Qui eut dit il y a seulement dix ans, alors que nous regardions abasourdis se développer en France un régime général de bêtise, que nous aurions ici la même lâcheté pour dogme officiel et une identique propension à plier l’échine devant les obstacles?
Julie
Ce qu’il disait dans cette petite société qu’entretenait Julie lui revenait bientôt sous des formes à peine déguisées. Quand il se tut, ses interlocuteurs ternirent, les rencontres se réduisirent à de banals échanges de mots. Julie le lui reprocha. Il se défendit. Elle le pria de ne pas reparaître. Il s’en alla. Plus tard, il apprit que la société avait trouvé des sujets et des occasions de disputer. Personne n’étant nouveau dans la groupe, il en conclut que le plus talentueux des imbéciles avait pris sa place.
Prolétarisation
Se parler. Soyons sérieux: les gens se parlent-ils? Nous sommes dans cet exercice qui a façonné les horizons de la morale depuis les Grecs ravalés au rang de l’Amérique: une société du bas en haut de l’échelle sociale prolétarisée et pour qui la langue n’est qu’un outil de divertissement ou de conquête.
Ordre
Je comprends que l’on boive, se drogue, se jette en bas les falaises, que l’on fasse des acrobaties en avion ou nage dans la tempête. Je comprends aussi que l’on ferme les yeux, se retire, puise dans la solitude, cultive la sagesse. Mais que l’on vive selon l’horloge les étapes obligées avec cette idée que le vieillissement régulier du corps et de l’âme, hors toute rencontre hasardeuse, forment le seul devoir de l’homme, voilà qui m’échappe.
Hystérie
Parmi les hystériques de l’antiracisme et du vivre-ensemble (mots composés qui sont autant de symptômes d’une pensée confuse), combien ont-ils réellement tentés d’inscrire leur quotidien dans une société radicalement autre quant aux mœurs, à la morale, la religion, l’économie, la langue et les coutumes? Confortable cette générosité qui consiste à dire aux immigrés “venez!” quand installé dans une réalité familière on ne va vers rien d’autre que soi-même.
Peupliers
En dépit du temps radieux qui depuis le mois d’août régnait sans partage sur la contrée les villageois s’inquiétaient de la pousse accélérée des peupliers qui à leur faîte déchiraient les nuages précipitant des eaux tièdes et brutales sur les cultures. Afin d’exorciser un risque qu’ils estimaient chaque jour plus grand, ils sacrifièrent nombre de bêtes de chasse. Quand le phénomène pris, la Noël passée, une ampleur inédite, et en prévision des semailles de mai, ils sacrifièrent les femmes les plus vieilles puis quelques hommes et encore des femmes, jeunes cette fois. Le dernier paysan, dont je tiens cette histoire, se pendit le neuf octobre 1952 à l’un des peupliers dit “d’épidémie”.