Anne

Il y a dix ans, cette ani­ma­trice cul­turelle de Genève, Anne Bisang, alors direc­trice de la Comédie de Genève (théâtre majeur de notre cap­i­tale de province) qui me dis­ait à l’oc­ca­sion d’un débat tenu pour le compte de la télévi­sion offi­cielle sur le thème “faut-il vouloir un statut pro­fes­sion­nel de l’artiste?”:
-Toi, de toute manière, tu es con­tre tout!
Je ne nie pas — du moins fis-je val­oir au moment où on me pas­sa le micro que le statut de l’écrivain d’E­tat tel qu’il avait existé dans l’URSS, lequel rédui­sait de pau­vres hères à pass­er sous silence leur fait pour relay­er une doc­trine poli­tique, n’é­tait pas le choix des ama­teurs de lib­erté (j’a­joute ici avec malveil­lance: sauf lorsqu’on doit son poste d’an­i­ma­teur de la cul­ture cap­i­tal­iste à l’as­cen­dant légal exer­cé sur l’artiste).

Souvenir

Olof­so m’en­voie des pho­togra­phies du squat pris­es dans les années 2000. Nous posons dans la cui­sine des casseroles sur la tête, au salon en cos­tume noir et cra­vate pour une per­for­mance du G3 alors qu’elle est enceinte (Aplo ou Luv?), dans le couloir avec P.de R. des affich­es mil­i­tantes sur la poitrine que nous allions j’imag­ine tartin­er la nuit sur les murs de Genève, et Olfoso écrit: “il faut que nous fas­sions une soirée-sou­venir !” J’en serais le pre­mier con­tent, mais ce serait pour faire une soirée avec Olof­so, pas pour le sou­venir. S’agis­sant de mémoire, je ne m’in­téresse qu’à l’avenir. Le passé, le mien, celui des autres, l’his­toire, je veux bien, mais comme assise. Avant de se lever. Le temps qui reste se déroule dans une seule direction.

Nos enfants

L’un des débats intimes qui vient et dont hériteront spé­ciale­ment nos enfants: faut-il con­courir par la générosité, la parole, les engage­ments, l’in­tel­li­gence, l’ef­fort, à l’élé­va­tion d’une société dont le sché­ma de con­struc­tion est fonc­tion d’un vaste cerveau dépersonnalisé?

Confession

“Vous savez me dis­ait cet homme, dans ma vie, j’ai beau­coup fait, mais jamais je n’ai cru que ces choses fussent utiles, c’est le prix à pay­er pour faire par­tie du monde. Lorsqu’on s’en échappe, qui peut dire où on va?”

Veille

L’heure de se met­tre au lit après la casse­role de pâtes. La foudre vient de s’a­bat­tre à petite dis­tance de la mai­son, aus­si suis-je sor­ti dans le vil­lage pour m’as­sur­er qu’au­cun de nos toits ne brûlait. La météo annonce une journée de same­di ensoleil­lée. Le vélo est chargé, et le sac, livré cet après-midi suite à une com­mande sur inter­net, m’é­tant aperçu in extrem­is que le mien est à.. (Mala­ga, Fri­bourg, Clarens, Lausanne?).

Préparatifs

Ils accu­mu­laient car­nets, cahiers, blocs-notes et paque­ts de feuilles, inqui­ets à l’idée de se retrou­ver dému­nis le jour où enfin l’in­spi­ra­tion les visiterait.

Drôle 3

Le bar où nous avons ren­dez-vous se trou­ve dans la rue cen­trale. Il n’y a qu’une table occupée, la leur. Dix per­son­nes, j’en con­nais trois. Avan­tage, le silence n’est pas de ce pays, les Espag­nols par­lent. Sauf que — le temps de boire une choppe, ils se lèvent. Demain ils tra­vail­lent (c’est un fait). Cha­cun s’embrasse et file sa direc­tion. Il pleut. Je pro­pose. Nous mar­chons le long de la citadelle. Menela prenant place dans ma voiture (elle qui tenait à retourn­er au plus vite à Agrabuey dimanche pour acheter une savon au cal­en­du­la fab­riqué par une néo-rurale):
- Elle sent bon ta voiture. Elle est neuve?

Drôle 2

Eh bien non, je ne con­nais pas encore le car­ac­tère nation­al ou plutôt, lorsque je noue des rela­tions et  les rap­porte abstraite­ment à ce que je sais, je défais mes con­clu­sions, je me juge aber­rant. Arrive le démen­ti. Dans ce cas sous la forme d’un mes­sage télé­phonique à 22h45: “nous sommes au bar dans la ville d’à côté, as-tu envie de nous rejoin­dre?”  Je viens d’avaler deux litres, il y a vingt deux kilo­mètres de route en lacets. Je monte en voiture.

Anti-loi de Moore

Il y a, il y aura des livres, donc des auteurs de livres, mais il n’y aura plus d’écrivains, du moins iden­ti­fi­ables par le pub­lic, débat­tus, lis­i­bles, existants.

Provoquer

Provo­quer, c’est dire: vous avez refusé de m’é­couter quand je ne demandais pas la parole, main­tenant je con­teste votre droit.