Au début, aucun rêve, grandes plages de sommeil noir. Puis cette quatrième nuit, les voici l’un derrière l’autre, serrés et polis. Or, c’est sous cette forme que je me représentais hier la construction d’Acablar: des paragraphes filant des thèmes sans rapport immédiat; exploration du cirque de montagne, spéculation, organisation de la nourriture, citations. L’inconscient aurait donc joué la gamme afin que je puisse juger du rendu. Ce sont ainsi succédé trois rêves. C’est l’heure du souper. Ma mère s’attaque à ses dossiers, crie qu’elle n’a pas le temps, me renvoie au téléviseur et, ajoute-elle, qu’il soit éteint n’y change rien, débrouille-toi! Ensuite un documentaire qui montre l’évolution du quartier de l’Usine à Genève sur vingt ans. Flânerie et ton badin. Fête et désordre. Suspicion, calme précaire. Dernier acte, j’entre en scène armé d’un fusil. Deux rues à traverser pour sortir de la zone de danger, mais la bretelle du fusil est coincée dans le chargeur. Les habitués du quartier portent la tenue de combat, ils se réchauffent devant des tonneaux en feu. Mon fusil est enfin prêt à tirer. Alors passe le générique de fin. Message: le réalisateur souhaitait montrer ce que nous sommes devenus. Et le troisième: le père d’Olofso, ivre, renverse une boîte remplie de dents sanguinolentes. Je propose de ramasser. Il me tend une pincette. Le travail est difficile, les dents ont glissé sous la charrette d’un brocanteur et une oie malveillante, encouragée par le père, pique dans la boîte ce que je viens d’y ranger.
Journées
Mes journées ressemblent à celles d’un malade. Réveillé, je bois, je mange et je me couche. Plus tard, je bois, je mange et me recouche. Je ne me promène pas dans l’orage. D’ailleurs, quitter l’emballage que j’ai confectionné avec un sac poubelle, une feuille d’aluminium, l’embase, la boîte à biscuits et l’oreiller gonflable, demande une expertise et du temps; je le quitte peu. Je suis un malade qui, faute d’une maladie à secourir, n’a besoin de personne et peut librement jouer avec son corps et son esprit.
Petromax
Enfin réussi à allumer la lanterne, une Petromax de quarante centimètres qui rappelle le falot des marins. Reste à savoir comment les mousses s’y prennent sous les paquets d’eau. Il s’agit d’abord de pomper pour mettre le pétrole sous pression, d’allumer un jet qui brûle le manchon, de laisser celui-ci se consumer, de rallumer le jet et au bout de nonante secondes, d’inverser l’amenée de combustible pour que le carburateur porte le manchon à incandescence. Une telle manœuvre au creux de la tempête, je ne vois pas.