Vertiges

Con­tre la mal, j’ai recours à l’ex­cès. Hier dans la nuit, je suis pris de ver­tiges. Le sol se dérobe, les parois flot­tent. Je me couche. Le matin, le mal est inchangé. Je vaque. Assis, les ver­tiges s’estom­pent, mais que j’a­vance la tête, lève les yeux, me tourne, il est là. Je monte et descends les escaliers, pour me ras­sur­er, j’émets des hypothès­es. Tout effort est décon­seil­lé. Que je me sou­vi­enne, il y a deux ans, même affecf­tion. A l’aube, seul dans la mai­son, à Lhôpi­tal, je regar­dais tourn­er l’hor­loge et me demandais si con­duire les enfants à leur école, sur soix­ante kilo­mètres, dans la nuit, ne serait pas dan­gereux. Tout à l’heure, je suis allé boxé. J’ai sauté, cou­ru, don­né et reçu des coups. Aus­sitôt les ver­tiges ont reculé A moins qu’il ne s’agisse d’une illu­sion. J’ai ajouté au régime trois litres de bière. Ils ont reculé. J’ai peu dor­mi. Ils ont presque dis­paru. Se soign­er par l’ex­cès, jusqu’au jour du soin défini­tif, qui est la mort.

Recherche

Quand on cherche, on trou­ve. Si on ne trou­ve pas ce qu’on cherche, c’est qu’on en sait pas ce qu’on cherche. Si on le savait, on l’au­rait trouvé.

Renoncer

Renon­cé aujour­d’hui à écouter la radio aux heures d’in­for­ma­tion. De même, renon­cé à lire Le Monde. Ne mérite pas d’être lu un jour­nal qui titre en pre­mière page: Les bons chiffres de la crois­sance con­for­tent le prési­dent Hollande.

Demeure

A l’ado­les­cence et de façon plus dure dans mes années adultes, chaque fois que je m’en­richis­sais des pen­sées d’un écrivain d’une généra­tion antérieure, je me dis­ais, et main­tenant, où est-il? qu’est-il advenu de lui? de son esprit? Et tran­sigeant, j’imag­ine par une crainte instinc­tive issue d’un manque d’as­sur­ance dans mes forces, je me représen­tais un état spé­cial où, mal­gré tout, quelque chose des éner­gies ayant per­mis son exis­tence, con­tin­u­aient de jouer leur musique. Aujour­d’hui je réponds, il n’est plus, rien ne demeure, et tourne la page.

Mara

Pour la pre­mière fois depuis vingt ans, Mara appa­raît dans un rêve sans que j’en souf­fre. Elle est à mon coté. Je sais que je ne peux lui faire l’amour. Je n’en souf­fre pas. Elle m’échappe. Je n’en souf­fre pas.

Albert-le-Grand

Comme j’achète deux livres d’his­toire chez Albert-le-Grand, j’en prof­ite pour deman­der à la libraire de me met­tre de côté de petits car­nets Actes Sud dans lesquels je prends ces notes. Elle fouille un tiroir, ne trou­ve rien, s’ex­cuse puis tire d’un ray­on des livres qu’elle me pro­pose gra­tu­ite­ment dont un excel­lent His­torique­ment cor­rect de Jean Sévil­lia.
- Il faut tou­jours deman­der. Et quand on vous demande, tou­jours donner.

Mondialisation

Ne m’é­tait pas encore venu à l’e­sprit le prof­it que les lob­bies de la mon­di­al­i­sa­tion ont su tir­er de l’in­ter­na­tion­al­isme socialiste.

Film en famille

Dès les pre­mières images, je renonce au film que je me réjouis­sais de voir en famille. Rôles et scé­nario m’ir­ri­tent. J’aimerais, afin de ne pas gâch­er le plaisir des enfants, me retir­er sans autre com­men­taire dans ma cham­bre, mais la colère l’emporte: com­ment les réal­isa­teurs osent-ils pro­fess­er un tel mépris pour le pub­lic? Les faiseurs, intéressés par le seul revenu des ventes, fab­riquent des nar­ra­tions qui ser­vent pen­dant un heure et demie des recettes con­v­enues. Puis passent le relais. L’his­toire du ciné­ma est niée dans des pro­duc­tions qui sont autant de vari­a­tions sur un mod­èle. Acteurs, déco­ra­teurs, réal­isa­teurs sont autant de tech­ni­ciens employés par la finance.

Installation

Plus d’une heure et demie de route par Charmey, Jaun et Bolti­gen pour gag­n­er l’Ober­sim­men­tal. Soleil radieux sur les cimes. Il est étrange que, par­ti du Lac noir, j’ai atteint ce lieu reculé. A Ober­wil, nous deman­dons notre direc­tion. J’en­gage la voiture de ma mère (petite, pous­siéreuse, dis­crète) sur un chemin. Nous fran­chissons des bar­rières cana­di­ennes, roulons sur le cail­lou, trou­vons un chalet dans une impasse. Des habits sèchent sur une ficelle. Je frappe, j’en­tre. Les paysans sont aux champs. Nous redescen­dons en plaine. Je me ren­seigne. C’est le bon chemin, mais nous avons man­qué une bifur­ca­tion. Un quart d’heure d’as­cen­sion. Au moin­dre écart de volant, la voiture finit dans le précipice. Gala admire, je me con­cen­tre. Appa­raît enfin l’al­page où j’ai rebroussé chemin l’autre jour pour rejoin­dre le can­ton de Fri­bourg. Trois quart d’heures de marche jusqu’au plateau où je m’in­stallerai. Gala veut renon­cer. J’in­siste. Elle m’ac­com­pa­gne. Un trou­peau de chèvres remue dans la paroi. Je crois pou­voir cacher ma réserve de pâtes dans une fortin de l’ar­mée, mais il sert d’étable. J’en­veloppe les pâtes et veut les sus­pendre en haut d’un rocher, je les prends sur la tête. Je les enfouis dans un tas de pierre. J’écris mon nom et la date à laque­lle je les mangerai. De retour à la voiture, je vais trou­ver l’ar­mail­li. Il trait une vache. Il porte la barbe, le cos­tume, fume un bout de cig­a­re. Il réflé­chit: non, si vous venez le 10 sep­tem­bre, il n’y aura plus de vach­es. Je le remer­cie. Je m’in­quié­tais surtout de savoir s’il ne ver­rait pas d’in­con­vénient à mon installation.

Taureaux

Tau­reaux, chas­se, course, boxe, espace, échap­pées; quelques uns des thèmes qui mar­quent mes nuits et occu­pent ma pen­sée. Et si la dépres­sion était trans­mise par le con­trôle général­isé des éner­gies auquel nous soumet une société qui a pris la vie en méfiance?