Etranglement

Etran­glé lun­di soir au Krav-Maga lors de la démon­stra­tion d’une prise, j’en suis encore, deux jours après l’ex­er­ci­ce, à me deman­der si je ne vais pas accourir aux urgences. Entre-temps, l’en­traîneur et les cama­rades ont appelé. Je les ai ras­suré, mais je ne le suis pas. Il est fréquent que l’un d’en­tre nous se blesse, mais le fait qu’il s’agisse du cou, siège de la voix, du souf­fle, du port de tête, pro­duit une autre espèce d’in­quié­tude. Et cela aus­sitôt l’ac­ci­dent sur­venu; de retour dans le rang pour la suite de l’en­traîne­ment, j’é­tais comme absent, con­cen­tré sur la douleur, atten­tif à son évo­lu­tion comme si je me tenais au chevet d’un malade. Lorsque L. m’avait brisé une côte, je n’avais pas ressen­ti pareille inquié­tude. Et, bien enten­du, j’ai ma part de faute: cette pres­sion sur le cou est faite pour tuer, pour l’ar­rêter je devais donc taper plus vite.

Fordetroit

Vient de m’être remis par la poste l’ex­em­plaire d’au­teur de Forde­troit. Livre petit dont la cou­ver­ture repro­duit une façade d’u­sine borgne sur­mon­tée d’un château d’eau. La cita­tion retenue par l’édi­teur Allia pour le qua­trième de cou­ver­ture est : En coulisse il se dit que les vit­res tein­tées ont pour fonc­tion de cacher le vide. De cette mise en page, me plaît par-dessus tout les pages inter­calaires annonçant les par­ties. Les titres se détachent en let­tres blanch­es sur un fond noir à la manière des avis mor­tu­aires. Il y a vingt ans, au squat, je me dis­ais sans trop y croire: un jour, plusieurs livres signés de ma main cir­culeront dans des col­lec­tions d’édi­teur. Celui-ci est le dixième…

Freddy

De l’autre côté de la rue Jean-Gam­bach, dans le préau de l’é­cole enfan­tine, au moment de la récréa­tion du matin, les enfants réu­nis cri­ent “Fred­dy! Fred­dy!” Fusent ensuite les cris de joie, et cela recom­mence: “Fred­dy!” La frondai­son des érables me cache la vue. J’ai d’abord cru que les enfants pous­sant au jeu répé­taient “Vas‑y! Vas‑y!, mais non, il s’ag­it bien de soutenir un garçon nom­mé Fred­dy. Cet encour­age­ment étant chaque jour renou­velé depuis le début du mois, le gosse à d’ores et déjà acquis statut de héros. Mais que peut-il bien faire de si extraordinaire?

Zarathoustra

Dans la chapitre « De la rédemp­tion » d’Ain­si par­lait Zarathous­tra, Zarathous­tra traite avec dés­in­vol­ture le peu­ple puis se tourne vers ses com­pagnons spir­ituels, les mil­i­tants de la volon­té de puis­sance, en étab­lis­sant qu’il n’y aura plus lieu, à l’avenir, de s’adress­er au peu­ple. Cette rup­ture doit s’en­ten­dre comme une néces­sité dans un sys­tème hiérar­chique où le surhomme est sans cesse men­acé par le retour du monde vrai (l’ar­rière-monde chré­tien et ses avatars mod­ernistes); il n’en demeure pas moins sig­ni­fi­catif, dans notre société pop­uliste, de voir les usurpa­teurs qui occu­pent le pou­voir se pré­val­oir à cha­cun de leur mou­ve­ment sur l’échiquier poli­tique, du peu­ple. Fig­ure aisée de la rhé­torique à des­ti­na­tion des mass­es bien sûr, mais aus­si, mais surtout: démon­stra­tion incon­sciente du fait qu’il sont des usurpa­teurs et des igno­bles (venus du peuple).

Ouvrir les yeux

Remuant, écrivant, cuisi­nant, lisant, roulant, courant, jamais je ne sus­pends mon activ­ité et j’ai tort: les réper­cus­sions sur la qual­ité du som­meil sont innom­brables. Un peu de chimie par­fois coupe de noir deux journées, mais le plus sou­vent, je suis tiré à hue et à dia. Depuis trois semaines, peu importe l’heure à laque­lle je me mets au lit, j’ou­vre les yeux à 4h32.

Nihilisme

Volon­té man­i­feste de destruc­tion des peu­ples d’Eu­rope qu’­ex­pri­ment à tous les étages de l’en­tre­prise brux­el­loise les paroles et les actes des tech­nocrates. Le nihilisme est à son comble. Lorsque j’oc­cu­pais le bâti­ment genevois de l’OMC avec un groupe d’a­n­ar­chistes en 1991 pour pro­test­er con­tre l’im­po­si­tion de l’Ac­cord Mul­ti­latéral d’In­vestisse­ment, je ne pou­vais me douter que les straté­gies total­i­taires des ces nou­veaux poten­tats ligués con­tre l’e­sprit cri­tique passeraient par des moyens aus­si per­vers que l’en­cour­age­ment à l’af­flux mas­sif d’anal­phabètes issus du tiers-monde.

Bungalow 4

En fin de compte, je n’au­rai pas à retourn­er au club ce soir pour pren­dre part à l’en­traîne­ment, muni de mon con­trat d’ad­hérent, de la carte de vis­ite d’un avo­cat et du numéro de la police affiché sur le portable, prête à être appelée en cas de men­ace de recon­duite, comme je comp­tais le faire, une let­tre du Tri­bunal m’é­tant par­v­enue à l’in­stant ordon­nant la com­paru­tion des parties.

Lâche

Comme bien sou­vent dans les péri­odes his­toriques qui précè­dent les cat­a­stro­phes, la lâcheté est à son comble. Ceux qui dénon­cent le dan­ger sont lynchés par ceux qui craig­nent que le sim­ple fait de le désign­er n’en aug­mente la portée.

Steak

L’autre soir, j’in­vite un jeune ami à dîn­er d’une steak après l’en­traîne­ment sportif. Voy­ant la pièce de viande frire dans la poêle, il demande:
- Veux-tu que je la paie?

Vagabond

Ma déci­sion prise, Mamère ne s’en effraie pas plus que cela; Olof­so, fatal­iste, m’en­joint de “penser aux enfants” sans bat­tre en brèche le pro­jet; quant à mon père, après un silence, il dit:
- Tu as pen­sé aux mal­adies? Tu n’es plus si jeune!
Puis, changeant de ton:
- Tu as raison.