Gamine portant le voile islamique et un casque d’écoute; deux fois enfermés, dans la religiosité et dans le consumérisme.
Rue du Jura
Rue du Jura, la fille qui me précède entre dans un immeuble. Comme moi elle répond à une offre d’emploi, mais lorsqu’elle appelle l’ascenseur, je vois que je ne vais pas pouvoir monter. Je bande. Une autre fille rejoint la première. Même motif: l’offre d’emploi. Je tire mon maillot sur mes cuisses pour cacher l’érection, mais le membre est trop gros et je ne porte pas de pantalons. Les deux filles se tiennent devant l’ascenseur. La cage descend. J’espère d’abord que l’érection va tomber puis dois me rendre à l’évidence: je ne puis monter, je n’aurais pas le poste. Soudain la première fille me prend dans les bras et me réconforte. Mais il y a ceci: je ne suis qu’un dessinateur sans talent, elle est mathématicienne. La différence est criante: mon tableau est flou, expérimental, personnel. Le sien est précis, langagier, universel.
Mala banca
Une fois de plus j’essaie de louer un appartement sur le côte espagnole. Les propriétaires ne répondent pas. Les banques les obligent à publier des annonces, mais l’argent du locataire reviendrait à la banque et il s’agit de se venger des prêts pourris consentis par ces mêmes banques, donc ils ne répondent pas, l’appartement reste vide, il s’ajoute aux centaines de milliers d’appartements vacants et les prix continuent de chuter.
Le prisonnier
Croisé le prisonnier. Je m’engouffre dans le tunnel de la gare, il me hèle. Je ne le vois pas aussitôt. Mais j’ai senti sur le bord de la rétine un mouvement inhabituel. Dix mètres plus loin, je freine, tourne le vélo, remonte la rue. La dernière fois que nous avons bu ensemble, j’étais encore dans le studio du Criblet, ces quelques mètres d’habitation, travaillant ma vision de la ville, ne sachant si je devais m’établir à Fribourg pour quelques temps. Et le prisonnier faisait partie de ces personnages pittoresque de la première période. Il me serre la main.
- Voyons-nous!
Une telle précipitation dans les manières en dit long: nous avons pas grand-chose à nous dire, aussi “voyons-nous!” Cependant, de ce point de vue-là au moins, je continue à croire à l’homme, surtout s’il est improbable, par exemple vit un destin d’ex-prisonnier. Alors en effet, pourquoi ne pas prendre rendez-vous? Une discussion même lâche peut donner quelque chose et ce quelque chose nous aider, nous faire. Reste: m’étant engagé — et engagé j’honore — il faut que j’appelle le prisonnier lundi prochain et fixe et le voie.