Choses
Ce qui en Suisse d’abord me frappe, ce sont les choses inutiles. Tant de choses inutiles induisant des comportements inutiles, l’ensemble tellement onéreux.
Population nocturne
Lundi, j’avale un somnifère. Du pont de bateau, j’assiste aux préparatifs d’une bande de vampires prêt à conduire une attaque. Hier, j’avale le même somnifère et fais le même rêve, mais d’un point de vue différent : une maquilleuse me grime de noir en exposant mon visage au pot d’échappement d’une moto puis me barbouille de cicatrices. Elle m’ordonne alors de rejoindre les vampires du quai.
Chalet
Les enfants sont réapparus vendredi. J’ai quitté l’arrière-boutique. H. me fait remarquer que je ne peux pas coucher Luv dans le coffre de l’utilitaire, que c’est interdit, que la police veille, que c’est à mon risque. « Vas‑y ! » Luv se glisse entre les valises et les sacs de commission. Avant de prendre l’avion pour Madrid où il court le marathon, Monfrère m’explique comment nourrir les lapins, enfermer les poules, alimenter le poêle. Nous grimpons en direction du chalet lorsque la pluie commence de tomber. Pendant deux jours, elle tombe. Dimanche, lorsqu’elle s’arrête, un rayon de soleil illumine le champ puis il se met à neiger. Les flocons volent, montent et descendent. Les poules picorent du risotto et des tartines, rejettent les feuilles de poireau. Aplo tire au fusil, Luv lit la poésie de Rimbaud, je lis la poésie de Bukowski et me demande ce que c’est, je boxe dedans, puis sur la terrasse, par zéro degré et tombe malade. La nuit, une fouine attaque. Je la chasse, elle revient, court sur le toit, cogne aux vitres. Lundi, nous apprenons qu’après notre départ, le voisin a oublié d’enfermer le couple de lapins : Madame a disparue.
Sentiment
Sentiment étrange de ne pouvoir résumer ce que je fais lorsqu’une conversation de courtoisie exigerait qu’on le fît. A quoi s’ajoute la question des horaires. Mes interlocuteurs boivent et mangent car il est l’heure de boire et de manger. Non qu’ils consultent leur montre (justement, ils ne la consultent pas), ils savent quand il va être l’heure de se retirer, quand il le faut, quand il est trop tard. De sorte que je me retrouve soudain seul, sur le bord de la Sarine, avec le feuillage et la nuit, cherchant ce que je pourrais bien faire. Réfugié dans l’arrière-boutique, je me demande comment je pourrai faire pour n’avoir pas à en sortir avant de reprendre l’avion pour Porto, jeudi prochain.