Catalan

Jor­di Sanchez, prési­dent de l’Assem­bleé Nationale Cata­lane, empris­on­né, sol­licite son trans­fert après avoir été reçu au réfec­toire par les autres pris­on­niers aux cris de  “Vive l’Espagne!”.

Suisse

Au cours des dernières vingt années, j’au­rais quit­té la Suisse pour des raisons divers­es. D’abord, après des années de squat en vil­la, afin d’éviter d’être logé en apparte­ment, ce qui m’a tou­jours paru la plus grande des mis­ères de notre siè­cle. Puis afin de dis­tinguer entre le régime du tra­vail et celui du loisir, achetant une mai­son en France, à soix­ante kilo­mètres de Genève. Mais hier, je voy­ais à l’év­i­dence la rai­son qui en 2015 m’avait fait quit­ter Fri­bourg (et jusqu’i­ci sans le moin­dre vel­léité de retour): dans l’é­tat actuel de notre société, il est impos­si­ble d’avoir con­fi­ance dans les incon­nus avec qui nous sommes tenus de partager notre vie au quo­ti­di­en. Les Espag­nols, plus gré­gaires que les Suiss­es, ont gardé le bon sens. Certes, il sont fer­més, xéno­phobes et peu cul­tivés, mais en tant qu’é­tranger, j’ai plus con­fi­ance dans n’im­porte quel Espag­nol que dans ces gens du monde entier que con­ti­en­nent nos rues suisses.

Espagne 2

Enchante­ment de la nature qui pro­duit dans l’âme des effets inouïs car, con­tre toute attente et plus encore con­tre mes habi­tudes de car­ac­tère, arrêté un instant dans une sta­tion-ser­vice de Fuentes (vil­lage de pierre dans le couch­er de soleil, arbres qui remuent en silence dans la brise), j’en­tre­prends aus­sitôt la jeune fille qui me fait le plein et avec tant de spon­tanéité qu’elle me fait adieu du bout des doigts, un sourire gour­mand au vis­age, se tour­nant pour voir si par hasard je ne chang­erais pas d’avis.

Espagne

Que je me sou­vi­enne, jamais je n’ai vu un aus­si bel automne. Bien sûr, cela dépend des pos­si­bil­ités du paysage. De sa grandeur, de sa var­iété, de son isole­ment. La sen­sa­tion de lumière, de matéri­aux détachés et voy­ageant dans cet espace immense qu’est la Castille cen­trale m’ac­com­pa­gne depuis plusieurs jours. Ain­si déployée, la nature ramène l’homme à sa mod­estie native que la ville tou­jours condamne.

Teruel

L’une des plus belles routes d’Es­pagne, la N‑330/N‑420 de Teru­el à Cuen­ca. Après le haut plateau d’Aragon aux éten­dues rougis­santes, la nationale plonge dans le lit du fleuve Turia qui coule vers le sud et Valence. Découpées en blocs poudreux devant l’hori­zon, les mon­tagnes ont le pro­fil des “mon­u­ments” du Col­orado mais sur les berges qui lèchent la route pousse à foi­son une herbe verte et lumineuse. La voiture cir­cule dans des méan­dres, rase une falaise creusée par endroits de main d’homme et qui fait un pont au-dessus du capot. Le pre­mier vil­lage de cette val­lée pri­maire se nomme Libros. Assis au pied des maisons, les habi­tants fix­ent par-dessus la riv­ière des chapelles enfouies dans les grottes. Puis la route monte brusque­ment pour attein­dre la frondai­son des arbres et ces arbres sont de toutes les var­iétés, soles dont le bran­chage traîne sur le flot, rangs de peu­pli­ers, petits chênes, sap­ins poin­tus. La route pour­suit, tan­tôt encais­sée et il faut alors lever les yeux pour attrap­er les tach­es de soleil qui dérivent con­tre les chem­inées de fée, tan­tôt juchée sur la falaise et alors la vue embrasse le val­lon. En même temps, je lis la carte crainte de man­quer la bifur­ca­tion qui doit me ramen­er en Castille sauf rejoin­dre la Méditer­ranée (aidé par un Hol­landais qui, plus admi­ratif que moi s’il est pos­si­ble, con­duit à 30km/h). A Tor­re­ba­ja, la colonne de voitures se sépare. Je grimpe à tra­vers le vil­lage, le paysage s’ou­vre, c’est la Manche. La route est large, lisse et haute. Pen­dant une heure, je roule seul en direc­tion des ter­res mortes et de ses grands effon­drements (les Tor­cas). A l’oc­ca­sion un tracteur décroche d’un vil­lage à demi-enter­ré, puis à nou­veau les monts rem­plis­sent le ciel, verts, noirs et crayeux — j’ou­vre grands les fenêtres, ils sont odor­ants. Pas de col, rien que des hauts et des bas, des ram­pes placées sur les côtes, cette lumière cha­toy­ante des forêts d’au­tomne et un sen­ti­ment d’infini.

Nu

“Je suis nu, j’ar­rive!”, m’écrit un client. Mes­sage suiv­ant: “par­don, cela ne vous était pas destiné”.

Essais atomiques de Bikini

“Nous sommes capa­bles de tout ce que nous voulons, note Max Frisch en 1946, il ne reste plus que la ques­tion de savoir ce que nous voulons; au terme du pro­grès, nous en sommes là où étaient Adam et Eve; il ne nous reste plus que la ques­tion morale.”

Etoiles

La dif­férence entre un hôtel trois étoiles (cer­taines choses ne fonc­tion­nent pas), qua­tre étoiles (presque tout fonc­tionne) et cinq étoiles (tout fonc­tionne y com­pris ce dont on a pas besoin).

Non-lieu

Par­fois, cracher au sol dans mon apparte­ment de luxe avec vue sur la mer — tard, le soir, fatigué, lassé de notre sort–  me per­met de me sou­venir que ce pourquoi on me rançonne n’est jamais mien.

Ennemi

L’en­ne­mi du pro­grès civil­isa­teur, ce n’est pas tant le cap­i­tal­isme que les cap­i­tal­istes, plus exacte­ment aujour­d’hui le grand cap­i­tal dans sa volon­té dia­bolique d’as­sim­i­l­er le vivant à une marchan­dise à effet de rendement.