Les géants promenaient des hommes et des femmes. Lorsqu’il croisaient d’autres géants, ils ne trouvaient rien à leur dire. Une vie trop longue les avaient fatigués d’eux-mêmes. Mais à leurs pieds, leurs femmes et leurs hommes s’intéressaient les uns aux autres. Cela donnait aux géants un sujet de conversation bienvenu.
Robots
Les robots ont pris le pouvoir. L’Etat réagit. Terrorisés, nous attendons dans des abris de fortune autour du grand mât que contrôle le pouvoir nouveau. Les secours arrivent par le ciel. “Comment, dis-je scandalisé, ils ne déploient qu’un groupe de fantassins parachutistes!” Je cours à travers le camp: “même pour retirer un billet de Fr. 100.- ils faut traiter avec des machines et face au robots envahisseurs, l’Etat dépêche des hommes!” Alors, comme si le ciel me répondait, l’entourage se transforme. Dans le camp, autour du mât, il n’y a plus que mes anciennes femmes. Accompagnées de leurs hommes actuels, elles me narguent. Je m’approche de la première. Elle ressemble à B. mais ce n’est pas B. Elle est un peu différente, de sorte que je ne peux rien dire. Même chose pour N. Pour L. Et Gala. Il ne me reste qu’à porter ma souffrance et me plier au régime des robots.
Foi 2
“Foi” — à la relecture cette note n’est pas sans ambiguïté. La promesse miraculeuse faite d’un “devenir sans fin” est l’argument fallacieux par lequel l’Église s’arroge un pouvoir sur les esprits faibles. C’est à l’exploration heureuse de l’esprit par l’expérience philosophique dans le temps de la vie que je faisais allusion plutôt qu’au don aveugle de l’âme par la suite de la foi dans une vérité révélée. Je disais sentiment, car notre mode de vie obscurcit chaque jour l’accès à ce travail intérieur.
Blanc
Je dors l’après-midi dans une chambre blanche du nouvel appartement. La lumière du ciel et de la mer, sans obstacles, irradie, mais aussi, cette chambre est blanche par les teintes du marbre au sol et des enduits sur les murs, mais enfin et surtout, elle est blanche parce que nous ne trouvons rien à y mettre sinon le lit double, bâtie comme elle est dans le toit, devant une grande vitre et percée de deux colonnes dont on se demande ce qu’elles soutiennent. Et ainsi, lorsque je me couche vers trois heures, je traverse plusieurs couches de lumière avant d’atteindre le duvet, le matelas et de m’enfoncer — personne ne peut le voir, pour cela il faudrait être au ciel ou marcher sur les eaux — dans le blanc.
Progrès 2
Après la sieste, je retourne chez le marchand électrototalitaire. Une machine décide de l’ordre de passage des clients. Je ne prend pas le ticket. J’attends. Les minutes passent. Je dois aller à Malaga. Ordinateur en bandoulière, la vendeuse fait l’article à un père accompagné de son fils. Elle explique les avantages, les mégaoctets, la gratuité, les jeux. Pour finir, le père demande le prix. Une grimace défait son visage, il remercie, attrape son fils, s’en va — c’est mon tour.
-Vous avez votre numéro de passeport cette fois?
J’ouvre mon passeport, je lis le numéro.
-Si c’est un document étranger, le passeport ne sera pas valable. Il me faut votre numéro de résident.
J’avais prévu. J’énonce. La vendeuse le tape sur son clavier, obtient une code à trois chiffres.
-Donnez la pochette de votre appareil, je vais vous le noter.
Puis elle prend mon téléphone et commence une série de manipulations.
-Oh la! Que faites-vous?
-Je vous met la télévision.
-Riens du tout, rendez-moi mon téléphone!
-Mais c’est gratuit!
-Justement!
Les deux autres vendeuses, interloquées, me dévisagent. Tout sourire, je confirme:
- Sur ce téléphone, je ne veux que le téléphone.
Alors ma vendeuse:
-Dans une heure, une de nos assistantes marketing va vous appelez. Elle vous demandera si vous avez été satisfait de mon service et vous demandera d’attribuer une note entre 1 et 10. Si vous pouveiz me mettre une bonne note, ce serait sympa!
-Votre assistante, ce ne serait pas une machine?
-…si.
-Désolé, je ne parle pas aux machines.