Toujours cette belle chaleur. Les voisins sont partis à la mer. Je sors à peine. Levé tard, je traduis, puis je lis, dors, lis encore, me couche pour la nuit. C’est à peine si j’ouvre la porte qui donne sur l’extérieur. Ne serait-ce que le soleil, mais il y a les moustiques, virulents et furtifs, plus nombreux et voraces qu’à Malaga. Vivre ainsi donne le sentiment d’être encapsulé. L’appartement est logé dans une corps de ferme, mais celui-ci est peut-être logé dans une navette spatiale. A en juger par la température, elle dérive vers le soleil. D’ailleurs, si j’entends l’oie, les coqs, les chiens et les colombes, je ne les vois pas; il doit s’agir d’enregistrements. Reste les lézards. Sont-ils pas compatibles avec l’atmosphère exo-terrestre?
I.A.3
“En matière de jeux vidéo ou de films, l’immersion virtuelle va bientôt être visuellement indissociable du réel. Le rôle du virtuel en tant qu’échappatoire pour vies dénuées de sens des “gens qui ne sont rien” fait à mon avis partie de la stratégie des classes dominantes pour la gestion des masses dans un monde où elles deviennent inutiles.” Vincent Vershoore.
I.A.2
Hier, dans le grand magasin d’électronique Media World de Scandicci. Un écran sous le bras, je fais la file pour les caisses. Il y a du monde, je suis pressé. Un vieil adolescent dans un pyjama, malpropre, sans dire bonjour, m’adresse une demande. Je fais répéter. Encore. A la troisième répétition, je comprends. Il dit: “avez-vous des choses urgentes à faire, sinon je vous précède!” Je fais signe d’y aller. Nerveux, transpirant, le visage démangé de tics, il regarde avec émotion la manette de jeux vidéo qu’il va acheter.
Incendie à la ferme
Je skie sur l’herbe. En bas de la pente apparaît la ferme familiale. La porte est ouverte, la lumière allumée. J’appelle. Il n’y a personne. L’incendie démarre. Le feu prend à l’extérieur. La façade de bois s’embrase. “Quer faut-il sauver en pareil cas?”, me dis-je. Je ne trouve pas. “Tu t’es préparé à ces risques, tu dois savoir!” Je me précipite dans l’escalier, cherche les liasses de billets cachées sous les piles d’habits, dans l’armoire de pin. Je trouve les sachets de vrenelis. Du salon, j’apelle les secours au 112. Deux agents viennent. Il regardent les flammes. Demandent mon identité.
-Mais ça brûle, c’est urgent!
-Oui, oui, on voit ça! En attendant, préparez-nous un café!
Je cours dans le jardin, creuse la terre, j’enfouis les pièces d’or. De la montagne enneigée déboulent trois camions de pompier rouges.
-Il sont beaux ces nouveaux modèles, commentent les agents, mais est-ce qu’ils viennent ici?
Fin juillet
Les derniers Florentins paressent sur les bancs, à l’ombre des corniches, dans les parcs. Les autres ont quitté la ville. Chaque fois que je pose la question, on me répond : je vais à la mer. Tout de même, la sensation est étrange. Hier soir, comme je revenais du club de sport, j’avais l’impression de circuler à travers un désert urbain, dans une atmosphère de dimanche. Tout à l’heure, nous irons en ville, près du Vieux Pont, boire avec des amis sur les berges de l’Arno. Y aura-t-il des touristes? Des milliers, bien sûr, en cohorte, les long des trottoirs bombés. Mais il y aura aussi des vides, une foule cadencée, l’absence des habitants italiens, partis au frais, les autres retranchés dans les Trattorias ou cachés dans les parcs.
Enfants
Ecrit une lettre d’admonestation aux enfants. Il y a urgence. A décider. Car ils sont à la croisée des chemins. Je leur propose une sorte de pari pascalien. Où il n’est pas question de croire, mais de lire. Si vous ne lisez pas dés maintenant, leur dis-je, et à l’avenir, sans perdre un jour (je jurerais que mon fils n’a pas lu un livre en entier de sa vie et il aura vingt ans au mois d’août), vous serez rangés, avec le commun, dans cette catégorie neuve, abrutie, numérique, anti-critique et malléable, et bientôt malheureuse. Ma conviction: la substance qui fait la personne sera perdue. Ajoutons, impossible à reconquérir.