Quelle que direction qu’il emprunte, qui en sait trop bute sur ce savoir.
Indesit
-La machine à laver fonctionne, mais elle ne lave pas.
-Mais elle fonctionne? demande Ramon, le propriétaire.
Avant que j’ai le temps de réagir:
- Avec moi, dit-il, elle a toujours fonctionné.
Être aimable, composer et rire n’est pas sans risque: l’autre finit par croire que vous êtes gentil. S’il est faible, il n’hésite pas: il abuse.
J’écris donc un mail: “cher Ramon, je viens de commander une machine neuve, que fais-je avec l’ancienne?“
Réponse sibylline. “Du moment que tu achètes une machine neuve, jette l’ancienne, tu me laisseras la nouvelle.“
La sienne valait Fr. 100.- il y a dix ans, la mienne est neuve et vaut cinq fois ce prix.
Je réponds: “non”.
Ramon trouve la parade: “tu m’en rachèteras une autre, moins chère”.
Je réponds “non”.
Le téléphone sonne. Je ne décroche pas. Suit un mail:
“Jette-là!“
Peu après, les ouvriers installent la nouvelle machine. J’ai averti que je paierai en liquide. Ils n’ont pas de monnaie.
“Je vais chercher la monnaie chez moi et je reviens”, fait l’ouvrier.
Je place mes vêtements de sport dans le tambour, lance le programme. A trois heures, je dois partir pour un entraînement couteau. Nous mangeons. Le programme fini, je veux lancer le séchoir. J’appuie ici et là. Un nouveau cycle de lavage commence. Dans le tambour, mes habits essorés sont recouverts d’eau. Le mode d’emploi compte deux pages. Il est en trois langues. Je lis, je ne comprends pas. Je relis, je comprends. Le lavage fini, j’applique la séquence qui doit lancer le séchage. Le lavage recommence. Gala vient à mon secours. Elle lit le mode d’emploi. M’explique ce qu’elle a compris. J’avais compris. Au bout d’une demi-heure de tergiversations, nous trouvons la solution. Le tambour, tourne dans le sens des aiguilles de la montre, puis dans l’autre sens, puis dans le sens des aiguilles, et ainsi de suite… à n’en plus finir. L’heure du départ approche. Je veux arrêter le processus. Impossible. Débloquer la porte. Impossible. Quelle que soit son prix, je vais sortir cette machine à coupe de pieds. Gala reprend le mode d’emploi. Elle ne trouve pas. A mon tour. Rien, nulle mention d’ouverture anticipée. A force de jouer avec les boutons, je réussi à ouvrir la porte. Mon pantalon d’entraînement, ma coquille, mes maillots, tout fume. De retour de la ville, après avoir arrêté cinq cent coups de couteau, une bière à la main, je reprends le mode d’emploi. Gala vérifie. Elle confirme: aucune des solutions que nous avons appliquées ne figure dans le mode d’emploi.
Bonheur obligatoire
Regardé hier ce film admirable, La loi du marché de Stéphane Brizé, une fiction qui raconte le périple administratif et social — qui le plus souvent ne font qu’un — d’un ouvrier de quarante ans à la recherche d’un emploi. Présenté ainsi, difficile d’imaginer scénario plus rébarbatif. Pourtant, ce long-métrage est exemplaire. Sa première vertu est de mettre en scène le réel au plus proche de la réalité. Les rapports aux fonctionnaires, aux banquiers, aux assistants sociaux, aux employeurs, est montré avec tant de précision, que l’on se retrouve dans la pièce avec les répondants du système, à la place du chômeur, l’estomac dans les talons. Puis il y a le langage spéciale de ces techniciens du capitalisme, appris pour faire avaler la dragée. De quoi révolter. Enfin, le jeu d’acteur de Vincent Lyndon, si juste, que si je croisais l’acteur demain dans les rues de Paris, je lui demanderais s’il a retrouvé du travail. Ce film qui évite toute référence partisane est un grand film politique. Il met en scène l’humiliation à laquelle notre société du bonheur obligatoire a réduit l’homme.
Transit
Consommé ce jour:
Demi-baguette.
Miel, Nutella, beurre, marmelade.
Demi-litre de café.
Biscuit atomique.
Banane.
Deux litres d’eau.
Une cuillère de créatine.
Une louche de protéines.
Biscuit atomique.
Chocolat.
Demi paquet de chips.
Une palette de Jamon Serrano.
Deux litres de bière.
Curry vert thaï.
Pluie
Quel est le meilleur moyen de savoir si celui qui prétend que dans sa région il pleut rarement dit la vérité? Attendre un jour de pluie. Si plus rien ne fonctionne (l’internet patine, l’électricité est coupée, les voitures roulent au ralenti, les gens ruissellent, les appartements sont inondés…), il dit vrai. En Andalousie, il pleut rarement.
Chaises 4
Ramon n’est pas reparu. Je l’appelle. Une à une, lui dis-je, je descends les chaises à la benne. Pour les autres, le modèle gitan, s’il pouvait les reprendre… A peine ai-je raccroché le téléphone que j’entends Gala pousser un cri au fond de la cuisine. Je me précipite. Le sol vient de se soulever. Je rapelle Ramon.
-Le sol, Ramon, il vient de se soulever!
-Les murs?
-Non, le sol de carreaux, le carrelage, dans la cuisine. D’ailleurs, ce n’est pas fini. J’y suis. Je suis debout dans la cuisine tandis que je te parle, ça continue…
- Je vais rajouter ça à ma liste.