A Chumphon, nous attendons le bus dans un garage aménagé en bureau, assis sur une banquette face à trois employés. L’un dort la tête dans les bras, un autre mange, le chauffeur guette la rue à la recherche d’autre voyageurs. Le bus est annoncé pour treize heures. Pour l’instant, nous sommes seuls. Quand la dame a fini son riz, elle explique:
- Nous partons à l’heure si nous avons cinq passagers. Quatre à quatorze heures, trois à quinze heures… Vous comprenez?
Je fais le calcul: si personne ne vient, nous partirons pour Ranong à seize heures, donc dans quatre heures.
Quelques minutes plus tard Gala se lève.
- Il va être l’heure, plus personne ne viendra, laissons-leur nos bagages et allons nous promener!
Je propose d’attendre un peu. Sage décision. Soudain le chauffeur saisit nos sacs et nous embarque, le bus dépasse le marché, prend l’avenue, un passager monte, il redémarre, plus loin il ramasse une mère et son nourrisson et en campagne un couple. Or aucun téléphone n’a sonné, aucun signal apparent n’a semblé contrecarrer la décision d’attendre.
Chumphon
Gourde
Dans les vestiaires du club de boxe, alors que nous bandons nos poignets, mon voisin étudie une publicité qui propose des articles de sport.
- Et ça, comment dit-on déjà?
- Bidon. Du moins en France. En Suisse, on dit gourde.
- Comment?
- Une gourde.
- Ah, oui, comme dans l’expression commettre une gourde.
Nest
Dans les faubourgs de Lat Kradang, près de l’aéroport de Suvarnabhumi. Le Nest hôtel est posé sur une dalle de ciment qui sert également de parking. L’ensemble des commodités a été bâti sur ce rectangle dur, piscine, terrasse, cabines de toilettes, abri pour vélomoteurs et séparé d’un modeste mur de briques de la voie du train qu’empruntent des convois tonitruants. La sirène de la locomotive diesel retentit, juste après les chambres tremblent. En surplomb de la petite table où nous buvons de la bière, haut dans le ciel, le métro aérien. Il glisse vers la station relais de Makkasan et le centre de Bangkok. Sur les trois autres côtés du Nest hôtel, d’où son nom, des bassins où nagent des milliers de tortues.
Abu Dhabi
Sous cloche à Abu Dhabi. La salle d’attente de l’aéroport, circulaire, encombrée, ventilée, propose de la nourriture américaine aux voyageurs décalés. Ici se côtoient saoudiens en robe et sikhs ahuris, anglais ivres et routards en sandale. Un cauchemar. Un monde dans lequel il ne vaudrait pas la peine de vivre. Quatre heures d’attente. Le moment venu, nous nous acheminons pour l’embarquement. Voici un long couloir. A l’horizon un caisson lumineux indique la première des portes. A vue d’oeil, il n’est pas plus gros que mon pouce. Entre deux piétinent cinq cent personnes, peut-être mille. En sens inverse, un tapis roulant. Il est arrêté. Entre notre file et le tapis, des garde-chiourmes. Leur tâche est de dissuader les resquilleurs. Comme l’attente se prolonge et que certains passagers risquent de manquer leur vol, ils remontent le courant en hurlant les noms des destinations appelées. Si billet en main vous avez la chance d’être éligible, les gardes vous aident à passer la barrière. Vous avez alors la priorité. Au bout de l’attente, la douane. Il y a longtemps que nous ne savons plus l’heure. D’ailleurs lea architectes ont bien travaillé: ils n’ont pas jugé utile de construire des fenêtres. Lorsque nous atteignons enfin le contrôle, on nous pousse sans nous fouiller vers une salle d’attente identique à la première. Une coupole au carrelage de mosquée. Le caisson lumineux que je prenais pour un numéro de porte est maintenant au-dessus de ma tête. Il s’agit d’une publicité pour la Formule 1. Dans ce genre de situations, le mieux est de rentrer en soi. Ne plus parler, ne plus penser et se montrer de la plus grande politesse. Tout autre attitude est dangereuse.