L’enfant, à peine plus haut que le ballon de foot devant lequel il se tient:
- Je suis plus que que sûr de le mettre!
Il se pourrait qu’il réussisse, il n’y a pas de but.
But
Axarquia
Sous la route côtière, alors que celle-ci enjambe un des nombreux ruisseaux qui descend des hauteurs de l’Axarquia pour se jeter dans la mer à travers la plage, un restaurant, plus exactement un “chiringuito”, une sorte de bar à grillades comme il en existe des milliers. Sauf que celui-là a disposé ses tables entre les piles de soutènement du pont de sorte que pour manger leurs sardines les clients doivent baisser la tête. Hier, à quatre heures, un vent soufflait du large, les familles se bousculaient pour déjeuner sous la route.
Extraordinaire
De son ami, D. me dit: “il n’est jamais sorti de Lausanne”. Je demande son âge.
- 46 ans. Un jour, l’an dernier il m’appelle, enthousiaste. “Devine! me fait-il. J’ai réussi, je suis monté dans un train, je te téléphone depuis Montreux!”
- Extraordinaire!
- Oui. D’après lui, c’était dû à une phobie. Enfant, ses parents l’avaient emmené en pique-nique. Comme il jouait alors que sa mère l’invitait pour la troisième fois à regagner la voiture, les parents avaient démarré. Ils sont venus le rechercher un quart d’heure plus tard.
Clients
Dans une banque au système d’attente organisé par un distributeur de tickets, je me précipitais sur un homme en blanc. Étonné, il se retire.
- Excusez-moi, lui dis-je, j’ai cru que la borne où prendre son ticket, c’était vous.
- Pas du tout! Voyez! Vous retirez au distributeur automatique une blouse blanche comme celle-ci, vous la passez sur votre corps et vous rejoignez la file.
Bande dessinées
Visitant chaque pièce de la maison, je récupérais des albums de bande-dessinée vermoulus parmi lesquels une aventure inédite de Tintin en Amérique centrale dont j’esquissais le premier dialogue.
- Oh, dit Milou découvrant le chauffeur de taxi qui de la gare doit les emmener en ville, il est étrange!
-Il va falloir t’habituer, répondait Tintin, ce sont des Indiens.
Chinois
Chaque ville, village, quartier et bientôt chaque rue a son commerce chinois, tenu par une famille, ouvert de l’aube au coucher du soleil. Plus proches de l’entrepôt que du magasin, ces commerces ont la particularité d’être sans vitrine. Une simple ouverture dans le mur de façade donne accès au local. A la nuit, le propriétaire tire un rideau de fer. A l’exception de la pharmacie, des meubles et l’alimentation, tous les produits sont représentés. Bien que vastes, les locaux ne suffisent jamais à les contenir tous et les étalages, chargés jusqu’au plafond et serrés les uns contre les autres, permettent à peine à deux clients de se croiser. La lumière de l’extérieur ne pénètre pas dans le local, des barres de néons éclairent la marchandise. Le schéma étant labyrinthique, l’habitude veut que l’on demande son produit à l’entrée du magasin. Le propriétaire ou sa femme vous guident alors jusqu’au produit. Ou plutôt, vous guidait. En effet, il y a dix ans, lors de l’implantation de ces commerces, l’un de membres du couple vous emmenait dans le magasin tandis que l’autre gardait la caisse. Puis est venu le cousin, le neveu, bref une chinois d’immigration plus récente. Le couple, criait en direction des rayons un mot et il survenait, aphone, empressé, vous indiquait l’emplacement où chercher. Cela vient à nouveau de changer: désormais, le couple chinois se tient près de la caisse, devant l’ouverture, afin de profiter du peu de lumière qui pénètre dans le local et un adolescent espagnol arpente les rayons et répond à l’appel des ses patrons lorsqu’un client veut obtenir un renseignement (on imagine son salaire). Quant au cousin, il ouvert son propre magasin.
Chute
Le gosse à vélo. Il chute. Il hurle en attendant que sa mère le relève. Elle accourt, le réconforte. Il repart, chute encore. Elle le relève. Métaphore de l’esprit d’assistance général mis en place par l’Etat et assorti d’une perte proportionnelle de la liberté: certains estiment qu’il n’ont pas à apprendre à se relever par leurs propres moyens.
Thorstein Veblen
Anecdote sur la caractère bourru de l’économiste américain d’origine norvégienne auteur de La Théorie de la classe oisive, Thorstein Veblen cité par Heilbronner : “Un étudiant qui recopiait ses paroles avec empressement lui ayant demandé de répéter une phrase, il répondit qu’il ne pensait pas qu’elle en vaille la peine. Il marmonnait, il divaguait et il faisait des digressions. L’effectif de ses classes diminuait. L’une d’elles se termina avec un élève; plus tard, dans un centre universitaire, la plaque de sa porte où l’on pouvait lire au début “Thorstein Veblen de 10h à 11h”, se transforma petit à petit en “lundi de 10h à 10h 5 minutes”.
Services
Diplomate établi dans une dizaine de pays au cours de sa carrière, mon père à gardé des amitiés à travers le monde, mais il a aussi conservé des rapports de service avec des professionnels établis ici et là, voyageant d’un pays à l’autre, comme s’il changeait de quartier. Ainsi n’est-il pas rare de l’entendre dire à sa femme:
- Allons au Vietnam la semaine prochaine, j’ai besoin d’une coupe de cheveux.