Quand je rentre la nuit par le quartier des pêcheurs, je passe devant deux épiceries à l’ancienne. Elles ont installées à même le salon de l’habitant, une dame vous tend la marchandise à travers une fenêtre protégée de fer forgé.
Espagne
L’Espagne est incompréhensible, car tout ce que font les Espagnols, ils le font naturellement. Raisonner est inutile. Rien ne donne prise. Cela explique également qu’il n’y ai pas de philosophes. Le névrosé Unamuno et Ortega y Gasset le perspicace étant des cas limite: l’un adolescent attardé, l’autre bourgeois exemplaire.
Mendiant
Comme moi, mais en sens inverse, ce mendiant parcourt à vélo les 12 kilomètres du quai pour venir se poster devant l’entrée du supermarché. Il dispose une casquette au sol puis règle sa radio sur une station musicale, pousse le volume et fait résonner des chansons dans toute la rue. Peu avant la fermeture, il s’avance à la caisse une poignée de sous dans la main et achète des œufs. Ensuite il attend vingt-deux heures. Le gérant sollicite alors son aide pour remiser le grand panneau des offres installé sur le trottoir.
Horloge
Vivre seul et en solitaire est parfois pesant. Il faut occuper tous les moments du jour. L’énergie que cela exige, et la fatigue. Mais la satisfaction d’avoir aboli la course contre le temps est sans commune mesure. A toute heure pouvoir rentrer ou sortir, prolonger une réflexion ou s’endormir est une bénédiction.
Disco
Hier, je pédalais sur un vélo statique au milieu de vingt personnes dans une salle souterraine transformée en discothèque. Le vélo du chef de groupe est monté sur estrade afin que chacun puisse suivre la donnée d’ordres. Il crie les vitesses et les cadences. Il mélange les sons du bout des doigts sur une table de mixage, pour motiver la troupe il ne cesse de monter le son. Dès le début de la séance, j’enfonce des tampons dans les oreilles. Vers la fin, il faudrait un casque d’aviateur. Dans les haut-parleurs, le chanteur hurle en espagnol: Deux jours à t’attendre dans ce bar, je désespèèèèère! Jamais je n’aurai cru que ce serait si douloureu-eu-eux!
Plantes
Cette habitude des bourgeois du dix-neuvième d’herboriser. Gide raconte ces promenades savantes, mais note peu de choses sur ses trouvailles; Calaferte est à demeure, mais nous convie à regarder pousser les fleurs et plantes de son jardin. Lorsque je lis son journal, je saute ces passages. Et voici que j’ai acheté à un pépiniériste qui tient un stand au village le vendredi un palmier, des tomates, un cactus, de la coriandre et du persil. Ainsi qu’un pin maritime. Celui-là vient du supermarché. Haut de dix centimètres, il était présenté dans un carton échancré. Je comptais vingt cartons du même type côte à côte rangés comme des chocolats dans une boîte. Le rapport entre la standardisation, le rangement et le fait qu’il y ait là quelque chose de vert, qui pousse et grandit sollicitait l’imagination. Au déballage, je vis que ses racines trempaient dans un sachet de gel bleu. A ce jour, j’ignore s’il est vivant.