Bureau

Jamais je n’en­tre dans ton bureau en ton absence, me dit Gala, il con­tient trop de choses inquiétantes.

Accident

Le Christ ressus­cite.
Mais, ensuite, il quitte la Terre.
L’E­ter­nité n’est pas, ne peut être, liée à cet état ter­restre.
L’E­ter­nité est un état d’E­sprit.
Cette note péné­trante, que l’on pour­rait aus­si nom­mer, une façon d’aller à l’év­i­dence (lan­gage auquel il faudrait accorder dans une typolo­gie un car­ac­tère pro­pre­ment religieux) se trou­ve dans les Car­nets XV de Calaferte (Dimen­sions). La con­cep­tion d’une éter­nité comme pro­ro­ga­tion indéfinie de l’e­space et du temps heur­tant les esprits éduqués, le retour à la vie est lu comme métaphore et en effet, cha­cun peut faire l’ex­péri­ence de l’hor­reur que sig­ni­fie la représen­ta­tion d’un espace et d’un temps qui se suc­cè­dent à eux-mêmes sans fin. Mais admis, comme le fait Calaferte, que l’é­tat ter­restre et l’é­ter­nité sont incom­pat­i­bles, nous aboutis­sons à cette con­séquence para­doxale que l’é­ter­nité est la mort. Le corps qui est espace et temps et l’e­sprit qui est con­science d’e­space et de temps une fois refusés, il reste la mort. De sorte que la vie n’est qu’un accident.

Téléphone

Excep­tion faite de l’ap­pel passé aux enfants hier, voici trente-cinq jours que je n’ai plus fait usage d’un télé­phone. Rien de plus agréable. N’é­tait-ce le tra­vail qui m’im­pose d’être atteignable j’y renon­cerai défini­tive­ment et pour mon plus grand bonheur.

Brutalité

A l’in­verse, je n’ai été heurté que trois fois par le com­porte­ment des touristes. Une fois dans un restau­rant à Siem Reap où une tablée d’Améri­cains s’ag­i­tait grossière­ment sous l’ef­fet de l’ex­ci­ta­tion. Ajou­tons, en toute inno­cence, c’est-à-dire sans ani­mosité. Les Améri­cains par­lent fort et remuent pour se sen­tir exis­ter, trait de car­ac­tère pro­pre aux colons qu’ils furent et aux occu­pants qu’ils sont devenus d’un ter­ri­toire vaste et vide. Les autres fois de la part d’Is­raéliens. Leur manque d’as­sur­ance est tel qu’ils trans­for­ment tout geste et parole en un signe d’a­gres­siv­ité. Le cas de l’Is­raélien qui explique avec morgue à un vendeur aba­sour­di que son prix est trop élevé et que jamais il ne le pay­era alors que ce dernier n’a encore artic­ulé aucun prix et que l’Is­raélien n’a nulle­ment l’in­ten­tion de se porter acquéreur est con­nu, l’autre moins; c’est l’après-midi, il fait chaud, des étrangers de dif­férents pays, cer­tains en famille, boivent ou grig­no­tent sur une grande ter­rasse à cou­vert. Arrive un jeune cou­ple. Lui arrache la carte des mains du serveur, plutôt que de la con­sul­ter il demande ce qu’il y a, plutôt que d’é­couter la réponse du serveur dit ce qu’il veut, puis ayant dit, pré­cise qu’il veut que ce soit bien cuis­iné, bien servi, le tout sur le ton du capo­ral dans l’ex­er­ci­ce de la don­née d’or­dres. Vient le tour de la com­pagne dont on attendrait plus de retenue. Eh non, elle aus­si beu­gle. Le serveur, un trans­sex­uel épais qui nav­igue entre les tables avec non­cha­lance, va répéter la com­mande en cui­sine. Alors, face à face, comme des sol­dats qui pré­par­ent une attaque dans l’om­bre d’un char d’as­saut, l’homme et la femme enta­ment une con­ver­sa­tion. Ils ouvrent grand la bouche, les deux à la fois, et cri­ent. De l’en­vi­ron­nement, ils n’ont aucune notion ou alors stricte­ment physique: il y a des humains à quelques mètres, ici et là, mais pour l’in­stant ils ne présen­tent pas de dan­ger. Plus tard, lorsque les plats sont apportés, chaque geste sera l’oc­ca­sion de ren­vers­er quelque chose, la sal­ière, le sauci­er, la bouteille. Une telle bru­tal­ité est une sorte d’échec de l’e­sprit. Elle n’est pas ras­sur­ante en ce qui con­cerne l’avenir de la société israéli­enne. Sur­vivre n’est pas tout.

Savoir-vivre

Durant ce séjour au Cam­bodge puis en Thaï­lande, une nou­velle fois con­quis par le savoir-vivre spon­tané de ces peu­ples. Cer­tains m’op­posent qu’il n’y a là que mod­estie. Cette façon de s’in­scrire dans le monde est l’a­panage de la pau­vreté, pré­ten­dent-ils, et dis­paraî­tra avec elle — j’en doute. D’abord, jamais je n’ai de façon aus­si régulière, dans aucun autre pays sinon l’In­donésie, lui-même appar­tenant à la même zone géo­graphique si ce n’est à la même reli­gion, ren­con­tré cette excel­lente atti­tude. Ensuite, c’est aller un peu vite en besogne que de déclar­er la Thaï­lande pays pau­vre. Je mis­erai plutôt sur une expli­ca­tion indi­quant la con­ser­va­tion au sein du cap­i­tal­isme d’une cul­ture religieuse rit­u­al­isée qui ordonne avec réus­site la sphère du spir­ituel et cela non pas sur une base abstraite, mais dans la per­spec­tive d’un usage quo­ti­di­en du monde. 

Rendez-vous

Si j’avais à don­ner ren­dez-vous dans Khao San Road, sans même pré­cis­er si je suis femme ou homme, je dirais: c’est facile, je ne suis ni tatoué ni Thaï!

Antiterrorisme

L’an­titer­ror­isme comme mode de gou­verne­ment suc­cé­dant à la guerre froide devait être validé par un événe­ment objec­tif et trau­ma­ti­sant. Les con­seillers de la famille Bush ont mis sur pied l’opéra­tion du 11 sep­tem­bre 2001.

Efforts

Lorsque je présente, con­tent de moi parce que c’est le fruit d’un long effort, une idée orig­i­nale et que je m’ef­force d’en trac­er les con­tours, Gala:
- C’est ce que j’ai tou­jours pensé.

Eloges

En France comme en Suisse, mul­ti­pli­ca­tion des arti­cles et des enreg­istrements radios sur easy­Jet, et tous élo­gieux. Autant de jour­nal­istes qui — à la paru­tion de l’es­sai — jureront ne jamais avoir prêté la moin­dre atten­tion à ce que j’écris.

Enfants

M’aperce­vant au télé­phone que mes enfants entrent dans cet âge où le père ne sait plus que dire et qu’il lui fau­dra, jusqu’à ce qu’il soit à nou­veau réu­ni à eux dans le monde des adultes, les aimer en silence.