Ghetto

Sur la colline, pour un ren­dez-vous au Lycée français de Mala­ga où Aplo étudiera peut-être dès la ren­trée. Le porti­er com­mande l’ou­ver­ture d’une grille. Der­rière, une vaste demeure andalouse fleurie, des étages de jardins plan­tés de palmiers, des patios et des bal­cons peints à la chaux. Mais nous sommes en avance. Le porti­er nous envoie promen­er. Nous déam­bu­lons le long de vil­las lux­ueuses avec piscines, hautes clô­tures et garage mul­ti­ple. Les pelous­es sont ras­es et vertes, des femmes coquettes passent au volant de voitures 4x4. À Aplo, je fais remar­quer que c’est exacte­ment ce que j’ai vécu. Sans même fer­mer les yeux, je peux m’imag­in­er à Lomas de Hipó­dro­mo, ce quarti­er du dis­trict fédéral de Mex­i­co où j’ai passé mon bac­calau­réat il y a trente ans et écrit, le titre trahissant mon état d’e­sprit d’alors, Le Cloaque des cap­tures. Con­tent de m’être éloigné défini­tive­ment de cette vie de ghetto.

Femme 2

Tal­ent des femmes en art: elles poussent l’homme à se dépasser.

Femme

Ces jours, dans la vie d’un homme récur­rents, où l’on est sur le point de per­dre sa femme. Mais à mesure que baisse la con­cu­pis­cence, baisse le pou­voir à elle impar­ti de jouer sur les sentiments.

Agencement

Au-dessus de mon lit blanc, dix toiles blanch­es achetées chez les Chi­nois. Cha­cune per­met de cacher un des clous que le pro­prié­taire a fiché dans le mur. Depuis quelque temps, je pousse le radi­a­teur, baisse le store et enfonce de la cire dans mes oreilles avant de dormir. Seul repère: l’heure pro­jetée en chiffres dig­i­taux rouges con­tre le pla­fond. Hier, je devine une prob­lème. Quelque chose, dans le noir. Je ral­lume. Un des tableaux est de travers.

Aplo 3

Ce qui me rap­pelle la sor­cière de Xala­pa, Mex­ique, en 1999, l’an­née de la nais­sance d’Ap­lo. Nous nous trou­vons dans le jardin intérieur d’un hôtel de l’époque colo­niale. Les cham­bres don­nent sur une végé­ta­tion. Trois fontaines de faïence ruis­sel­lent. Olof­so s’a­vance avec Aplo, je vais der­rière. Un cou­ple attend au fond du jardin. La femme nous aperçoit, se tourne, remar­que Aplo:
- Un enfant de la nou­velle ère! Un clair­voy­ant! dit-elle a son com­pagnon alors que nous sommes à dix mètres.
Olof­so rit, je hausse les épaules. Arrive Tol­do avec ses filles. Il nous présente la dame, c’est la sor­cière. C’est surtout la future asso­ciée de l’é­cole qu’il entend créer; les jours suiv­ants, nous tra­ver­sons à pied un site toltèque pour pren­dre des déci­sions inspirées. A tout moment, la sor­cière man­i­feste une curiosité éblouie devant Aplo, enfant qui — elle le dit et le répète — n’a pas de rap­port réel avec ce que nous sommes, nous ses parents.

Aplo 2

Le soir, après des heures à lire les clas­siques, l’Ab­bé Prévost, Baude­laire, Beau­mar­chais, nous regar­dons des films, Eden Lake, Sout­bound, Notre jour vien­dra. Plusieurs fois, Aplo annonce: il va se pass­er ceci, il va se pass­er cela. Je m’é­tonne. Ni la déduc­tion ni la sim­i­lar­ité avec d’autres scé­nar­ios ne per­met de prévoir ce qu’il annonce. Cela se pro­duit comme annoncé.

Aplo

Sur le quai, nous par­lons avec Aplo de la réal­ité sub­atomique et du pro­grès des nou­velles tech­nolo­gies dans le codage du cerveau. Pour mon­tr­er que, dans le principe, la recherche devrait buter sur le notion de con­science, il me répond.
- Oui, c’est comme pour un chat. Il se voit dans le miroir, mais il effrayé car il ne recon­naît pas l’an­i­mal qui lui fait face.
Avant d’a­jouter, remar­que que je ne com­prends pas:
-A cause du troisième œil.
Quelques sec­on­des plus tard, passe le long du quai une dame qui a peint sur son front un troisième œil.

Parallèle

On a tort de s’échin­er à con­stru­ire le monde dans lequel on aimerait vivre car il y a, en par­al­lèle, un chantier mieux pourvu en finance comme en ouvri­ers. Cepen­dant le régime de l’ac­tion sera tou­jours insuff­isant: ceux-là qui com­man­dent à la réal­ité par le par­al­lèle n’ont que l’idée de leur action. Creusons les idées, on s’y réfugie mieux qu’on ne le croit. L’ac­tion suivra. 

Relations

Au-delà de la physique, il n’y aura jamais d’établies entre deux choses que les rela­tions qui auront été décidées. Toute rela­tion dite nor­male relève de l’usurpa­tion de pouvoir.

Ville

Régulière­ment, il brûlait les meubles de la mai­son. Sa femme plaça son beau-père à demeure; cela ne suf­fit pas. Il usait de strat­a­gèmes, brûlait toutes les pos­ses­sions de la famille. A sa femme, il expli­qua qu’il cesserait le jour où elle ne rap­porterait plus aucun argent de la ville.