Chaque vendredi soir il repeignait les murs de son appartement en rouge vif.
Deux meubles
Tout à l’heure je tombe sur des plans de meubles réalisés dans les années 1990. Parmi ceux-ci, le lit double-simple. Monté sur rails, il permettait de joindre les deux matelas pour les moments d’intimité, puis, au moment du sommeil, de produire la séparation par glissement sans besoin de se relever. Cet autre, inabouti: un écritoire coulissant afin d’écrire ou lire confortablement sans quitter son lit ni avoir a disposer à nouveau ses affaires. C’était une sorte de table en forme de pont passant au-dessus de l’édredon et qui, le travail fini, retournait se loger au bas du lit, au-dessus des pieds.
Jalousie
La jalousie est un malheur. L’autre est ce que je ne suis pas. Que je le regarde et le fiel coule dans mon corps, pourrit mes moelles. A la longue, l’état devient chronique. Mes volontés se noient. Je deviens un être impersonnel, aliéné. Ici n’a de valeur que l’anarchie. Peu importe les autres. Qu’ils aillent dans leur direction et n’interrompent pas la mienne.
Feux de la rampe
Celui qui écrit sans peine bientôt ne se donne plus la peine d’écrire. Affirmant cela je pense à un auteur dont le premier livre m’a fasciné. J’allais partout et vantais ses mérites, je ne manquais pas une occasion d’engager à sa lecture. A Paris je connus l’auteur. Sa personnalité me déçut agréablement. C’était un homme joyeux, sans envergure ni morale, loin de toute recherche, désinvolte, opportuniste. C’est lorsqu’on entrevoit ce qu’on veut sans le pouvoir que les énergies affluent. Alors sont réunies les conditions pour faire l’œuvre. Celui qui écrit, peint ou compose sans peine et avec l’air de se jouer est loin de cette fois du créateur. Je ne pouvais me douter de quoi que ce soit avant que ne paraissent de cet auteur de nouveaux titres. Or, ce que j’avais réussit à son contact se vérifia: à grands renforts de sourire, ils se poussait sous les feux de la rampe.
Trémulation
Chanteurs de variété, bateleurs, comédiens, romanciers, peintres sans réelle foi dans l’art, ils ‘agitent sur quelques mètres et ce faisant communiquent localement au groupe social une trémulation qui lui permet de percevoir de manière fugace comme se perçoivent les poissons par reflets lorsqu’un rai de lumière traverse l’aquarium.
Manwell 2
Sur cette façon heureuse de remarquer la nature et de la donner à voir aux autres en rehaussant ses qualités, ce que faisait hier, je l’ai dit, Manwell alors que nous courions sur les crêts de la Sarine, je puis dire que je n’ai pas ce talent. Quand je cours, lutte, me débats, je ne contemple pas. Et quand bien même je verrais ce ciel, sa lumière, son cortège de nuages, c’est sans vision; pour cela, il faut que je m’attarde, arraisonne le temps, perce les couches. Ainsi je vois jusque dans les grandes profondeurs. Plus possible alors de s’exclamer:
- Regardez, c’est joli!