Chambre à baie vitrée sur un toit de l’île de Flores. Vertes et bleues les barques de bois filent sur le lac, les poissons dansent dans l’eau grise sous notre terrasse l’inondation des rues n’ayant pas reculé depuis ma visite en 2024.
Lac Petén Itzá
Evola
Échange suivi avec Evola demeurant sur la rive gauche du fleuve Aral, en Aragón. Il pleut. Il continue de pleuvoir. Jamais il n’a autant plus. Les barrages débordent. Mes amis du club cycliste d’Agrabuey confirment: “c’est une noyade¨”. Depuis quinze jours, Evola est bloqué à Piedralma. Le bois manque. Le frigidaire est débranché. Ce n’est pas grave, il était vide. Son message: “dîner de conserves est lassant”. Aussi, le médicament pour l’intestin manque, il parle de son coupe-brûlures: “je n’en ai plus et il va encore pleuvoir pendant dix jours!” Ensuite, il devra attendre la décrue pour franchir la rivière en voiture, surtout si la pluie recommence de tomber, comme disent les prévisions. Mais rassure Evola: “ça va, je suis entraîné, au pire je peux jeûner dix jours, et même trois semaines”.
Post-marxisme
Habermas, de la critique wébérienne de la science comme idéologie au marchepied du totalitarisme. Idéaliste devant la langue, ce moyen émérite d’Agir communicationnel, féru d’universalité, l’Allemand d’un autre siècle cautionne la dotation en pouvoir d’instances hors-sol intégrées par des malveillants, des mauvais, des traîtres, nommément l’Union Européenne.
Direction Petén
Vol pour Flores. Notre billet limite le poids du bagage à 4 kilos. Nos noms sont appelés. Avant de me rendre au comptoir, je sors de mon sac ce qui l’alourdit: sac de câbles, ordinateur, produits de toilettes. Sur la balance, il pèse encore 14 kg. L’employé: “retirez tout ce qui dépasse le poids autorisé et revenez me voir!”. Chose faite, mon sac pèse les 4 kilos réglementaire. Aplo procède de même, il passe le contrôle. Soulagé, il constate alors : “voilà quelqu’un qui respecte la liberté des individus!”.
Clivage
S’adapter avec énergie et désespoir, tant l’évolution du modèle est rapide, à la société surmoderne s’apparente à une expérience de voyage hors du corps avec pour effet la transformation brutale et continue des repères. Cet exercice auquel sont désormais rompus les Occidentaux montre, soustraction faite des individus qui y perdent la vie, le plus souvent perte psychique mais depuis l’avènement du marché des drogues de synthèse également physique, l’extrême élasticité des individus que nous sommes, rationnalisés par des siècles d’éducation volontariste. Cependant que les peuples à vecteur lent, c’est à dire l’essentiel de l’humanité, travaillent corps et esprit aussi peu qu’ils le peuvent, occupés seulement à prolonger l’état de vie et ne se soucient nullement de nos prouesses qu’ils considéreraient à juste titre, s’ils les comprenaient, de folie.
Capitale ancienne
Nuit à Antigua dans des rues venteuses. Les locaux dressent le col, les touristes se réfugient dans les patios des haciendas pour manger des Puyazos (tranches de boeuf). Hormis les architectures coloniales et l’urbanisme préservé que chacun imagine fidèle à ce qu’étaient, au temps de la ruée vers l’or, les installations des Espagnols, c’est surtout le marché, profond, velu, rempli de cantines populaires, de pharmacies troglodytes et d’ateliers de couture qui mérite la visite.
Montres
Aplo s’arrête à chaque stand de montres, vraies ou fausse, essaie, commente, demande les prix. Virus transmis. Même si, après tant d’années, ma curiosité faiblit. Séparément, il emporte trois livres pour ce voyage dont il dira, sur le point de remonter dans l’avion pour la Suisse: “je savais que je ne les lirai pas, c’était pour me donner bonne conscience”. De mon côté, chaque semaine je rêve que je découvre des libraires d’anciens aux étagères remplies de bons volumes, touchant le papier des couvertures, effeuillant les pages, goûtant ce que je vais lire, heureux de dénicher des inédits aussi prometteurs (preuve que cette expérience, encore courante il y a quelques années, devient rare).
Solóla
Aplo devait découvrir le lac aux volcans d’Atitlán. De Solola, nous plongeons vers les berges de Panachacel, l’un des faubourgs pacotille les plus touristiques du Guatemala, d’abord pour les vacanciers de la capitale. Sur les sables gris des indiennes en costume (qu’elles portent habituellement) mélangent des Ceviche, pressent des citrons-mandarines, grillent des épis de maïs. Retour au Makani où j’ai passé de bonnes soirées l’an dernier avec ce Russe de Sibérie redresseur de guest-houses. A ma grande honte, je ne remets pas l’employé, un Indien trapu (ils le sont tous, il l’est encore plus) qui le lendemain de notre installation se rappelle à mon souvenir : « je suis Edgar », un type dont Aplo dira : il est extrêmement gentil. C’est juste. Nous autres qui nous avons perdu ce réflexe d’aide spontanée, de bonne volonté, de regard porté sur l’autre, regard sans appréhension ni attente. En matinée, départ à bord d’une « lancha », sorte de bateau-bus pour les villes et villages du pourtour du lac, et je fais l’erreur (la petite dame du petit bar de Quetzaltenango m’a induite en erreur) de retourner à Pedro de Laguna, ce village étagé, à demi-israélien, pleinement hippie et fréquenté par le monde des imbéciles, blancs-becs sortis des guides pour faux aventuriers qui viennent manger, boire, hurler et vomir.