Sac

En 2013, je vois au marché de Phnom Penh un sac à dos North Face. La marchande me fait l’ar­ti­cle. Elle atrape une perche, décroche le sac, le met dans mes mains. Je demande le prix. Dix dol­lars. Donc c’est un faux. “Trop cher”. Elle réflé­chit. Huit dol­lars. J’achète. Six ans plus tard, je l’ai tou­jours. Excel­lent sac. Une cour­roie à lâché. Je rafis­tole. En atten­dant, je suis décidé à racheter le même mod­èle. Je cherche en bou­tique puis sur inter­net. Il n’est plus disponible. Cette semaine, au marché de nuit de Phetch­abun, j’avise sur un tas un sac ressem­blant. Puis lève les yeux, sur les mod­èles coû­teux; ceux-là sont sus­pendus à une tringle. Je désigne un sac. Le vendeur le descend. C’est mon sac North face. Le prix? Six dol­lars. J’achète. “D’oc­ca­sion”, pré­cise le vendeur tan­dis qu’il encaisse. A y regarder de près, je con­firme: cou­tures repris­es, couleurs passées. Rien d’é­ton­nant, c’est un marché de nuit, on y voit pas clair. Donc ce sac est un mod­èle authen­tique. Véri­fi­ca­tion faite, c’est bien le cas : le luxe des détails le prouve.

Politique

Près de Lom Sak, ce can­di­dat aux élec­tions régionales qui pose sur les affich­es de pro­pa­gande à côté d’un cheval, d’un éléphant, d’une pan­thère noire.

Homme

Le monde était trop grand pour l’homme. Il s’y est aven­turé. Quand il n’a pas péri, il a fait des choses grandios­es, il est devenu homme. Puis il s’est lassé. Il a recréé un monde à sa mesure, avant de s’y enfer­mer et d’ac­cepter son nou­veau des­tin qui est de per­dre peu à peu ses moyens.

16ème jour de camp

Sur la ter­rasse du Motel, au car­refour, défi­lent les camions de canne à sucre. Après l’en­traîne­ment, la cui­sine sert une soupe d’algues et de champignons. Une soupe mêlée de pâtes, par­fumée au gin­gem­bre. Brûlante, liq­uide. Une soupe qui réchauffe. Ce soir il vente. Il fait tout de même 36 degrés. J’eusse plutôt réclamé des patates fraîch­es et de la viande rouge. Du lourd. Je fais remar­quer à la Por­tor­i­caine qui n’en pense pas moins que si nous aval­ons ça nous allons fon­dre (je me penche sur le bol, des gouttes de sueur atter­ris­sent dans le mélange). Pour moi, lui dis-je, je vais com­penser avec la bière — ce que je fais en cet instant, au car­refour, sur la ter­rasse. Avant que je m’in­stalle dans le fau­teuil de teck, nous organ­isons un cours de Krav Maga avec les Aus­traliens et ce Quayle qui, deux jours après son arrivée, à lut­té con­tre un paysan thaï sur un ring de fête, a per­du et s’est blessé. La journée enfin embal­lée (fin de tout), je m’en vais au mag­a­sin 7/11, reviens lesté de six bouteilles de Cing­ha et tan­dis que les autres se calfeu­trent dans leurs cham­bres, je reste seul. Arrive soudain à bord d’un tuk-tuk un touriste en chemise, inqui­et de savoir si il est au bon endroit, ce que je luis con­firme: “nous sommes dans un motel loué par le camp, le camion te pren­dra demain à 6h00 pour t’emmener box­er” ; il arrive de Megève, tra­vaille à Sin­gapour. Israélien, il habite un kibboutz.

Repos

La femme de cham­bre de l’hô­tel fait une cham­bre puis dort un peu. Elle bal­aie la cour, nour­rit le coq, se recouche. Ain­si tout le jour. Lorsque l’on monte dans la hiérar­chie, on se repose à l’in­térieur. La patronne est couchée sur une nat­te au pied du ven­ti­la­teur. Lorsqu’elle se réveille, elle regarde la télévision.

Humbles

En signe d’hu­mil­ité, cer­tains Thaïs courent les bras bal­lants, le buste incliné. Que l’on sache qu’ils ne font pas que passer.

Lieu 2

En fait, je n’en sais rien. Je suis peut-être à Bueng Sam Phan. Une chose est sûre, mon hôtel se nomme Kwang Sai. Pas d’en­seigne, j’ai cher­ché sur le plan région­al. Pour les autres repères, itou. A l’in­stant, j’é­tais dans le faubourg. Il y a der­rière la marché une bou­tique de mas­sage. Au retour, le tuk-tuk m’ar­rête en face du poste de police. Il affiche un autre nom de ville: “Roy­an” ou quelque chose de ce goût. Et le bus. La salle d’at­tente, ce sont peut-être ces bancs sur le trot­toir, mais des bancs et des gens qui atten­dent, il y en a partout. Cepen­dant, je ne doute pas d’ar­riv­er à bon port. Là est le mir­a­cle. Une société de la con­fi­ance (du moins pour l’é­tranger, que l’on prend en main, guide et amène à des­tin, et sans demande d’argent).

Rites

Autels blancs, dorés, jaunes, de bois et de stuc, pour sus­pendre les fleurs, fair ses offran­des à boud­dha, maïs, eau, riz, bro­chettes, ici chez le marc­hand, dis­posés par cen­taines sur un ter­rain vague, encore embal­lés. Etal de pâtis­series pour géants.

Lieu

Cher­chant l’ar­rêt de bus à rejoin­dre pour me ren­dre mar­di à Loei, j’ap­prends à l’in­stant que je suis depuis quinze jours, sur le car­refour et en cam­pagne, à Sap Samo Thot.

Naypyidaw

Curieux de savoir à quoi peut ressem­bler Naypyi­daw, la cap­i­tale con­stru­ite par la junte bir­mane en 2005. Qua­tre fois la super­fi­cie de Paris, des autoroutes à tra­vers la jun­gle, aucun pié­ton. Des bal­ayeurs munic­i­paux net­toient des bâti­ments vides, les pagodes dorées à la feuille d’or snt tenues par des moines-fonc­tion­naires. Et, vile secrète dans la ville, une falaise creusée de bunkers. Un zoo aus­si, un aéro­port et le golf du général. Quelques hôtels, dis­per­sés. J’ai con­sulté les prix et je me suis amusée à les dis­tribuer sur le ter­ri­toire. On croirait des navettes spa­tiales sur une piste de lance­ment. Des édi­fices jou­ets. Quant à la déco­ra­tion, les pho­tos mon­trent du bois d’a­ca­jou embal­lé de cel­lo­phane, du velours rouge et des lus­tres époque. Pop­u­la­tion revendiquée de la cap­i­tale, un mil­lion d’habi­tants. Les per­son­nes à s’être ren­dues sur place dis­ent qu’il n’y en aurait dix fois moins. Et tou­jours cette ques­tion, peut-on cir­culer en Bir­manie ou n’a-t-on le droit de se déplac­er que le long des cir­cuits offi­ciels? Avan­tage pour Naypyi­daw, afin de prou­ver que la ville existe et vit, la junte doit la montrer.