Bipartisme

Le bipar­tisme, cette car­i­ca­ture de la représen­ta­tion poli­tique, n’est peut-être que le dou­ble hon­teux de la réduc­tion de notre lib­erté dans le choix de con­som­ma­tion: inca­pables de pro­jec­tion, nous dis­solvons notre spon­tanéité créa­trice dans l’al­ter­nance pen­du­laire des valeurs.

Post-hégélianisme

J’ap­pelle, dit Mounier, la “marche irré­sistible de l’his­toire”, un mythe paresseux.

Campagnes

Mer­veilleuses églis­es qui font son­ner les cam­pagnes sans faire trem­bler les âmes.

Calaferte

Calaferte répé­tant au long de son aven­ture spir­ituelle: si j’ai deux cent lecteurs aver­tis, je suis justifié.

Livre

Il y a vingt ans, qui eut annon­cé que le télé­phone détrôn­erait la lec­ture, aurait passé pour un fou. La fait accom­pli, la pos­si­bil­ité d’un tel événe­ment demeure incom­préhen­si­ble tant est improb­a­ble la rela­tion qu’en­tre­ti­en­nent le télé­phone et le livre.

Apéritif

Ils comptent leurs sous pen­dant dix min­utes. Le Mon­sieur com­mande et ils boivent. Ils véri­fient le tick­et que la dame range dans un gros porte-mon­naie. Alors ils s’in­ter­ro­gent sur le prix payé.

Football

Quand change-t-on la forme du bal­lon de foot? Messieurs, faites preuve d’ouverture!

Trou d’air

Quit­tant le parc de l’Ouest à la tombée de la nuit, je donne de grands coups de pédale pour regag­n­er le vil­lage. Depuis la ren­trée des class­es, le quai est moins encom­bré; il faut zigza­guer entre les cou­ples enlacés, les coureurs et les badauds, éviter les chiens à la dérive au bout de leurs laiss­es exten­si­bles et les pous­settes gar­nies de pare-soleils, mais enfin, ce n’est plus la foule de l’été. Je fran­chis les obsta­cles, mais mod­ère le rythme: j’ai oublié mon casque. Passé le port indus­triel, ses rails de train de charge et ses bar­rières de la garde civile, je pense: “je vais crev­er”. Jetant un coup d’œil inqui­et sur la roue arrière, je con­clus: “c’est fait!”. Le pneu s’af­faisse. Il paraît affais­sé. Ou est-ce une impres­sion? Je me retourne : c’est ma vision qui est affais­sée, ce pneu est dur! Pour­tant, je con­tin­ue de le soupçon­ner… Il est atteint. Si je con­tin­ue, je vais crev­er. Je dou­ble les Bañeras, ce café bâti sur les flots qui mar­que la sor­tie de la ville, j’en­tre dans le traf­ic. Les pan­neaux lumineux qui sur­plombent les deux files de voitures déclenchent leur rap­pel à mon pas­sage: 40km/h. Quand la route donne l’as­saut à la colline, je grimpe par le chemin. Voici la mari­na. Son nom est “le cade­nas” et les embar­ca­tions tanguent dans le noir. Des mou­ettes tour­nent au-dessus de la plage aux chats. Pour anticiper les embûch­es du chemin côti­er, je mets mon phare sur lumière con­tin­ue — il était alter­natif; mais c’est un phare chi­nois, autant dire sym­bol­ique, et ma roue heurte un cail­lou, je crève. Ai-je crevé? Oui, je le sens. Mon pneu se dégon­fle. Et que se dit-on alors? Alexan­dre, tu te trompes! C’est une illu­sion! La résis­tance est bonne. La cham­bre à air tient, elle va tenir… Jusqu’au moment où la jante tape le dur. Je pousse. Les cyclistes que j’ai dou­blé me rat­trapent et s’en­fon­cent dans la nuit. De quoi ais-je l’air? A pouss­er mon bar­da? A souf­fler? Les pêcheurs se retour­nent. Au vil­lage, je défile devant les ter­rass­es de café et, comme tous les jours, quand je retire  les trois litres de bière Skol de l’ar­moire frig­ori­fique du Chi­nois, la femme me fait:
- Un sachet?
- Non, non, j’ai mon vélo!

Exercices

Com­bi­en d’ex­er­ci­ces? Autant qu’il en faut du moment que l’on tran­scende les pesan­teurs du réel.

Droits de l’homme

Emmanuel Mounier, en 1959 : “Une men­tal­ité infan­tile survit chez ces indi­vid­u­al­ités trop abon­dantes qui ne veu­lent rien exclure ni pein­er per­son­ne, qui appel­lent com­préhen­sion leur inca­pac­ité de tri­er, et ouver­ture la con­fu­sion qui en résulte”.