mail.
- Oh, oui! Tu m’excuseras. Il est le bienvenu, mais répondre à un mail, ça non, c’est trop risqué.
Froid
Des bourrasques écrasent la tente. Le matin mes dix-huit plaques de chocolat flottent. Je récolte des cailloux pour construire des supports, je fais fonctionner le réchaud. Il a fait froid. Dormir habillé ne suffit pas et mon sac à vingt ans. A l’aube, grelottant, je me suis répété ce message: peux-tu m’envoyer en poste restant le sac blanc et violet qui se trouve sur le meuble de notre chambre. Reste à savoir comment le faire parvenir à Gala.
Voyages
En trois voyages, je monte cent kilos de matériel. Lorsque je retourne remplir le bidon à la fontaine de l’alpage, les oies ont mangé la housse de ma chaise. Sur le bord du sentier qui mène au bivouac j’abandonne le matelas gonflable, des boîtes de conserve, les haltères, le pétrole et un mot: das nehme ich Morgen.