Dans l’avion pour Chiang Mai des hommes d’affaires. Costumes bon marché, chemises de mauvais tissu, bagues au doigt. L’un lit en chinois, l’autre en thaï. Cette tendance à croire qu’il n’y a d’hommes d’affaire que dans le coeur des grandes villes, où l’argent se donne en spectacle. Il y a vingt ans, je volais à basse altitude au-dessus de la forêt de Bornéo de Sibu à Kuching. Les autres passagers, des hommes d’affaire, portaient des costumes rapiécés par leur maman.
Nest hotel
A Lat Krabang, au Nest hotel, au milieu des tortues d’élevage avec, au-dessus de la chambre, le métro aérien. Dans la cour, là où se trouve le bar et le carré de poissons rouges, des Norwégiens accompagnées de gentilles prostituées prises a Patthaya. Ils se baignent sur le parking (la piscine est surélevée), commandent des boissons sucrées pour les filles, de l’alcool pour eux. L’un d’entre eux, à l’écart, appelle chez lui. Je l’entends demander:
- Qui est à l’appareil?
Doha 3
Sur les pistes d’envol, le A320 ressemble à un jouet. Le vol suivant me rappelle aux réalités de la société de masse. Les portes pour l’Asie, Hanoï, Kuala Lumpur, Tokyo, sont regroupées dans une aile de l’aéroport, mille voyageurs s’entassent là, européens, majoritairement nordiques, mais aussi slaves et des musulmans, en cohorte, emballés dans leur tissu, égarés, surtout javanais. A bord, un siège à côté d’un couple d’Anglais aimable et corpulent. Je leur montre la pilule que je vais avaler et j’avertis:
- Si vous devez vous lever, poussez-moi! Me réveiller est impossible.
- Nous n’aurons pas à sortir, répond le monsieur.
J’enfonce alors mes tampons, relève mon tour de cou, cale le masque de sommeil sur mon nez et me couvre la tête d’une couverture. Je me réveille trois heures plus tard pour le repas, me rendors après le café, me réveille à l’annonce de l’atterrissage.
- Vous travaillez en Asie? Fait la dame.
Passagers
A Cointrin, enfin, le sac sur une chaise, les mains sur la table du bistrot de la porte 3 où l’on peut consommer de la bière pression en canettes, d’authentiques canettes à anse, cette femme élancée et digne, accompagnée d’un homme, digne, tassé et beau, qu’elle sert:
- Que veux-tu?
Elle est devant l’assortiment, son compagnon doit donc parler par-dessus son épaule:
- Un ramequin.
La femme, revenue à leur table.
- Il n’y a que des quiches.
- Ah.
- Oui, ce sont des quiches.
- Eh bien, une quiche.
La femme la lui apporte dans une assiette, puis lui apporte un café, le sucre et le brasse. Dans la conversation, elle s’exprime en italien, en allemand et en français. Mais le choix de la langue n’est pas indifférent. Il est fonction de ce qu’elle dit. De la nature de ce qu’elle dit. Si elle réprimande son compagnon par exemple, elle le fait en italien. Plus tard, lorsque l’homme se lève pour aller, je suppose, aux toilettes, sans l’ombre d’un sourire, elle lui dit:
- Tu reviens, hein?