Débarquement

Pourquoi la vie, à mesure qu’elle se déroule devient spir­ituelle ou lam­en­ta­ble? Parce qu’on voit, devine, com­prend, retient et réfléchi. Et décide ou ne décide pas. De même pour les sociétés. Lancées sur leur tra­jec­toire, elles tra­versent des âges de com­plex­ité crois­sante. Elles for­gent des moyens de cul­ture. Elle con­sid­èrent ce qu’elles sont. Pren­nent ou ne pren­nent pas acte. Débar­quer en masse sur les rives de l’oc­ci­dent des idiots per­met de pro­longer la vie des sociétés en leur faisant per­dre des degrés de complexité.

Axarquie

Con­tent d’être de retour dans ce lieu qui n’ex­iste pas.

Incertitude

Si l’on me demandait ce que je veux faire ces jours, je répondrais: dormir, bais­er, la guerre (pour mourir digne­ment). Pas écrire.

Salon du livre

Eton­nant comme cer­tain écrivains con­fondent la réal­ité et la réal­ité telle qu’ils l’on recréée dans leurs livres. Je n’en suis pas là mais, plus qu’à mon tour, j’adopte dans les con­ver­sa­tions des points de vue pris au moment de l’écri­t­ure. Lesquels, faisons-nous enten­dre, sont les miens et sont ceux des per­son­nages, donc ne sont pas les miens.

Sentiments

Sen­ti­ment de ne rien savoir, de ne rien pou­voir. Aus­si, sen­ti­ment de force.

Dupes

De sorte que les Français vont élire un homme dont le rôle a été com­posé. Il va s’asseoir et regarder la société se pré­cip­iter dans le gouf­fre. En coulisse, les cap­i­tal­istes rient déjà de leur bon coup.

Plaire

Je sor­tais avec une fille qui ne me plai­sait pas. Elle ren­trait d’I­tal­ie. Elle dis­ait:
-Je suis fatiguée.
Avec Mon­père et sa femme, nous étions devant un feu, devant la télévi­sion, à côté d’un chat. Blanc et soyeux le chat.
-Il n’aime pas, dis­ait Mon­père.
-Quoi?
-Qu’on le caresse.
-Pour­tant, il a l’air.
-Oui, il a l’air.
Me tour­nant vers mon Ital­i­enne, je songeais: “n’ai-je donc trou­vé qu’elle? Il y a bien quelque chose qui me plaît, mais ce n’est pas son physique de sorte qu’il faut sans cesse que je me per­suade”.
Et me venait l’im­age du ter­rain que je venais d’a­cheter, dans une banan­eraie, sur une île. Un lopin.
“Il faudrait y con­stru­ire, une cabane, me dis­ais-je, mais com­ment faire pour les toi­lettes? Et que ferai-je là-bas? Manger du riz pour sym­pa­this­er avec les autochtones? Mieux vaut encore rester avec cette Italienne.”

Hauteluce 7

Encore dû m’ap­puy­er au mur. Demain, j’ai un entraîne­ment couteau-hache-fusil et qua­tre cent kilo­mètres de route.

Hauteluce 6

Le soir, avec la bière, ça va mieux. Le matin les ver­tiges repren­nent. Je marche sur sol ferme et soudain je marche dans la ouate. Luv est inter­dite de sor­tie. Son vis­age est brûlé. La lumière est décon­seil­lée par la phar­ma­ci­enne. Avec Aplo, nous descen­dons à Beau­fort à pied. Il se tient du côté du précipice. Nous par­lons poésie. Gala vient nous chercher en voiture. Il faut aller su super­marché. Elle prend la direc­tion de la mon­tagne.
-C’est en bas Gala.
-Mais non.
-Mais enfin, regarde ses lacets! Les super­marchés sont en plaine. Fais demi-tour!
-Je l’ai vu en descen­dant.
-Le pan­neau ou le super­marché?
-Puisque je te dis que je l’ai vu!
Vingt min­utes et cinquante lacets plus tard, nous aboutis­sons devant le chalet.
-Peu importe, fait Gala, il doit bien nous rester de quoi faire un repas.
Une heure plus tard, elle prend la route, retourne en plaine avec Aplo. 

Hauteluce 5

Dès le réveil, je chavire. Impos­si­ble de con­duire. Nous par­tons sur le sen­tier pour révis­er Alain, Mon­taigne, Rousseau et les thème du bon­heur. Aplo se place gen­ti­ment du côté du précipice pour éviter que je bascule.