Mère

Qu’as-tu besoin, m’écrit Mamère, de tant t’agiter?

Bichos

Pro­duits en main, je frotte et récure la mai­son. Je l’aspire, l’or­donne, la redresse. A la fin, trois heures d’un gros tra­vail, je con­tem­ple et respire. Vais au jardin. M’as­sois. Prof­ite du ciel. Ne voilà-t-il pas que de retour dans le couloir qui mène aux cham­bres pul­lu­lent sous mes pieds des colonnes de besti­oles à pattes, cer­taines ailées, inon­dant à bonne vitesse, avec une maîtrise angois­sante de l’e­space, la cham­bre d’Ap­lo, celle de Luv, la mienne. Mille, deux mille spéci­mens. Je saute sur le pul­vérisa­teur de chlore, ouvre le local tech­nique: il est envahi. Or, je viens de le laver. Sol, parois, pla­fonds, chaudière, out­ils, le tout pris d’as­saut. Je gicle, et je pié­tine, et je broie. Puis me con­tor­sionne pour accéder la paroi de pier­res, trou­ver le nid, éradi­quer cette ver­mine. Le soir, la sit­u­a­tion en main, je racon­te par télé­phone à Gala — elle est sur la route de Catane.
“Moi qui ne fait jamais de cauchemar, me dit-elle, j’ai rêvé cette nuit d’une inva­sion d’in­sectes. Même chose lors du mas­sacre du Bat­a­clan. Tu te sou­viens? Je t’ai racon­té. Lev­ée la nuit, j’erre dans l’ap­parte­ment, incom­mode, ne sachant ce que je cherche, ayant vu en rêve des gens pris au piège d’une impasse et que l’on mitraille, trou­ve la radio que j’al­lume et apprend la nou­velle: l’im­passe, les morts, l’as­sas­si­nat par balles”.

Chez le coiffeur

-Luis, tu as un moment demain en début d’après-midi?
-17h30?

Féminin 2

Un cara­bin — une carabine.

Amour 3

La plu­part des grands romans d’amour sont des romans du désir.

Féminin

Un ton — une tonne.

Succès

On s’arrange pour faire croire aux artistes qu’ils ne valent que s’ils ont du suc­cès. Les épo­ques changent, les méth­odes pour pour­rir les êtres et les sit­u­a­tions demeurent.

Sortie

Hier mon voisin avo­cat frappe à la porte. Incré­d­ule, ravi de sor­tir du silence, j’ou­vre la porte:
-Moi qui ne con­naît per­son­ne, je me demandais: “qui peut venir?”
-J’ar­rive à l’in­stant de Saragosse, tu avais la lumière!
Comme je l’in­vite à pren­dre un verre, il pré­texte une descente à la ville, me tend son phare arrière de vélo que je promets de recharg­er — s’en va. Je m’aperçois alors que je vis depuis mon retour de périple en gue­nilles. Bermudes mil­i­taires thaïs rapiécés, pan­tou­fles, T‑shirt défor­mé. Une honte. J’ha­bille l’homme, j’at­tends. Deux heures plus tard, il reparaît. Comme je veux mon­tr­er mon voy­age à l’écran, il afiche des sites de haute tech­nic­ité, mon­tre des courbes de niveau, des calo­ries, des dis­tances et apporte dans mon salon un splen­dide vélo pro­filé dont me réjouis l’esthé­tique mais que je suis inca­pable d’ap­préci­er à sa juste valeur ne con­nais­sant rien à ce domaine de spé­cial­i­sa­tion. Puis retour aux sites de cal­cul. A la fin, il me pro­pose de ran­don­ner le lende­main . J’aimerais, mais j’ai bu, je n’ai pas soupé, j’ai 1200 kilo­mètres dans les jambes. De plus je songe.  “par­tir pour revenir, mm… Ce n’est pas ent­hou­si­as­mant…” Me pro­poserait-il de par­tir loin, je ne dis pas. Du reste, je m’aperçois que j’ai déjà mis le matériel en car­ton, par anx­iété, par esprit d’or­dre, pour anticiper, prévoy­ant que les heures seraient comp­tées entre notre retour de Madrid, avec Gala, dans une semaine et la mise en route pour Flo­rence, en voiture. Diego com­prend, salue. A midi, quand j’émerge dans ma cham­bre par­fumée à la lavande, il décroche de son garage imprac­ti­ca­ble, tourne la voiture dans notre rue minus­cule, s’en retourne. En soirée, le voisin paysan:
-Je crois qu’il n’est pas sor­ti ce matin. Tu as vu, il pleuvait.

Retrait

S’il y a un endroit où l’on souhaite par­fois s’établir, c’est celui ou nul ne viendrait vous débus­quer. Moment que choisit la mort pour vous cueillir.

Inversion

A quel moment pos­séder une iden­tité légale devien­dra un problème?