Camp

Ah ces affreux qui pren­nent pour con­vic­tion ce qui n’est qu’op­por­tunisme! Ils pro­tè­gent qui pro­tège leur petite affaire. Néces­saire­ment se déclar­ent par­ti­san des idées dom­i­nantes. Qu’ils se ras­surent: leur camp est éternel.

Ordre

Je com­prends que l’on boive, se drogue, se jette en bas les falais­es, que l’on fasse des acro­baties en avion ou nage dans la tem­pête. Je com­prends aus­si que l’on ferme les yeux, se retire, puise dans la soli­tude, cul­tive la sagesse. Mais que l’on vive selon l’hor­loge les étapes oblig­ées avec cette idée que le vieil­lisse­ment réguli­er du corps et de l’âme, hors toute ren­con­tre hasardeuse, for­ment le seul devoir de l’homme, voilà qui m’échappe.

Herbe

Toute la journée les ouvri­ers ont coupé l’herbe autour du Col­lège Gam­bach. Ce soir les gril­lons chantent.

Spectacle

La voiture n’avait pas de roues. Or, à la tri­bune, chiffres à l’ap­pui, les élus débat­taient sur ses performances.

Hystérie

Par­mi les hys­tériques de l’an­tiracisme et du vivre-ensem­ble (mots com­posés qui sont autant de symp­tômes d’une pen­sée con­fuse), com­bi­en ont-ils réelle­ment ten­tés d’in­scrire leur quo­ti­di­en dans une société rad­i­cale­ment autre quant aux mœurs, à la morale, la reli­gion, l’é­conomie, la langue et les cou­tumes? Con­fort­able cette générosité qui con­siste à dire aux immi­grés “venez!” quand instal­lé dans une réal­ité famil­ière on ne va vers rien d’autre que soi-même.

Agir

Sou­vent je pense: si on nous don­nait la pos­si­bil­ité d’a­gir en homme, avec la peine et le risque, la fierté et le plaisir, ne seri­ons-nous pas plus heureux?

Peupliers

En dépit du temps radieux qui depuis le mois d’août rég­nait sans partage sur la con­trée les vil­la­geois s’in­quié­taient de la pousse accélérée des peu­pli­ers qui à leur faîte déchi­raient les nuages pré­cip­i­tant des eaux tièdes et bru­tales sur les cul­tures. Afin d’ex­or­cis­er un risque qu’ils esti­maient chaque jour plus grand, ils sac­ri­fièrent nom­bre de bêtes de chas­se. Quand le phénomène pris, la Noël passée, une ampleur inédite, et en prévi­sion des semailles de mai, ils sac­ri­fièrent les femmes les plus vieilles puis quelques hommes et encore des femmes, jeunes cette fois. Le dernier paysan, dont je tiens cette his­toire, se pen­dit le neuf octo­bre 1952 à l’un des peu­pli­ers dit “d’épidémie”.

Ecriture

Il ne faut jamais s’ar­rêter d’écrire: la rançon est ter­ri­ble, le silence gagne.

Entretien

Quand elle sait créer puis entretenir le désir, la femme peut indéfin­i­ment tenir l’homme par les jeux de la per­ver­sité. Elle peut aus­si le tenir par la qual­ité du rap­port sex­uel. Si elle con­jugue les deux, elle n’a aucun revers à craindre.

Crise

Sans remon­ter à son usage à l’époque de la con­tre-réforme, il y aurait un livre à con­sacré au mot “crise”. Sa dimen­sion per­for­ma­tive sus­cite bien des ques­tions. Une manip­u­la­tion poli­tique récur­rente con­siste par exem­ple à utilis­er ce terme pour  installer dans les con­sciences la représen­ta­tion d’un dan­ger dif­fus afin d’asservir les volon­tés aux objec­tifs de l’é­conomie. Mais lorsque le recours devient sys­té­ma­tique la donne s’in­verse. Une fois que les con­sciences ont inté­gré l’idée de crise celle-ci devient sen­ti­ment et influ­ence les com­porte­ments. Ain­si, ce qui était  incan­ta­toire (le recours au mot dans le dis­cours) devient réel, entraî­nant une crise véritable.