Gestes

Pro­jet d’une Economie des gestes.

Plots

Au Népal, cet Alle­mand amusé et bar­bu. Un soli­taire qui prof­ite du voy­age pour par­ler. N’ayant pas l’habi­tude de s’ex­primer à voix haute, chaque fois qu’il par­le, il scrute les vis­ages pour savoir l’ef­fet de ce qu’il a dit. Puis il rit et s’ex­cuse. Natif de la cam­pagne bavaroise, au pays, il vit sur un ter­rain vague, dans un vieux Wolk­swa­gen mon­té sur plots.

Navette

Je tou­sse. La boîte à bis­cuits résonne. Je lève la nuque. Devant, un tri­an­gle de toile bleu . Un ciré enveloppe mes jambes, je porte le bon­net, j’é­coute la pluie. Les parois de la tente, emportées par le vent, tirent tan­tôt sur la gauche, tan­tôt sur le droite. Je n’ai aucun peine à imag­in­er que je pilote une navette.

Ne rien faire

Je ne fais rien. J’at­tends, je mange, je dors, je mange, j’at­tends. J’ai 48 ans et qua­tre cent heures devant moi.

Muotathal

Mar­di dernier je suis allé voir Fom­mel dans le Muo­tathal. Sa vil­la au toit brun fait par­tie d’un ensem­ble con­stru­it dans les années 1980. Les voisins se con­nais­sent, me dit-il. Lui vit à la cave. En ce jour d’été, il m’ac­cueille habil­lé d’une four­rure polaire. Le jardin, explique-t-il, per­me­t­tra de cul­tiv­er des patates. Pour l’in­stant, il est envahi d’herbes folles. Fom­mel conçoit des machines qui ressem­blent à des aspi­ra­teurs. Ce sont des robots arti­ficiers munis de che­nil­lettes et de bras à pinces. Leur mis­sion est de faire explos­er les voitures piégées sur les ter­rains de guerre. Dans les sous-sols de la vil­la, Fom­mel a instal­lé une pompe à chaleur et un moulin. Il stocke son blé, son orge et le maïs dans des ton­neaux pres­surisés. Il me fait la démon­stra­tion: com­ment moudre ses céréales et faire son pain. Fom­mel boit beau­coup d’eau et prend de l’acide le ven­dre­di. Il m’in­stalle sur la ter­rasse et affiche sur son télé­phone portable la cou­ver­ture d’un livre en libre accès de trois cent pages. — Tout est là, tu dois lire! L’e­scro­querie remonte aux Sum­mériens!
- Au fait, Mon­a­mi a chercher à ter join­dre.
- Je ne sais pas.
- Il a écrit un mail.
- Oh, oui! Tu m’ex­cuseras. Il est le bien­venu, mais répon­dre à un mail, ça non, c’est trop risqué.

Saisons

La tête posée sur la boîte à bis­cuits je regarde les saisons défil­er. Tan­tôt c’é­tait plein soleil, j’é­tais assis dans la chaise en veste et bon­net, main­tenant les prés frémis­sent sous la pluie, les pier­res circulent.

Touristes

Les touristes souf­frent et racon­tent, les Sher­pas por­tent et se taisent.

Trou

L’ar­mail­li est aux champs. Je récupère les derniers sacs. — Ich bin oben, am Lohegg.Bist im Loch! Je ne lui dis pas que je compte rester un mois.

Froid

Des bour­rasques écrasent la tente. Le matin mes dix-huit plaques de choco­lat flot­tent. Je récolte des cail­loux pour con­stru­ire des sup­ports, je fais fonc­tion­ner le réchaud. Il a fait froid. Dormir habil­lé ne suf­fit pas et mon sac à vingt ans. A l’aube, grelot­tant, je me suis répété ce mes­sage: peux-tu m’en­voy­er en poste restant le sac blanc et vio­let qui se trou­ve sur le meu­ble de notre cham­bre. Reste à savoir com­ment le faire par­venir à Gala.

Voyages

En trois voy­ages, je monte cent kilos de matériel. Lorsque je retourne rem­plir le bidon à la fontaine de l’al­page, les oies ont mangé la housse de ma chaise. Sur le bord du sen­tier qui mène au bivouac j’a­ban­donne le mate­las gon­flable, des boîtes de con­serve, les haltères, le pét­role et un mot: das nehme ich Mor­gen.