Quand Ozzy Osborne (chanteur de Black Sabbath) revient à la maison après un concert, me raconte Monfrère, sa femme lui demande “alors, mon chéri, comment ça s’est passé?”
- Sais pas, dit Ozzy, je ne me souviens de rien.
Il jouait dans un stade devant 200’000 personnes.
Ozzy
Valise
Gala décide d’apporter sa valise à Genève (nous rentrerons en Espagne dimanche). Elle l’ouvre, en retire la moitié des habits, les plie et les replie, les dispose sur mon lit, dans l’arrière- boutique. Puis elle me fait vérifier l’heure du direct au départ de Lausanne. Je l’accompagne sur le quai. Arrive le train. Elle s’en va. Trois heures plus tard, elle est de retour. Elle a vidé la valise à Genève. Elle l’ouvre et la remplit avec le reste des habits. Pour la seconde fois, je l’accompagne sur le quai de la gare de Lausanne et lui tends la valise. Elle monte dans le direct pour Genève.
Plante
Cette plante est formidable. Une pousse quelconque, promue à un destin gris. Non pas que je sache quel sont les voies qu’empruntent les sèves ou quelles terres sont riches, mais de la trouver ainsi, à l’époque, épleurée devant la paroi amovible d’un supermarché de la rue du Jura, à Fribourg, m’avait remué. Je n’aime pas le choses soldées, surtout quand elles sont vivantes. De plus, la caissière m’avait fait l’article. J’ai payé cette plante Fr. 8.- Personne ne lui aurait donné un semaine. Or, trois ans plus tard, elle est là, dans l’arrière-boutique. Et je ne la visite que quelque fois par an. Elle produit des feuilles, cherche la lumière de Lausanne, la trouve un peu, avale son lot de poussière située qu’elle est entre deux étagères remplies de livres. Et dure.
Police 2
Cette remarque sur l’intervention administrative des polices, j’entendais dire “après urgence”, je la consignais avant d’avoir lu l’information relative à l’attentat de Barcelone que j’apprends à l’instant. Mes phrases étaient motivées par le film Security regardé dans mon arrière-boutique tandis que survenait l’attaque en Espagne. Peu importe, ce qu’elles signifie dans ce contexte que modifie provisoirement l’actualité. Du moins faut-il insister sur le fait que l’État a non seulement abandonnée le peuple mais qu’en défendant son intérêt il engage le sacrifice du commun. Nous ne sommes qu’au début du purgatoire.
Arrière-boutique
Après deux pannes de batteries, sept cent kilomètres de route avec interdiction d’éteindre le moteur, la pluie, les embouteillages et la nuit, nous déchargeons dans l’arrière-boutique de Lausanne qui contient empilées jusqu’au plafond l’essentiel de mes possessions, vingt-quatre litres de bière, six cents cachets de vitamines, zinc, omega plus, a, b et d, les maillots de bain et les robes de soirée de Gala, les livres destinés aux amis d’Agrabuey, les affaires de Krav-Maga et les chaussures de course, de la vodka, du café et du beurre fondu, les couteaux de cuisines et le couteau militaire acheté à Augsburg, les vélos, les spatules de bois, des réserves de sel et de poivre en moulin, deux ordinateurs, les habits d’été et d’hiver, les classeurs administratifs français, espagnols et le courrier que l’on a déposé à mon intention, le tout, sur le sol, puis sur le lit, dans les espaces creux, sous les chaises, derrière les radiateurs, en équilibre sur les lampes à pied… bref, nous habitons une grotte. Une seule position est tenable, les jambes contre la poitrine, le dos au mur. De cette position, je considère le chantier. Plutôt, je me mets à détailler les choses. Et je vais de surprise en surprise. “Tiens, mon livre de Verlaine, le hamac cambodgien, le foulard de Tudela, la machette, et là, l’abat-jour de Gimbrède, et ce pot… que contient-il? Des agathes, celles que j’ai gagnées à Fribourg… Plus haut, il y a les skates et ma veste de motard… La réplique du christ de Velazquez, un pantalon de l’armée thaïe, ce livre de Fanor que je n’ai pas encore lu…” Ce qui m’amène à ce projet: raconter les six dernières années de vie en lisant le contenu de mon arrière-boutique.