Hommes d’affaire

Dans l’avion pour Chi­ang Mai des hommes d’af­faires. Cos­tumes bon marché, chemis­es de mau­vais tis­su, bagues au doigt. L’un lit en chi­nois, l’autre en thaï. Cette ten­dance à croire qu’il n’y a d’hommes d’af­faire que dans le coeur des grandes villes, où l’ar­gent se donne en spec­ta­cle. Il y a vingt ans, je volais à basse alti­tude au-dessus de la forêt de Bornéo de Sibu à Kuch­ing. Les autres pas­sagers, des hommes d’af­faire, por­taient des cos­tumes rapiécés par leur maman.

Organisation

La reli­gion ne doit pas être une principe organ­isa­teur du réel, mais un principe organ­isa­teur de soi.

Gares de bus

Marchands ensom­meil­lés des gares de bus, au fond des salles sec­ondaires, intérieures, affalés devant cent paque­ts de chips. Sur les chais­es de plas­tique, un moine, une vieille chi­noise con­stel­lée de ver­ro­terie et un por­teur san tra­vail, la main sur la charette.

Enfer

Ce théolo­gien, rap­porte Julien Green, qui dis­ait:
- ” Vous savez, en enfer, il n’ya que quelques per­son­nes. Pas plus de trois ou quatre.”

Femmes d’artistes

Femmes d’artistes, dévouées à l’art et qui, ajoutant à l’amour l’ad­mi­ra­tion, se met­tent au ser­vice de l’artiste. Femmes d’artistes, dévouées à l’art, créa­tri­ces et rivales, qui détru­isent la capac­ité créa­trice de celui qu’elles aiment. Des Lou Andreas Salomé, des Emma Fitzgerald.

Nest hotel

A Lat Kra­bang, au Nest hotel, au milieu des tortues d’él­e­vage avec, au-dessus de la cham­bre, le métro aérien. Dans la cour, là où se trou­ve le bar et le car­ré de pois­sons rouges, des Nor­wégiens accom­pa­g­nées de gen­tilles pros­ti­tuées pris­es a Patthaya. Ils se baig­nent sur le park­ing (la piscine est surélevée), com­man­dent des bois­sons sucrées pour les filles, de l’al­cool pour eux. L’un d’en­tre eux, à l’é­cart, appelle chez lui. Je l’en­tends deman­der:
- Qui est à l’appareil?

Doha 3

Sur les pistes d’en­vol, le A320 ressem­ble à un jou­et. Le vol suiv­ant me rap­pelle aux réal­ités de la société de masse. Les portes pour l’Asie, Hanoï, Kuala Lumpur, Tokyo, sont regroupées dans une aile de l’aéro­port, mille voyageurs s’en­tassent là, européens, majori­taire­ment nordiques, mais aus­si slaves et des musul­mans, en cohorte, embal­lés dans leur tis­su, égarés, surtout javanais. A bord, un siège à côté d’un cou­ple d’Anglais aimable et cor­pu­lent. Je leur mon­tre la pilule que je vais avaler et j’aver­tis:
- Si vous devez vous lever, poussez-moi! Me réveiller est impos­si­ble.
- Nous n’au­rons pas à sor­tir, répond le mon­sieur.
J’en­fonce alors mes tam­pons, relève mon tour de cou, cale le masque de som­meil sur mon nez et me cou­vre la tête d’une cou­ver­ture. Je me réveille trois heures plus tard pour le repas, me ren­dors après le café, me réveille à l’an­nonce de l’at­ter­ris­sage.
- Vous tra­vaillez en Asie? Fait la dame.

Doha 2

Côté pop­u­la­tion, pas de dif­férence entre Lau­sanne et l’aéro­port de Doha.

Doha

Approche noc­turne de Doha. Au sol, des objets d’usage pub­lic. Fig­ures que délim­i­tent des points de lumière orange. Cours de ten­nis, immeubles, usines, cimetières, piscines. Le noir, c’est le sable.

Passagers

A Coin­trin, enfin, le sac sur une chaise, les mains sur la table du bistrot de la porte 3 où l’on peut con­som­mer de la bière pres­sion en canettes, d’au­then­tiques canettes à anse, cette femme élancée et digne, accom­pa­g­née d’un homme, digne, tassé et beau, qu’elle sert:
- Que veux-tu?
Elle est devant l’as­sor­ti­ment, son com­pagnon doit donc par­ler par-dessus son épaule:
- Un rame­quin.
La femme, rev­enue à leur table.
- Il n’y a que des quich­es.
- Ah.
- Oui, ce sont des quich­es.
- Eh bien, une quiche.
La femme la lui apporte dans une assi­ette, puis lui apporte un café, le sucre et le brasse. Dans la con­ver­sa­tion, elle s’ex­prime en ital­ien, en alle­mand et en français. Mais le choix de la langue n’est pas indif­férent. Il est fonc­tion de ce qu’elle dit. De la nature de ce qu’elle dit. Si elle rép­ri­mande son com­pagnon par exem­ple, elle le fait en ital­ien. Plus tard, lorsque l’homme se lève pour aller, je sup­pose, aux toi­lettes, sans l’om­bre d’un sourire, elle lui dit:
- Tu reviens, hein?