Sur un carrefour de la banlieue de Phetchabun. Contre la double-voie, dans un hangar jaune, de la marchandise en gros, une station-essence et un guichet qui vend des jus de coco. Dans le bas côté de la route, sous des parasols, dès le matin et jusqu’à la nuit, des femmes à chapeaux mous. Elles tricotent des colliers de fleurs bouddhiques que l’une d’elle vend aux automobilistes arrêtés au feu. La chaleur est suffocante. L’élection a lieu demain, la propagande résonne dans les porte-voix. Derrière la ville, les champs brûlent. Après l’entraînement (soulever des pneus, porter des pneus, pousser une camionnette — à la manoeuvre, six femmes taille mannequin, moi et un tourneur islandais), nous mangeons un riz entre hommes en regardant un combat de muay-thaï. Le Gallois (biceps, tempes et crâne tatoués) à l’Islandais:
-Tu l’as vue?
-Non, mais non… elle est partie à Dubaï.
Je les regarde sans comprendre. Chemin du retour pour l’hôtel, les deux constatent:
-C’est ouvert.
Ils fixent un appentis sur le côté du hangar jaune.
-Qu’est-ce que c’est? Un garage? Fais-je.
-Les putes! fait le Gallois.
-Pas ce soir pour moi, dit l’Islandais, leur bière est chaude.
-Bon, alors je vais aller acheter du Whyskie et je le boirai dans ma chambre.
Le Gallois disparaît dans la nuit.
-Ah, je vois, fais-je. Et que va-t-elle faire à Dubaï?
-A Dubaï, demande l’Islandais. La cuisine?
Cuisine
Machinae
Du rôle des grandes machines faites d’accumulations de machines plus petites: unités d’habitations, quartiers, villes ou agglomérats urbains ; lorsqu’elles atteignent un seuil de cohérence, elles transforment les individus en autant de pièces ajustables. Sous cet angle, l’idée de villes mobiles implique comme préalable l’intégration générale des composants du monde (la métaphore pourrait être celle d’un avion dans les conditions de vol actuel ; il n’est jamais « quelque part dans le ciel », mais dans un couloir.)
Dons
Beaucoup aimé découvrir dans un couloir de l’hôpital de Lausanne une étagère de livres à consulter, échanger ou, comme dit la pancarte d’information, garder. J’ai choisi un José Cabanis, déjà lu mais excellent, Les jardins de la nuit, lequel a aussitôt acquis dans ma poche par la grâce du hasard une valeur symbolique. Le lendemain, je suis à Châtel-Saint-Denis. Là encore, dans un endroit moins désigné, le parking municipal, je trouve une boîte à livres. Cette fois j’emporte Demain les chiens de C. Simak, roman culte des futurs posthumanistes dans les années 1980.
Loterie
Salle d’attente A6 de l’aéroport de Cointrin, vu trente fois ce documentaire. Du pont d’une camionnette un gardien descend une tortue à la carapace brune. Les pattes comme la tête sont rentrés. Dans l’état, cet animal est une chose.
-C’est une femelle! Il y a cent ans que l’on avait plus vue aucune.
Le biologiste du Parc des Galapagos :
-Nous allons retourner sur zone en espérant trouver un mâle.
Aplo
A considérer le plaisir que prend Aplo à assumer la charge de soldat, motivé comme il est par l’ascension des grades, j’observe que ne réussit en société que celui qui croit dans la société, soit qu’il l’estime et se mette honnêtement à son service, dans quel cas elle se soumet par intérêt, soit qu’il la mésestime et la piège ne lui promettant le service de ses intérêts. Les autres réussites tiennent au hasard, elles sont par défaut. Elles impliquent la navigation à vue.