Quelle raison a‑t-on d’enfouir son visage dans une capuche pour se promener en ville? Mais surtout, pourquoi cela est-t-il surtout le fait de gens frustes?
Képis
Projet de descente du Mékong depuis le lac Qinghai, au sud du Tibet, jusqu’à la mer de Chine, à portée de Saigon. L’agence nationale du tourisme en Chine indique que la région est ouverte et donne un liste en français des monuments. Quant à savoir si on peut y circuler librement, gagner le Yunnan par le fleuve, impossible à dire: dans les faits, personne ne semble y voyager. Nous calculons avec Etan qu’un quart des 4000 kilomètres du cours du Mékong se trouve en territoire chinois. Nous aurions ensuite à passer par la Birmanie, le Laos, le Cambodge et le Vietnam. Nous savons qu’il nous faudra souvent changer de bateau et faire une partie du périple par voie de route, ne serait-ce qu’en raison des barrages et des rapides. Et prévoir des sommes pour obtenir les passes-droits. Nous convenons de prendre contact avec des gens qui ont l’expérience de ces pays, dont Claude Martheler, entré à vélo en Birmanie depuis la Chine. Un peu plus tard, je suis au club de sport, où les téléviseurs diffusent une étape de la course cycliste le Tour de Pékin: le long de la route, tous les vingt mètres, un gardien en képi et uniforme surveille les badauds.
Meubles
Deux couples visitent séparément l’appartement que je dois, renonçant au bail avant échéance, remettre, et tous deux, sans ambages, demandent si je laisse les meubles. Bien entendu, ils paieront, mais tout de même, quelle chose extraordinaire que la disparition de tout rapport affectif aux objets.
Tension
Tantôt, comme je me promenais dans les bois, je croise Hannah. Elle est seule, nous parlons, puis chacun poursuit dans sa direction. De retour dans l’appartement du Criblet, je m’aperçois que le charme est rompu. L’an dernier, persistait une aura liée à notre brève relation, non parce qu’elle avait été brève, mais parce que n’ayant pas été assez consommée, chacun ressentait, malgré lui, cette tension heureuse que produit la représentation d’un désir disponible. Il vient de disparaître.
Shakespeare
La semaine dernière, B., journaliste indépendant qui fournit des articles culturels à des publications de gauche sollicite l’écrivain Russel Banks. Rendez-vous est pris. B. s’installe sur la terrasse du Grand hôtel Kempinski où l’Américain est descendu aux frais de la Ville de Genève et avertit la serveuse:
- Vous serez bien aimable de ne pas nous déranger pendant la demi-heure qui suit, j’interviewe un des plus grands écrivains américains.
La gamine réfléchit.
- Shakespeare?
Au bout d’un quart d’heure, tandis que l’enregistreur tourne et que la discussion va bon train:
- Tout va bien Messieurs, vous n’avez besoin de rien?