Deux femmes, l’une dénudée et languissante, ficelle entre les fesses, au sol, fine et douce comme Gala, l’autre contre moi, jouant du corps, la fille au pair qui nous gardait enfant, Herta. Situation de jouissance privilégiée dont je goûte chaque instant, mais qui est bientôt interrompue par l’idée d’un procès: le mari de Gala sait tout et j’aurai à répondre dès le lendemain matin de mes actes devant un tribunal. D’ailleurs, le mari est là, assis sur une chaise de paille, chétif, jaunâtre, binocleux. Qu’il me toise, s’il l’ose, me dis-je. Et de conclure: il n’y a plus d’hommes. Mais le procès est maintenu. Il se tiendra en ville à 11h00. Monpère et Monfrère me rassurent: il y a le temps. Je proteste qu’il est déjà 10h50. Affolé, je visite le parking pour trouver la voiture de Mamère, mais les breaks sont nombreux et je ne sais plus sa couleur. Nous trouvons une autre voiture, dans un garage de surface. Je mets le contact. La clef tourne à vide. J’ouvre la capot: il n’y a pas de moteur. Avoir raison ou tort dans un procès n’est donc qu’une affaire technique, me dis-je.
Parti de la liberté
Contre l’adversaire, les partis font valoir au débat leur défense de la liberté. Or, existe-t-il un parti qui promeuve la liberté? Un parti, quel que soit son positionnement, aliène la liberté de ses membres pour la faire remonter au chef. Celui-ci étant in fine celui qui détient le plus grand pouvoir est aussi, entre tous, le moins libre.
Fêtes
De retour de l’école, Aplo m’annonce que le 4 juin prochain est un jour férié.
- J’ai demandé à la maîtresse pourquoi. Elle a répondu que c’était la Fête-Dieu. J’ai cru qu’elle plaisantait!
Il a raison. Puisqu’il n’y a qu’un culte officiel, le jour férié devrait s’appeler la Fête-Argent. Car si l’on veut continuer de marquer le calendrier de fêtes religieuses dans une société où les religions, par principe innombrables, relèvent de la sphère privée, il faut aller au bout du raisonnement et abolir les jours travaillés, chacun correspondant à une ou plusieurs fêtes.
Etranglement 2
Comme la douleur est toujours forte une semaine après que le professeur m’ait retourné, étranglé et jeté à terre, j’appelle le médecin. La consultation est complète. J’obtiens un rendez-vous pour la semaine suivante. Ne sachant toujours pas ce que nous avons dans le cou, os, muscles ou nerfs (pourquoi n’ai-je pas feuilleté le Larousse médical?) j’en discute ce soir avec le militaire.
- Du cartilage. Fragile, me dit-il.
Puis sans transition, ile se met à parler des chiens, de la façon sont il se jette au cou, de leur vitesse, de leurs crocs.
- Ils ne lâchent pas avant que le maître les siffle.
Ce qui me rappelle l’admiration de l’instructeur de police, le mois dernier:
- Vous savez pourquoi le pitbull gagne? Pas parce qu’il est puissant, encore moins en raison de son poids, après tout il ne pèse que huit kilos… Il gagne parce qu’il n’a pas l’idée de perdre.
Et d’ajouter, après un silence:
- Alors Messieurs, au travail!