Buter

Quelle que direc­tion qu’il emprunte, qui en sait trop bute sur ce savoir.

Fidel

La sym­phonie des éloges funèbres que provoque la mort du dic­ta­teur Fidel Cas­tro mon­tre que même les esprits les plus sages admirent la puissance.

Falloir

“Il ne faut pas généralis­er!” Ren­gaine! Notre société n’a-t-elle pas obtenu son savoir sur la foi de la généralisation?

Inconsistance

Le ton grave. Untel me met en garde: “entre cet instant et le moment où je te rac­com­pa­g­n­erai à ton train , rien ne doit être ébruité de notre con­ver­sa­tion. Pas un mot dans le Jour­nal d’in­con­sis­tance.” Ser­rant mon poignet: “atten­tion, je vérifierai!”

Chiens

Qua­trième jour de pluie. Moins d’aboiements. Les maîtres ont ouvert les portes des apparte­ments. Les chiens ont quit­té les bal­cons. Ils vivent en salon, dor­ment en cham­bre à couch­er, regar­dent la télévi­sion et man­gent à table.

Indesit

-La machine à laver fonc­tionne, mais elle ne lave pas.
-Mais elle fonc­tionne? demande Ramon, le pro­prié­taire.
Avant que j’ai le temps de réa­gir:
- Avec moi, dit-il, elle a tou­jours fonc­tion­né.
Être aimable, com­pos­er et rire n’est pas sans risque: l’autre finit par croire que vous êtes gen­til. S’il est faible, il n’hésite pas: il abuse.
J’écris donc un mail: “cher Ramon, je viens de com­man­der une machine neuve, que fais-je avec l’an­ci­enne?“
Réponse sibylline. “Du moment que tu achètes une machine neuve, jette l’an­ci­enne, tu me lais­seras la nou­velle.“
La sienne valait Fr. 100.- il y a dix ans, la mienne est neuve et vaut cinq fois ce prix.
Je réponds: “non”.
Ramon trou­ve la parade: “tu m’en rachèteras une autre, moins chère”.
Je réponds “non”.
Le télé­phone sonne. Je ne décroche pas. Suit un mail:
“Jette-là!“
Peu après, les ouvri­ers instal­lent la nou­velle machine. J’ai aver­ti que je paierai en liq­uide. Ils n’ont pas de mon­naie.
“Je vais chercher la mon­naie chez moi et je reviens”, fait l’ou­vri­er.
Je place mes vête­ments de sport dans le tam­bour, lance le pro­gramme. A trois heures, je dois par­tir pour un entraîne­ment couteau. Nous man­geons. Le pro­gramme fini, je veux lancer le séchoir. J’ap­puie ici et là. Un nou­veau cycle de lavage com­mence. Dans le tam­bour, mes habits essorés sont recou­verts d’eau. Le mode d’emploi compte deux pages. Il est en trois langues. Je lis, je ne com­prends pas. Je relis, je com­prends. Le lavage fini, j’ap­plique la séquence qui doit lancer le séchage. Le lavage recom­mence. Gala vient à mon sec­ours. Elle lit le mode d’emploi. M’ex­plique ce qu’elle a com­pris. J’avais com­pris. Au bout d’une demi-heure de ter­giver­sa­tions, nous trou­vons la solu­tion. Le tam­bour, tourne dans le sens des aigu­illes de la mon­tre, puis dans l’autre sens, puis dans le sens des aigu­illes, et ain­si de suite… à n’en plus finir. L’heure du départ approche. Je veux arrêter le proces­sus. Impos­si­ble. Déblo­quer la porte. Impos­si­ble. Quelle que soit son prix, je vais sor­tir cette machine à coupe de pieds. Gala reprend le mode d’emploi. Elle ne trou­ve pas. A mon tour. Rien, nulle men­tion d’ou­ver­ture anticipée. A force de jouer avec les bou­tons, je réus­si à ouvrir la porte. Mon pan­talon d’en­traîne­ment, ma coquille, mes mail­lots, tout fume. De retour de la ville, après avoir arrêté cinq cent coups de couteau, une bière à la main, je reprends le mode d’emploi. Gala véri­fie. Elle con­firme: aucune des solu­tions que nous avons appliquées ne fig­ure dans le mode d’emploi.

Bonheur obligatoire

Regardé hier ce film admirable, La loi du marché de Stéphane Brizé, une fic­tion qui racon­te le périple admin­is­tratif et social — qui le plus sou­vent ne font qu’un — d’un ouvri­er de quar­ante ans à la recherche d’un emploi. Présen­té ain­si, dif­fi­cile d’imag­in­er scé­nario plus rébar­batif. Pour­tant, ce long-métrage est exem­plaire. Sa pre­mière ver­tu est de met­tre en scène le réel au plus proche de la réal­ité. Les rap­ports aux fonc­tion­naires, aux ban­quiers, aux assis­tants soci­aux, aux employeurs, est mon­tré avec tant de pré­ci­sion, que l’on se retrou­ve dans la pièce avec les répon­dants du sys­tème, à la place du chômeur, l’estom­ac dans les talons. Puis il y a le lan­gage spé­ciale de ces tech­ni­ciens du cap­i­tal­isme, appris pour faire avaler la dragée. De quoi révolter. Enfin, le jeu d’ac­teur de Vin­cent Lyn­don, si juste, que si je croi­sais l’ac­teur demain dans les rues de Paris, je lui deman­derais s’il a retrou­vé du tra­vail. Ce film qui évite toute référence par­ti­sane est un grand film poli­tique. Il met en scène l’hu­mil­i­a­tion à laque­lle notre société du bon­heur oblig­a­toire a réduit l’homme.

Transit

Con­som­mé ce jour:
Demi-baguette.
Miel, Nutel­la, beurre, marme­lade.
Demi-litre de café.
Bis­cuit atom­ique.
Banane.
Deux litres d’eau.
Une cuil­lère de créa­tine.
Une louche de pro­téines.
Bis­cuit atom­ique.
Choco­lat.
Demi paquet de chips.
Une palette de Jamon Ser­ra­no.
Deux litres de bière.
Cur­ry vert thaï.

Pluie

Quel est le meilleur moyen de savoir si celui qui pré­tend que dans sa région il pleut rarement dit la vérité? Atten­dre un jour de pluie. Si plus rien ne fonc­tionne (l’in­ter­net patine, l’élec­tric­ité est coupée, les voitures roulent au ralen­ti, les gens ruis­sel­lent, les apparte­ments sont inondés…), il dit vrai. En Andalousie, il pleut rarement.

Chaises 4

Ramon n’est pas reparu. Je l’ap­pelle. Une à une, lui dis-je, je descends les chais­es à la benne. Pour les autres, le mod­èle gitan, s’il pou­vait les repren­dre… A peine ai-je rac­croché le télé­phone que j’en­tends Gala pouss­er un cri au fond de la cui­sine. Je me pré­cip­ite. Le sol vient de se soulever. Je rapelle Ramon.
-Le sol, Ramon, il vient de se soulever!
-Les murs?
-Non, le sol de car­reaux, le car­relage, dans la cui­sine. D’ailleurs, ce n’est pas fini. J’y suis. Je suis debout dans la cui­sine tan­dis que je te par­le, ça con­tin­ue…
- Je vais rajouter ça à ma liste.