Ces plats photographiés à l’entrée de certains restaurants. La photographie n’est pas le plat. En même temps, elle en dit trop sur le plat pour ne pas déjouer notre attente. Mettant en jeu l’imagination, le langage (simple dans le menu ouvrier, fleuri dans les cartes élaborées) en appelle aux goûts de chacun et ainsi donne faim.
Appétit
Prodiges
Etrange fascination des Américains pour la précocité intellectuelle. Evoquant J‑M. Keynes, Robert. L. Heilbronner écrit : « A l’âge de quatre ans et demi, il s’interrogeait sur la signification économique de l’intérêt ; à l’âge de six ans, il se demandait comment son cerveau fonctionnait. » Le sérieux du ton ajoute au scepticisme du lecteur : comment l’auteur le sait-il ? s’il le tient d’un familier, comment l’entend-il ? A Détroit l’an dernier – je l’ai noté dans mon livre – des femmes excitaient la curiosité d’interlocuteurs choisis au hasard, dans le bus ou au supermarché, en vantant les prouesses langagières de leur progéniture, des mouflets enrubannés et aphones. Du point de vue européen, on se demande si cette fantasmagorie ne relève pas de la superstition religieuse où « dire c’est faire » pour parodier X, dans ce cas établir après coup pour une personnage célèbre, Keynes, une prédestination ou, dans le cas de la louange maternelle, pour attirer la grâce sur son enfant.
Argent 2
La vie est plus facile quand on a de l’argent. Bien. La vie est surtout plus facile, là où les gens font en sorte qu’elle soit plus facile. Le protestantisme, recyclé en vue de satisfaire aux buts du capitalisme, rend la vie difficile. A cet égard, la Suisse est exemplaire ; je ne connais pas de société économiquement prospère où la vie est plus difficile (et d’abord, sur le plan psychologique).
Tableaux
Dans l’appartement il y a des tableaux. Je les décroche. Ils sont quelconques. Parfois laids. Tableaux sans égard pour le contenu, représentant ceci et cela, une fleur jaune parce que sur la gauche, on a mis un bateau avec un ciel rouge. « Il faut décorer, donc on achète des tableaux », me dis-je. Deux jours plus tard, je suis chez le Chinois pour un presse-agrumes. Les tableaux sont là, sous papier cellophane. Trois à quatre cent tableaux, aux motifs variés, pour un prix débutant à 4 Euros. A la fin de la semaine, les parois de l’appartement sont enfin nus : tous les tableaux sont dans les armoires. Alors, je prépare la chambre de Luv. J’opte pour du bleu. La chambre marine. Draps et rideaux assortis. Et pour finir, jaugeant le résultat, je me dis : « je vais descendre chez le Chinois, il a peut-être des toiles dans le ton ».