Être là et se contenter d’être là. Fascinant: en effet, comment saurait-on ce qu’il se passe?
Plages
Vingt plages s’étendent de chaque côté de mon immeuble. Il y a celle des chats. Les poissons se méfient, les chiens l’évitent. Il y a celle des touristes, près de la jetée où accostent les bâtiments de croisière. Quand on y voit de baigneurs, c’est que l’eau est trop froide. Celle des kit surfers: leur présence indique qu’on ne peut faire ni kayak ni surf. Quant à la plage protégée par la grotte de la Vierge, les jours où elle est fréquentée, il faut éviter de faire du vélo: le sable vole.
Nous autres 2
“Traitons à l’acide l’idée de “droit”. Les plus sages des anciens savaient déjà que la force est la source du droit et que celui-ci n’est qu’une fonction de la force. Supposons deux plateaux de balance; sur l’un se trouve un gramme et sur l’autre une tonne, je suis sur l’un, et les autres, c’est à dire “Nous”, l’État Unique, sont sur l’autre. N’est-il pas évident qu’il revient au même d’admettre que je puis avoir certains “droits” sur l’État Unique que de croire que le gramme peut contrebalancer la tonne? De là une distinction naturelle: la tonne est le droit, le gramme le devoir. La seule façon de passer de la nullité à la grandeur, c’est d’oublier que l’on est un gramme et de se sentier la millionième partie d’une tonne.” Eugène Zamiatine, Nous autres.
Nous autres
“Je marchais au pas avec les autres, mais, malgré tout, à part des autres. Je tremblais encore de ma dernière émotion comme un pont sur lequel vient de passer, en tonnant, un ancien train de chemin de fer. J’avais conscience de moi. Or, seuls ont conscience d’eaux-mêmes, seuls reconnaissent leur individualité, l’œil dans lequel vient de tomber une poussière, le doigt écorché, la dent malade. L’œil, le doigt, la dent n’existent pas lorsqu’ils sont sains. N’est-il pas clair, dans ce cas, que la conscience personnelle est une maladie?” Eugène Zamiatine, Nous autres.