Escaliers

Depuis des années, cent fois par jour, cette fille descend les mêmes marchent d’escalier et plusieurs fois par jour, elle les rate.

Lieu commun

Cette déc­la­ra­tion banale, sou­vent red­ite et qui con­damne qui la prononce: j’ai écrit plus d’un livre, mentalement.

Thaïs

Par­mi les petites choses qui sig­na­lent un change­ment de moeurs, le café est désor­mais partout disponible en Thaï­lande et on voit les autochtones faire du vélo, de route ou de ter­rain, mais sur route, équipés à la façon du Tour de France. Puis ce trait que je n’avais jamais relevé: les Thaï aiment bal­ay­er. Devant leur porte. Ils font ça avec flegme et appli­ca­tion comme s’ils chas­saient des démons paresseux.

Exhibition

Aller aux putes. Mais exhiber a faib­lesse? Don­ner à voir son vice? Se promen­er la pute au bras? Je songeais, comme il m’ar­rive chaque fois, à cette aber­ra­tion quand je lis dans Châteaubriand: si je m’é­tais pros­ti­tué aux cour­tisanes de Paris…

Traits

Il y a vingt ans, j’ai vécu trois mois avec une Sud-Africaine. Hier, sur le bord du fleuve Ayeyarwad­dy, j’ai retrou­vé en Cather­ine, les mêmes yeux som­bres et sans fond, les mêmes tach­es de rousseur et ce teint mat aux nuances latines. Par-dessus tout, cette expres­sion lente, qui peine à traduire les émo­tions et sem­ble, même dans le rire, emprunte de tristesse. Cather­ine vit à Shang­hai, elle est de Pré­to­ria. Com­bi­en de siè­cles pour for­mer ces physiques que l’on peut immé­di­ate­ment rat­taché à une terre et à son his­toire (dans ce cas, rel­a­tive­ment courte)?

Education

Prox­im­ité intéres­sante avec l’é­d­u­ca­tion reçue par Châteaubriand. Ceci par exem­ple, qui s’ap­plique bien à mon père: par un de ces con­trastes qu’on remar­que chez tous les hommes, mon père, si raisonnable d’ailleurs, n’é­tait jamais trop choqué d’un pro­jet aventureux.

Mémoires d’outre-tombe 2

Châteaubriand: un secret instinct m’aver­tis­sait qu’en avançant dans le monde, je ne trou­verais rien de ce que je cherchais.

I‑la

- Moi, je suis I‑La.
- Et d’où viens-tu?
Deux mètres, la mâchoire, la coupe mil­i­taire.
- De L.A.
- Et tu fais quoi ici?
- Je vends des CVs.

Palais Royal 2

Des vis­i­teurs bir­mans pho­togra­phient les pavil­lons du palais où le pou­voir pre­nait alors ses déci­sions. Le reste du domaine, intra muros, inter­dit d’ac­cès, est occupé par le pou­voir actuel, les militaires.

Palais Royal

Le palais roy­al, car­ré de forme et ceint d’une muraille couleur crabe, occupe l’équiv­a­lent de plusieurs quartiers. Il imprime son silence au caphar­naüm de Man­dalay. Le coeur de la ville anci­enne, com­posée de pavil­lons de bois rouge, est symétrique. Le con­traste est don­né par les bâti­ments roy­aux, couleur or. Une tour de garde cir­cu­laire, munie d’un escalier tour­nant, extérieur, per­met de mon­ter à quelque trente mètres. Revenu sur terre, je me promène entre les pavil­lons. Tous sont vides. Les allées sont plan­tées d’herbe. Nou­veau con­traste de couleurs. Pen­dant dix min­utes, je ne croise per­son­ne et songe que cette archi­tec­ture ne com­mu­nique cette spir­i­tu­al­ité austère que parce qu’il est dépoli­tisé. Lorsque le pou­voir y tenait ses quartiers devaient s’agiter là toutes sortes de cham­bel­lans, con­seillers, secré­taires, gar­di­ens, cour­tisans, dig­ni­taires. Un petit musée finit la vis­ite. On y trou­ve les cos­tumes et des pho­togra­phies de ces gens de régime. Au bas des clichés, la men­tion: République Fédérale d’Alle­magne. Tout ce monde a été pho­tographié, à l’époque de son règne, qui, en dépit de ses moeurs, lesquelles peu­vent sem­bler médié­vales, remonte au 19ème. On imag­ine le chargé d’am­bas­sade ayant apporté dans la ville sacrée un appareil-photo.