Elite

Pronon­cez le mot “élite”, l’in­ter­locu­teur prend peur et se récrie. Qu’il se ras­sure ceux qui en sont ne pronon­cent jamais le mot.

Romans-comédie

Com­mencé la réécri­t­ure de Roman D.C. Si j’avais le courage, j’en­chaîn­erais à la fin de l’été sur les deux autres livres-comédies que j’at­tends depuis bien­tôt trois ans de repren­dre, L’été de Btor­gle et La vis­ite du min­istre des eaux minérales de Suède tourne court.

Polonais

Le Polon­ais dans sa salle de bil­lard en sous-sol. Il est quinze heures, seul dans la pénom­bre, des coquarts sous les yeux, il sirote un café. Les ban­dits man­chots et les flip­pers clig­no­tent, les queues sont sur les râte­liers.
“Non, moi ça va… Mes enfants sont grands, ils vien­nent me voir, nous man­geons, nous buvons un peu… Mais ce qui va se pass­er, si je savais… Tu vois j’ai cinquante ans et il n’y a pas d’ar­gent à Fri­bourg. A Genève, à Lau­sanne, c’est autre chose, mais ici, rien que des étu­di­ants et des vieil­lards. Et en plus, ils ont des exa­m­ens. Le week-end, la salle est pleine, mais je ne fais que net­toy­er, ils achè­tent de l’al­cool en super­marché, boive dans des sachets en plas­tique, titubent et sont malades. Tu as remar­qué? A Pérolles les bou­tiques n’ar­rê­tent pas de fer­mer. Et le soir, c’est mort. Il y a tous ces Turcs et ces Albanais! Pas une once d’imag­i­na­tion. Ils s’in­stal­lent dans la ville, ils s’as­soient sur un tabouret et regar­dent tourn­er leur pain de viande, quelle ambiance ça peut met­tre, hein? Nos enfants l’au­ront dif­fi­cile. Et ils les étrangers con­tin­u­ent d’ar­riv­er de tous les côtés! Je ne sais pas, non vrai­ment, je ne sais plus…”

Conseil

Le médecin, les radi­ogra­phies à la main:
- Tout va bien… juste de l’arthrose.
- Dans la nuque?
- Non, partout. Mais…
- Je sais: du calme.
- Oui, Mon­sieur Friederich: du calme!

Detroit

Adressé treize deman­des d’hos­pi­tal­ité à des mem­bres de Couch­surf­ing rési­dant à Detroit, Michi­gan. Pour l’essen­tiel des hommes, la plu­part âgés. Au bout d’une semaine, voici enfin deux répons­es. Un cow-boy de sep­tante et un an, retraité de l’in­dus­trie auto­mo­bile et un mil­i­taire dont la philoso­phie est “je suis passé de la vio­lence à la sym­pa­thie”. Dans mes let­tres, je demande à dormir une ou deux nuits dans leur salon et à obtenir quelques con­seil sur la ville que je veux par­courir à pied et à vélo.  Ces derniers jours, j’ai ajouté des pho­togra­phies ras­sur­antes à ma page de présen­ta­tion. Moi avec Gala à Jérusalem, un por­trait avec les enfants, un cliché pris au Viet­nam avec Sorah, la Sud-Coréenne de San Fran­cis­co. Et j’ai pré­cisé les dates. Puis, m’in­téres­sant au bil­let d’avion, j’ai con­staté que par­tir début juil­let coû­tait deux fois plus cher que par­tir fin juin. Le bil­let acheté, il me faut donc recom­mencer mes cour­ri­ers.
 

Jeans

En avril j’achète un jeans au Corte Inglès de Mala­ga. Aupar­a­vant j’ai cher­ché dans les bou­tiques. La mar­que n’est pas disponible. Je ne pos­sède qu’un jeans de cette mar­que, acquis six ans plus tôt à Las Vegas et qu’il me fau­dra jeter avant l’été. N’ayant aucune envie de pass­er en cab­ine d’es­sayage, j’ai noté le mod­èle, la couleur et relevé les men­su­ra­tions sur l’é­ti­quette. Manque de chance, la taille cor­re­spond pas la longueur. Tant pis: je fais emballer, je paie et ren­tre à l’Hô­tel. Or, ma mère m’ex­plique que le tis­su est trop épais pour qu’elle puisse le repren­dre à la main. Je retourne auprès de ma vendeuse. Mag­a­sin organ­isé à l’an­ci­enne, le Corte Inglès compte des dizaines de vendeurs par étage et pour ce qui est des jeans, deux à trois pré­posés par mar­que. Le pan­talon peut être repris sans frais, mais il faut compter trois jours. J’emporte le jeans en Suisse, le garde plié. En mai, je le dépose dans le fond de la valise, retourne au Corte Inglès de Mala­ga. Même étage, même vendeuse. Elle emballe le pan­talon dans un papi­er cristal, me tend un reçu, me donne ren­dez-vous. Le jour du retour en Suisse, deux heures avant l’en­vol de l’avion, je m’aperçois que mon jeans attend. Frère reste sur le quai au près de la voiture, je pars en courant, grav­it les esca­la­tors, tend ma quit­tance, la vendeuse amène le jeans, le déplie, me le mon­tre, le replie, l’emballe et je repars en courant, le jeans sur la main, comme si je por­tais un plateau, le dépose dans ma valise, ren­tre en Suisse et l’égare.

Couteaux

Hôtel Atarazanas, face au marché cou­vert, où j’ai déposé des couteaux au mois de novem­bre faute de pou­voir les pass­er dans l’avion en cab­ine. La récep­tion­niste que je n’ai jamais vue, avant même que je for­mule ma demande, rit de plaisir, ouvre un plac­ard, tire l’en­veloppe sur laque­lle j’ai écrit mon nom il y a six mois et me tend mes couteaux en se félic­i­tant d’avoir pu me ren­dre service.

Jeter

Atti­tude devant cette feuille que je jette. Je la mets à la cor­beille à papi­er. Il m’ar­rive de la déchir­er avant de la jeter. Dans ce cas, je la déchire en deux. D’où ma sur­prise lorsque je vois cet homme qui déchire sa feuille en deux puis qua­tre, six, huit et dix.

Gain

La qual­ité des biens et ser­vices achetés baisse en rai­son pro­por­tion­nelle de l’ap­pât de gain qui ani­me leurs fab­ri­cants; mais alors, à quoi pour­ra bien servir le gain?

Bibliothèque

Il avait une belle bib­lio­thèque entière­ment vide.