Lieux de départ

Je ne cesse de me dire, ce n’est pas là qu’il faut être, ce n’est pas cela qu’il faut faire (hormis l’écri­t­ure, qui est insé­para­ble). Où faut-il être? Nulle part. Il ne faut pas demeur­er, il faut tra­vers­er. Pass­er d’un lieu dans un autre. L’in­stal­la­tion n’a de sens que dans un lieu sans his­toire (ou du moins dont on ignore l’his­toire). Il appa­raît à mesure, selon les efforts engagés. Une fois con­sti­tué, il est temps de par­tir. Un lieu achevé, un lieu qui impose ses déter­mi­na­tions, quel intérêt? Dans la vieil­lesse, oui, mais aupar­a­vant? Mar­qué par un mys­ti­cisme sans doc­trine, je plaide pour le démi­urge: aux pris­es avec le néant, l’homme devient dieu en sus­ci­tant le monde. Aucune con­nais­sance n’est req­uise, pas de tal­ent spé­cial: échecs et réus­sites ont ici le même pou­voir créateur.

FED

Le pare-feu de la Banque cen­trale améri­caine (FED) bloque 3 mil­lions de cyber­at­taques par jour.

Journaliste

Phrase de jour­nal­iste: “Désor­mais elle se con­sacre entière­ment à l’écriture.”

Ambon

Hier je prends con­tact avec des gens qui vivent aux Moluques. Les images d’Am­bon, la cap­i­tale, mon­trent une épicerie, un marché, une mosquée. Aucun aperçu du pays. La carte ne me ren­seigne pas: com­bi­en d’autre local­ités, de quelle taille? Je ne vois pas de routes. Vol­cans, collines, forêts. L’archipel est trois fois plus éten­du que la Suisse. Voici donc ma représen­ta­tion des Moluques: un ville-porte, Ambon, puis un ter­ri­toire incon­nu. Mon rêve de cette nuit car­i­ca­ture ce sen­ti­ment. Je grimpe les bar­reaux d’une échelle. En haut et en bas, il n’y a rien: ni sol ni ciel. Un de mes con­tacts m’en­cour­age à pour­suiv­re l’as­cen­sion. Si je panique, je lâche, si je lâche je meurs. Il suf­fit de pani­quer et je suis mort. Cette idée me fait paniquer.

Pommes 2

- Ah les pommes, me dit Crausaz, chaque pomme que tu manges, tu gagnes un jour de vie! Moi je ronge tou­jours une pomme quand je vais aux champs. Mais l’an­née passée, on en avait plus. Françoise en a pris au super­marché. Hé bien six mois après elles avaient pas pour­ri! Dès qu’elle les a débal­lées, je lui ai dit: “elles sen­tent le vieux!”

Audace

Quand tu cries plus fort que les autres, la foule se retourne. Elle bavarde et se ren­seigne. Elle enreg­istre ton nom. Quoique tu fass­es ou dise par après, elle se sou­vien­dra de toi et con­servera une forme d’admiration.

Coup

Peu après mon arrivée en Fin­lande, à Helsin­ki, dans le préau de l’é­cole, un cama­rade m’a don­né une gifle. J’avais sept ans. Je suis ren­tré en classe, j’ai réfléchi.A la récréa­tion suiv­ante, la cloche sonne,  la maîtresse nous regroupe sous le cou­vert. Je sors du rang, je me place devant le cama­rade, je lui  rend sa gifle. Maîtresse comme élèves me fix­ent estom­aqués. J’y pen­sais ce ven­dre­di comme Aplo me dis­ait: j’ai pris un coup. La prochaine fois, je le rendrai.

Faire

Aus­sitôt couché, je me demande ce que je pour­rais faire.

Imagination

Le plus triste est notre manque d’imag­i­na­tion. Une fois que l’on a mangé, qu’y a‑t-il d’autre pour rehauss­er la vie que l’imag­i­na­tion? Or, nous croyons qu’il existe des oblig­a­tions. Cette croy­ance est infer­nale. Elle brûle l’imag­i­na­tion. Si je vois bien l’é­tat de notre société occi­den­tale, je suis ten­té de dire que l’un des seuls domaines où l’imag­i­na­tion demeure une valeur con­quérante est la sci­ence: les savants ont certes hypothéqué leur quo­ti­di­en au point de le réduire à la rou­tine, mais c’est armés d’imag­i­na­tion que les meilleurs d’en­tre eux s’at­taque­nt à l’ob­scu­rité du monde.

Aimer

C’est une expéri­ence regret­table d’aimer par pitié.