Heure

En toute sit­u­a­tion, j’aime à savoir quelle heure. Gala s’en agace. Surtout que je n’en ai rien à faire. Juste­ment: parce que je n’en ai rien à faire. Ayant con­sulté l’heure, je ne boude pas mon plaisir.

Martines 4

M’ac­com­pa­g­nant au park­ing, le patron de l’hô­tel:
-Où allez-vous encore?

Distances

Bout à bout, les routes des Etats-Unis per­me­t­tent de faire cent-soix­ante fois le tour de la planète.

Fous

Embrassés après sept semaines sans se voir et quelques min­utes avant de se quit­ter, un jeune nous abor­de Gala et moi, face à la gare de Lau­sanne pour mendi­er une pièce.

Agrabuey

Bruit des feuilles que le vent pousse à tra­vers les rues désertes d’Agrabuey.

Trafic 2

La réac­tion est naturelle, donc de tou­jours. Quand se mul­ti­plient dans la société les signes de la rup­ture, la pra­tique con­siste à sac­ri­fi­er par­tie de ce qu’on est pour con­serv­er le tout; avant de recom­mencer. Atti­tude du croy­ant qui pos­tule l’e­spérance quand la réal­ité dément toutes ses attentes. Que s’en­suit-il? L’ef­face­ment pro­gres­sif de ce qui pour cha­cun donne sa valeur à la vie. Cepen­dant s’im­posent les élé­ments dévas­ta­teurs de la sit­u­a­tion nou­velle: un cap­i­tal­isme sans pro­priété, une économie sans tra­vail, une jus­tice sans rai­son, une indus­trie des drogues cul­turelles. Lesquels com­binés pro­duisent un vivant sans vie. D’ailleurs les plus cyniques avan­cent dès aujour­d’hui cet argu­ment: du moins ne mour­rons-nous plus.

Atavismes

S’il était per­mis de fan­tas­mer l’or­dre des atavismes, je me ver­rais juif allemand.

Trafic

Il est sin­guli­er que dans un cli­mat de défi­ance général envers les gou­verne­ments, les peu­ples de la vieille Union européenne enton­nent avec une pareille naïveté toutes les anti­ennes de la pro­pa­gande d’E­tat trafi­quant sans sour­ciller la langue ver­nac­u­laire pour y inscrire, con­tre le fait rationnel de la pen­sée, ce regard du bon sens sur le monde, le lex­ique com­plet du nihilisme.

Camus, Albert

“Il s’ag­it d’abord de se taire — de sup­primer le pub­lic et de savoir se juger. D’équili­br­er une atten­tive cul­ture du corps avec une atten­tive con­science de vivre. D’a­ban­don­ner toute pré­ten­tion et de s’at­tach­er à un dou­ble tra­vail de libéra­tion — à l’é­gard de l’ar­gent et à l’é­gard de ses pro­pres van­ités et de ses lâchetés. Vivre en règle. Deux ans ne sont pas de trop dans une vie pour réfléchir sur un seul point. Il faut liq­uider tous les états antérieurs et met­tre toute sa force d’abord à ne rien dés­ap­pren­dre, ensuite à patiem­ment appren­dre.
A ce prix-là, il y une chance sur dix d’échap­per  à la plus sor­dide et la plus mis­érable des con­di­tions: celle de l’homme qui tra­vaille.” Car­nets, 1937–1939.

Seul

Ener­gies de l’homme seul.