Pinacothèque

Nou­velle pina­cothèque de Munich. Voilà une année que Gala me par­le de vis­iter les col­lec­tions, que dis-je, deux ans. Aujour­d’hui dimanche, nous prenons nos entrées. Or, dès les pre­mières salles, elle hâte le pas. Elle n’aime pas les fresque his­toriques, a le roman­tisme alle­mand en hor­reur, trou­ve les toiles trop vastes, trop mil­i­taires, trop maniérées.
- On ne va pas tout vis­iter aujour­d’hui, n’est-ce pas?
Ce qui sig­ni­fie: par­tons et ne revenons pas. 

Raison

Lorsqu’on a choisi d’avoir rai­son envers et con­tre tout force est d’asseoir sa cer­ti­tude sur la cul­pa­bil­ité d’autrui.

Début

Jouhan­deau con­state que ce n’est pas le désir de ceci ou de cela qui vient à man­quer, mais le désir; voilà le début de la vieil­lesse. Le pro­grès rejoint l’usure.

Deutches museum

Le matin je me rends sur l’Is­ar et prends un bil­let pour le Deutsches muse­um, le musée des tech­niques que m’a recom­mandé Mon­a­mi. Avant de com­mencer la vis­ite, je demande les toi­lettes. La dame du garde-robe m’indique un pas­sage dérobé. Je descends deux séries d’escaliers et trou­ve les toi­lettes. Quand j’en sors, j’ai le choix entre mon­ter vers les salles ou con­tin­uer de descen­dre. Etant déjà loin de la halle d’en­trée et sachant que je ne reviendrai peut-être pas, je descends. Un niveau, encore un, puis un troisième. Main­tenant la lumière est faible, l’at­mo­sphère lourde, le silence total. Je n’en­tends que mes pas. Les parois sont de pierre, je suis sous le musée. Je con­tin­ue de plonger dans les entrailles de la terre. Sans aucun doute, je suis plus bas que le lit de la riv­ière. J’at­teins alors une plate­forme d’où part une galerie de for­age. Je me baisse et j’a­vance. Pen­dant plus de trente min­utes, je marche d’un bon pas à tra­vers des boy­aux qui débouchent régulière­ment sur des salles où se trou­vent des machines extra­or­di­naires, dans un décor recon­sti­tué à l’i­den­tique, de mines de char­bon, de puits de pétroles, de car­rière de pierre et de métaux. A l’oc­ca­sion, je croise un père de famille ten­ant con­tre lui ses enfants effrayés ou une gamine anx­ieuse qui à mon exem­ple hâte le pas dans l’e­spoir de trou­ver une issue à ce labyrinthe.

Augustinerbiergarten

Cer­tains jours, je ne sais pas lire les plans. Ain­si tout-à-l’heure pour gag­n­er la brasserie Augustin­er située près de la gare fer­rovi­aire, nous avons fait le tour de la ville par l’Olympia­park. Gala était heureuse: rien que du plat et du soleil, et d’a­gréables pistes cyclables. Bâti­ment de briques sans intérêt, mais intérieur des salles à boire joli­ment décorés de vieux bois et de cuves en cuiv­re. Nous deman­dons la ter­rasse. Un escalier étroit, amé­nagé sans grand frais, y mène. D’ailleurs les tables instal­lées sur le toit sont toutes occupées, et d’abord par des touristes ce qui nous décide à pren­dre place à l’in­térieur. Cela n’a pas le charme du Bier­garten situé à quelques cen­taines de mètres et où nous avons bu abon­dam­ment l’an dernier avant d’es­suy­er l’or­age, mais vu la tem­péra­ture élevée la salle est calme et plaisante. Quand nous reprenons les vélos, nous pas­sons devant le jardin: huit milles per­son­nes sont instal­lées là devant leur bock et des orchestres jouent.

Sous-sol de Munich

Au cen­tre de la ville, hormis les rares touristes, on trou­ve les noirs devant les toi­lettes ou à l’in­térieur de celles-ci, assis tout le jour, un panier posé sur une table pour récolter un pourboire.

Fleming’s

Retour au Flem­ing’s hotel dans Schwabing. L’an dernier, nous venions en voiture et le per­son­nel de la récep­tion m’indi­quait l’en­trée du park­ing. J’en­gage la voiture sur une rampe en col­i­maçon pour aboutir dans une pièce étroite où il s’ag­it de manœu­vr­er afin d’en­tr­er son véhicule à recu­lons sur une plate­forme métallique qu’un pré­posé élève ensuite à la façon d’un ascenseur. Je pour­rais remon­ter la rampe mais il sem­ble encore plus sim­ple de reculer et de se gar­er. Je tente le coup. En vain. La voiture est trop large, elle rase les murs. Si je force, j’y laisse la car­rosserie. Résul­tat, je remonte à grand peine en sur­face, tourne dans le quarti­er, déniche une place à deux kilo­mètres, reviens au pas de course et trou­ve Gala dans le fau­teuil à lire.
- Tu as fait long.
Cette année, nous sommes à pied. Descen­dus d’un bus de l’autre côté du pâté d’im­meubles et taxi pour les derniers mètres.
“Bien­v­enue Mon­sieur Friederich. Je vois que vous aimez notre hôtel. J’ai pour vous une cham­bre à l’é­cart, agréable et silen­cieuse”.
Nous mon­tons, trou­vons la cham­bre. Gala fait une obser­va­tion. Elle a rai­son. C’est plus petite que l’été précé­dent. Je fais remar­quer que j’ai choisi le même stand­ing. Gala qui pen­sait que j’é­conomi­sais descend alors à la récep­tion. Quelque min­utes plus tard nous sommes instal­lés sur cours, dans les meilleures con­di­tions. Nous descen­dons louer des vélos chez les les­bi­ennes de Léopold strasse et roulons en direc­tion du jardin anglais. Le soir, sur la ter­rasse comble du Oster­waldgarten, nous dînons à côté d’un cou­ple à qui Gala fait la con­ver­sa­tion avec ent­hou­si­asme. Puis la bière lui monte à la tête et elle m’ag­o­nit, au point que je ne peux plus manger. Dix fois je lui dis de par­ler moins fort, de mieux se tenir, d’ar­rêter de hous­piller.
Elle con­clut:
- Et il est hors de ques­tion que nous fas­sions l’amour avant que tu m’aie présen­té des excus­es!
Bien enten­du, j’ig­nore de quoi elle par­le. Peut-être ces vingt jours qu’elle vient de pass­er seule, comme s’ils étaient de mon fait. Je pose deux bil­lets, me lève, quitte la ter­rasse, remonte à vélo vers Schwabing par un rac­cour­ci. Au car­refour d’Oc­cam­strasse, Gala sur­git. Elle se place dans ma roue, nous rentrons. 

Littérature

La lit­téra­ture est l’œuvre de ceux qui ne com­pren­nent pas le monde. Ils l’ac­com­mod­ent par les mots, toute leur vie cherchent à sympathiser.

Réveil

Sep heures un quart. Four­bu, assom­mé, je me rase. Le chat grimpe dans les rideaux, les enfants dor­ment. Je pars à vélo pour l’aéro­port, rate une bifur­ca­tion, me retrou­ve dans le traf­ic des pen­du­laires, cade­nasse enfin au niveau Arrivées et gagne l’en­trée du secteur inter­na­tion­al. Passent dix min­utes. Gala devrait être là. Nous avons con­venu d’un ren­dez-vous à huit heures moins le quart. A huit heures, tou­jours per­son­ne. Si elle ne vient pas, je renonce. Oui, mais il est trop tard pour annuler l’hô­tel. Et à ce prix-là… D’un autre côté, si je pars seul, que ferai-je à Munich? Huit heures dix. Per­son­ne. Et son portable ne répond pas. J’ap­pelle chez son fils. Un enreg­istreur. Enfin. à huit heures et quart je l’aperçois au bout de l’é­tage. Elé­gante, belle. A petits pas. Le port haut. Gala approche. Lente­ment. Puis elle se place à côté de moi. Ne dis rien.
- Tu fais quoi? On va man­quer l’avion!
Elle s’of­fusque.
- C’est de ta faute, tu as dit que tu me réveil­lais!
- Que je te… Mais enfin, tu n’es pas assez grande pour te réveiller?
- J’au­rai pu ne pas me réveiller. La seule chose que tu devais faire pour moi, tu oublies de la faire!
- J’ai des cen­taines de choses à faire! Mets le réveil. Et d’abord, pourquoi ne réponds-tu pas au télé­phone?
- Tu avais promis que tu me réveillerai!
- Quand?
- Il y a déjà longtemps !

Veille

Je gare la voiture au bureau, écarte la pile des fac­tures, décroche le vélo, gon­fle les pneus, passe mon sac de colleur et pars pour Satigny. Vingt jours que je n’ai pas vu les enfants. Depuis le départ pour Détroit. Autant pour Gala. La ville est calme, le traf­ic dan­gereux. Il fait chaud. Je roule lente­ment. Ma chemise doit dur­er jusqu’au lende­main, j’ai prévu d’a­cheter le reste sur place, à Munich. Olo­foso a appelé la veille:
- Tu pour­ras nous aider à mon­ter deux meubles?
J’at­tends le Pré-gen­til à cinq heures, les enfans sont là, avec leur mère; elle s’ex­cuse:
- Je n’ai que de la 1664!
Elle pro­pose de sor­tir la voiture.
- J’i­rai à pied.
J’en prof­ite pour faire une balade avec Aplo et Luv qui me racon­tent leurs vacances à Béziers. Puis les voisines défi­lent. J’ig­nore ce qu’Olof­so leur racon­te, mais elles trou­vent des pré­textes et entrent dans l’ap­parte­ment pour voir à quoi je ressem­ble. A vingt-deux heures, Olof­so demande si je suis tou­jours d’ac­cord de mon­ter les meubles. Alors que je com­prends: il s’ag­it de tir­er de leurs car­tons une quar­an­taine de planch­es de con­tre­plaqué et de mon­ter un bureau et une bib­lio­thèque. Moi qui croy­ais que nous par­lions de portage. Qua­tre heures plus tard, la réserve de bière est épuisée, je suis détrem­pé, des écrous et des ressorts traî­nent encore au sol mais pour l’essen­tiel, le tra­vail est fait. Je me couche dans le canapé. Un chat rôde dans le salon.