Art de vivre
L’âge et sa fragilité physique donnent un aperçu de ce monde de goûteurs d’éternité que l’on pourrait mettre en place dans une société de la tempérance. L’accord tacite sur les valeurs permettrait alors de partager toute les promesses de l’art de vivre ensemble.
Résistance
C’était hier et c’était il y a dix ans, j’admirais dans mes enfants tout ce qu’ils allaient devenir et je m’efforçais d’y aider, parlant avec clarté, intelligence, modestie, sans jurer, comme si le monde n’était pas le monde. Tantôt, dans le train, une mère agissait de la sorte. Admirable mère ! De belles phrases, composées et justes. Et quand sa gamine de six ans parlait, elle lui faisait répéter en français châtié. Puis, la gamine à renverser son godet d’eau. « C’est la force du quotidien », a dit la mère.
Reconquête 2
Nuit de cauchemar. Je dors et en dors pas. Peut-être que je dors, mais répétant : « ça ne va pas, il faut que je dorme ». La tête à la poids d’une enclume. J’écris trois lettres à trois femmes, J’écris mentalement, avec soin, avec le projet de retranscrire le lendemain dès le réveil. Et je songe : il faut la journée s’en tenir aux résolutions de la nuit. Le matin, je descends acheter une voiture à Oron puis retourne dans l’arrière-boutique. Je connecte alors mon ordinateur, appelle Gala et lui dis que j’arriverais en gare de Toulon le lendemain à 17heures. Elle se récrie, dit non, dit « je ne peux pas », puis « je n’y suis pas » et « de toute manière, tu ne peux pas dormir chez moi », ajoute « ce n’est pas un homme ». Au bout de deux heures, elle dit : « je déteste Toulon » et viens ! »
Réunion des vivants
Dans un café de Fribourg, prenant des nouvelles auprès de C. je maudis la police dans une affaire où elle agit contre la loi et le bon sens, se préoccupant de ce que ma voiture, immobilisée devant un portail de grange sur un terrain privé depuis le début de l’hiver comporte de fausses plaques de carton. A la table voisine, un homme écoute. Soudain, entre une policière. Je m’arrête de parler. Elle vient à moi, me salue, demande si je la reconnais. C’est une belle femme aux yeux ronds. J’évoque un entraînement à Berne. « Pas du tout, me dit-elle, nous avons fait le tour de la ville en novembre, vous vous souvenez ? » Je m’excuse. Nous échangeons deux mots. Elle me quitte et s’assoit à la table voisine. Visiblement, l’homme qui écoutait est un collègue. Plus tard, je bois au Corsaire, rue de Lausanne. Entre la primesautière. Je la reconnais de dos, l’appelle par son nom, elle m’embrasse. Et quand je sors du bar pour me diriger vers la vieille Ville, un garçon et une fille me rattrapent, des amis. Tout le monde est là : sentiment merveilleux de permanence, de vie, de sécurité.