Poésie

Mis­ère de ceux qui con­fondent rime et poésie. Mis­ère répétée de ceux qui acceptent d’être les dupes de cette confusion.

Dualisme

Jeune homme que je croise à la boxe, au Krav Maga, qui en sus des ces entraîne­ments, pra­tique le boxe thaï­landaise et trou­ve encore le moyen de com­bin­er ces sports de com­bat avec des séances de course à pied. Uni­ver­si­taire, il étudie l’his­toire et la lit­téra­ture. Je veux en savoir plus; il pré­cise ses champs d’in­térêts: les guer­res de reli­gion, Georges Bernanos.

Tension

De même qu’il y a en pein­ture ten­sion entre les couleurs, il y a en lit­téra­ture ten­sion entre les mots. La visée de l’artiste au moment d’en­tre­pren­dre son tra­vail tend à une organ­i­sa­tion favor­able des ten­sions. Les moyens sont indé­cid­ables, ils relèvent de l’alchimie. Les mots étant à la fois impré­cis et rich­es et ces deux qual­ités n’en for­mant en réal­ité qu’une, la pré­ci­sion est don­née à un niveau supérieur: celui du texte dans le cas de la lit­téra­ture, du tableau dans le cas de la pein­ture. La réduc­tion des ter­mes a un sens uni­voque afin d’or­gan­is­er sur une base logique une pen­sée non-ambiguë est un pro­jet éter­nel de la philoso­phie. Out­re qu’il me sem­ble impos­si­ble, il a une con­séquence cer­taine: la réduc­tion chez celui qui s’emploie à cet effort de con­struc­tion sci­en­tifique de son human­ité laque­lle, en dernière analyse, dépend de la contingence. 

Règles

Ils édictent des règles qu’ils dis­ent faciles à respecter puis, quand vient leur tour de les respecter, ils les trou­vent con­traig­nantes et s’y soustraient.

Socialisme à la française

Dis­cuter une posi­tion que l’on sait fausse est impos­si­ble. Il ne reste qu’à la dur­cir. Et ain­si à chaque attaque. Réal­ité du social­isme à la française. Car enfin les hommes qui gou­ver­nent sont intel­li­gents: ils ont payé de leur per­son­ne pour attein­dre à ces postes et veu­lent un retour sur investisse­ment, pas une débat qui min­erait leur position.

Chez Emmaüs

Chez Emmaüs. Mais il n’y a ni som­mi­er ni cadre de lit. Au ray­on livre, je m’in­téresse aux auteurs suiss­es. Ouvrages d’amis. Com­ment ne pas penser: un tel n’a pas été lu, aus­sitôt expédié chez Emmaüs. Puis les enfants choi­sis­sent un divan. Il est mauve, petit, taché, mais il est trans­formable en lit et il leur plaît. Opti­miste, j’an­nonce que je vais le charg­er dans la BMW. Les enfants regar­dent les adultes qui gèrent la bro­cante: un homme au faciès couper­osé, une fraise à la place du nez, un autre voûté et mal­in­gre, un troisième, man­chot. C’est lui qui s’oc­cupe des meubles. J’a­vance la voiture, demande à Aplo de m’aider à trans­porter le canapé. Le man­chot vient en ren­fort. Son hand­i­cap devient alors évi­dent. Un bras ne suf­fit pas. Sans l’ef­fet de symétrie, tout portage est voué à l’échec. Dure condition.

Tomates

Ma mère, au moment de par­tir, me met deux tomates dans les mains. Sinon, elles seront per­dues. La con­science du vieil­lisse­ment engage à pren­dre soin des choses. J’aime cette philosophie.

Air du temps

Vu Le Cor­ni­aud avec les enfants. Dans ce film de 1958,  le calme et la bien­veil­lance des rap­ports humains, quand bien même ils organ­isent des intérêts opposées, ceux des brig­ands et des policiers par exem­ple, frappe. C’est une fic­tion, mais une fic­tion qui aujour­d’hui représen­terait de tels rap­ports est impensable.

Tortue

A deux mille mètres, sur les Molé­son, les raque­ttes au pied, Aplo qui a qua­torze ans demande s’il peut me pos­er une ques­tion impor­tante.
- Pourquoi les cel­lules des tortues vieil­lis­sent-elles moins vite que celles des hommes et que peu­vent faire les nan­otech­nolo­gies dans ce domaine?
Un peu plus, loin, dans une pente, tan­dis que Luv essouf­flée nous fait signe de l’at­ten­dre.
- Quand je pense à mon lit, et que je suis là, avec toi, et que je marche, est-ce qu’il est nor­mal que j’ou­blie que je marche?

Guide des îles et des plages

Com­mandé hier le guide des îles et plages de Thaï­lande. Une opéra­tion de quelques sec­on­des. Le temps de rejoin­dre Gala au salon, je con­sulte sur la tablette la sec­tion Mer d’An­daman. A ma grande stupé­fac­tion, pas un lieu que je ne con­naisse. Et bien­tôt, je m’écrie:
- Mais c’est quoi ce truc? J’au­rais pu l’écrire d’une main dis­traite!
Je lis des pas­sages: les for­mules sont ampoulées, les adjec­tifs au ser­vice d’un exo­tisme kitsch, les ver­dicts sur­faits, les con­seils d’un affligeante pau­vreté. Je pour­su­is la lec­ture. Passe les chapitres un après l’autre. Cela se con­firme. Rien que je ne sache. Le pub­lic serait-il de moins en moins exigeant? Car enfin, je ne peux pas imag­in­er avoir épuisé les richess­es du ter­ri­toire. Et si après quelques trente vis­ites, j’é­tais arrivé au bout des sur­pris­es? Alors je me ras­sure: pas besoin d’en­droits neufs, les sur­pris­es vien­dront des lieux con­nus. Et puis: pas besoin de surprises.